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la course contre la marée

/ Océanie

L’atoll de Takuu, menacé d’engloutissement, et avec lui sa culture et ses traditions uniques, a fait l’objet d’un film véritable appel au secours (‘There once was an island‘).

Vue aérienne de l'Atoll de Takuu, Papouasie Nouvelle-Guinée © NASA

A Noël dernier, les vagues ont balayé l’atoll de long en large, terrifié les 500 habitants de Takuu, et ravagé les récoltes. A l’époque, l’atoll culminait à 70 cm au dessus du niveau de la mer, sûrement plus haut que maintenant, puisque tout montre qu’il est progressivement englouti, victime du réchauffement climatique et illustration, pour le moment, vivante du terme « basse-altitude. »

Les habitants vont devoir soit s’exiler à Bougainville, infesté par la malaria, soit rester sur place et disparaître en même temps que leur île. Quel que soit leur choix, une des conséquences inévitables sera la disparition de leur civilisation, jusqu’à maintenant protégée de toute invasion culturelle, religieuse, économique ou même de maladie par l’isolement. Au 19ème siècle, des malades de la variole ayant fui Java en pirogue avaient contaminé l’île et réduit la population à 11 personnes.

Les îles Takuu font 12km sur 15, essentiellement faites de corail et de sable, et les 500 habitants vivent au milieu des palmiers sur l’un des îlots.

Briar March, la réalisatrice du film ‘There once was an  island‘ (film documentaire sur le triste sort de l’atoll), s’est intéressée à Takuu après avoir lu les recherches de Richard Moyle, un professeur d’université néo-zélandais à la retraite, qui a passé la majeure partie de sa carrière à sauvegarder la mémoire du mode de vie des habitants de Takuu avant qu’il ne soit trop tard. Il est aussi l’un des rares étrangers acceptés et intégrés sur l’île.

Parmi ses tentatives pour sauver la culture de l’île, M. Moyle a créé un dictionnaire (livre et dvd) à partir d’heures de films et d’enregistrements audio. Il a aussi réussi à rassembler des photos de leurs ancêtres, qu’il fera découvrir aux habitants lors de son prochain voyage, pas encore planifié. Se rendre sur l’île est difficile, seulement 4 départs en bateau depuis Bougainville par an, et à des dates très floues.

Les origines du peuple Takuu sont encore méconnues, on les pense venus de Samoa, mais la langue est différente. Ils ont développé une société incroyablement égalitaire où chaque nouveau-né reçoit une portion de terre, toutes les maisons ont la même forme, faites de matériaux trouvés sur place, et chacun peut prendre l’initiative d’entamer un chant ou une danse lors d’un rassemblement. Chaque enfant est placé sous la responsabilité de deux mentors en plus des parents, diminuant ainsi les risques d’abandon dans les moments difficiles. Toute cette richesse culturelle unique en son genre est, elle aussi, menacée d’engloutissement.

Pour Moyle, il est clair que le même océan qui a amené les premiers habitants de Takuu sera aussi la cause de leur départ. Les récoltes de taro sont gâchées par le sel, les ressources en eau potable sont anéanties.

Les habitants les plus âgés n’ont pour la plupart jamais quitté l’île. D’autres sont déterminés à ne pas fuir, à mourir sur place, ‘parce qu’il n’y a rien d’autre à faire’ et que la seule issue, aller en Papouasie Nouvelle-Guinée, signifie à coup sûr s’exposer à la corruption, aux crimes et aux maladies. Les fonds de Bougainville alloués à la relocalisation des habitants de Takuu ont par ailleurs mystérieusement disparu. Ceux que la malaria et le crime n’auront pas, la religion les récupèrera en les éloignant encore plus de leur culture d’origine.

Comme le résume l’un des habitants :

Si vous perdez quelque chose de minuscule dans le monde, vous perdez énormément.

LE CLIMAT POUR LA PAIX

Pour les petites nations du Pacifique, victimes du réchauffement climatique, ce fléau est comparable à une invasion armée. Elles réclament donc l’intervention du conseil de sécurité puisque les négociations menées par l’ONU sur les émissions de gaz à effets de serre sont au point mort. Sans cela, la communauté internationale se rendrait complice, selon Marlene Moses, Ambassadrice des Nations Unies à Nauru, de l’extinction de nations entières, en plus de la pénurie en eau et nourriture qui frappe déjà la région. On compte déjà des réfugiés climatiques au Vanuatu, en Micronésie, en Papouasie, à Tuvalu et aux Salomons.

L’ambassadeur des Nations Unies à Samoa, Aliioaiga Feturi Elisaia, lui fait parfaitement écho :

La Convention du Réchauffement Climatique des Nations Unies devrait être le cadre de développement d’une réponse au réchauffement, mais les négociations n’arrivent pas à répondre à la sévérité des impacts

…, comme les réfugiés climatiques ou les conflits émergeant de la raréfaction des ressources.

nzherald.co.nz

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