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Comment la crise a déchu le pionnier du crédit carbone?

/ Amérique du sud

Pedro Moura Costa, carioca de 46 ans, a développé le premier système de certification du crédit Carbone et mené de nombreuses études (à Oxford), pour le Plan Intergouvernemental sur les Changements Climatiques, qui lui ont valu le Prix Nobel de la Paix, aux côtés de Al Gore. Il fonde ensuite la société EcoSecurities qui devient rapidement leader mondial de la commercialisation de crédits Carbone.

Credit carbone

La crise financière en 2008 affècte durement la société, côtée en bourse à Londres. De 4,20 £ en 2007, l’action chute à 0,17 £ début 2009. Costa est alors Président de EcoSecurities mais sa vision stratégique pour sortir de la crise diverge totalement de celle de son conseil d’administration. Costa ne veut pas entendre parler de rigueur budgétaire et de suppression de postes. Pour lui, une entreprise jeune sur un marché aussi innovant ne peut prendre le risque d’un repli qui lui coûterait son leadership. « Le conseil d’administration ne comprenait pas le secteur » ajoute-t-il. Il prône une fermeture du capital (fortement sous-valorisé) qui permettrait d’agir vite et sans se dévoiler aux yeux du marché.

Comprenant qu’il serait impossible de convaincre le conseil d’administration, il préfère démissionner pour tenter de récupérer le contrôle de sa société par un rachat.
Il s’allie à la banque brésilienne BTG Pactual et, deux mois plus tard, dépose sa première offre de rachat hostile à 0,60 £ l’action. Les enchères commencent alors…
EDF entre en jeu et propose 0,75£ l’action. Costa sent la menace et préfère conclure une alliance avec le mastodonte français. Ensemble, ils proposent 0,77 puis 0,90£. Mais le conseil d’administration rejète l’offre, et pour cause, ils ont en main une proposition de la banque JP Morgan à 1,05 £ l’action.
A ce prix là, Costa passe d’acheteur à vendeur. Il cède ses 10% de capital, abandonnant tout espoir de reprise de l’entreprise qu’il a fondé.

Les incertitudes sur la marché carbone, lié au protocole de Kyoto jusqu’en 2012, et l’absence de bénéfices de EcoSecurities depuis sa création, ne semblent pas refroidir JP Morgan, qui croit en l’avenir du secteur et en des bénéfices proches.

Costa, malgré la perte de son entreprise, ne regrette pas d’en avoir ouvert le capital. « Il était important de stimuler la croissance d’un secteur qui, il y a quelques années, n’était qu’une fiction scientifique » argumente-t-il.

Il ne nourrit pas de haine contre le marché financier. La preuve, il est en train de réunir des associés pour monter un fond d’investissment afin de soutenir des projets en Amazonie. L’objectif est de réunir 5 milliards de R$ (2 milliards d’euros) pour financer des projets comme la vente d’huile de Dendê ou l’exportation de fruits ou de meubles en bois certifié. « Pedro est un idéaliste aguerri aux luttes du monde de l’argent. Faire une offre hostile de rachat contre sa propre société est un apprentissage fondateur » souligne son nouvel associé.

Le fond baptisé « Guardiãm » sera un modèle hybride, à mi-chemin entre l’ONG et l’organisme financier classique, qui offrira plus de retombées d’image à ses associés que des bénéfices en monnaie sonante et trébuchante.

pib.socioambiental.org

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