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Une laine qui vaut son pesant d’or

/ Amérique du sud

La vigogne, petit camélidé andin méconnu, produit l’une des laines les plus fines et les plus chères au monde. Afin de lutter contre la convoitise des braconniers, l’Argentine s’inspire des programmes péruviens qui permettent aux communautés autochtones d’exploiter la précieuse fibre tout en contribuant à la préservation de l’espèce.

Vigogne en paturâge

Perché sur les hauts plateaux de la cordillère, entre 3 500 et 5 800 mètres d’altitude, ce petit cousin du lama à la toison fauve a fourni de la laine pendant des millénaires aux habitants des montagnes du Pérou, de Bolivie et d’Argentine. L’extrême finesse de sa fibre (12 microns), lui confère un pouvoir isolant et une douceur incomparables, que même le meilleur des cachemires ne peut égaler. Les incas ne s’y trompaient pas et l’utilisaient pour tisser leurs étoffes les plus précieuses, destinées aux livrées impériales. En 1960, l’espèce a frôlé l’extinction, mais la vigogne est désormais protégée, et sa laine est vendue à prix d’or au secteur de la confection de luxe.

Pour beaucoup de villages de la cordillère des Andes, cet animal représente aujourd’hui une source de profits non négligeables qui incitent les habitants à assurer eux-mêmes sa protection. Seules quelques communautés sont autorisées, une fois l’an, à se rassembler afin de pratiquer le chaccu, la battue qui permet d’emprisonner les animaux le temps d’une tonte, avant de les relâcher. Ces mesures ont permis à la population de vigogne de se reconstituer, mais elle reste victime des braconniers en raison du prix de sa laine, qui oscille autour de 300 dollars le kilo.

Autrefois unique exportateur de laine de vigogne, le Pérou est imité par l’Argentine, qui cherche elle-aussi à lutter contre la vente de laine provenant de la chasse illégale, au cours de laquelle les animaux sont tués avant d’être tondus. Cette année, la province de Catamarca prévoit d’autoriser une battue communautaire qui devrait permettre la capture de plus de 200 animaux, pour une récolte estimée à 55 kilos de fibres. Selon la loi, la laine est partagée entre le propriétaire de la terre, qui en reçoit 10%, le sous-secrétariat à l’environnement (20%) et les membres de la communauté (70%).

Mais l’offre légale peine à satisfaire une demande croissante : les artisans de Catamarca nécessitent à eux seuls près de 500 kilos de laine par an. On estime que malgré la surveillance des organismes de protection, plus de 2000 bêtes sont abattues chaque année.

En 2006, la Commission Provinciale de la Vigogne (Coprovic) a vu le jour, afin d’assurer la conservation de l’espèce et de produire plus de fibres de manière durable. L’Argentine s’est inspirée des initiatives péruviennes et a mis en place de nouveaux modules où les animaux évoluent en semi-liberté et qui facilitent la récolte de la laine. Grâce à cette méthode, le Pérou a réussi à légaliser 80% de sa production, soit environ 5 000 kilos de laine prélevée sur 30 000 animaux. Avec plus de 130 000 vigognes vivant à l’état sauvage, selon un recensement effectué en 2006, l’Argentine peut et doit se donner les moyens d’augmenter la production de laine certifiée, si elle veut garantir la récupération de l’espèce et le développement économique des régions andines.

diarioc.com.ar

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