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Green et vert

Entretien avec Stuart Hart, Professeur à l’université de Cornell, à l’origine du protocole BoP 1.0 et BOP 2.0

/ Monde

Green & Vert – Le XXIème siècle annonce-t-il la fin du libéralisme économique ?

Stuart L. Hart - Il y a 68 ans l’économiste et historien Karl Polanyi a écrit La grande transformation, sur le thème du capitalisme. Il décrit le modèle de l’économie industrielle que nous connaissons et qui est toujours utilisé par les grandes compagnies. Il y a beaucoup de choses positives dans ce modèle, mais aussi des points négatifs; car les véritables principes de l’économie de marché ne sont ni respectés, ni utilisés. Ce que nous avons aujourd’hui ce n’est pas vraiment le libéralisme économique mais des monopoles qui sont protégés et sponsorisés par des États, rendant ces compagnies si grandes et puissantes qu’il n’existe plus de véritable compétition. Mais il y a plusieurs façons d’établir des avantages compétitifs sans tenter de monopoliser le marché. En étant responsable et en générant des valeurs positives. Le véritable avantage compétitif est de partager et d’aider les autres membres de son réseau. Les clients deviennent plus attachés à ces compagnies au niveau émotionnel et ne seront pas tenter d’aller vers la concurrence.

G&V – Qu’est-ce qui nous attend ?

S.H. - Je pense que nous sommes en train de passer à un autre modèle économique. D’ici 20 à 30 ans, les écrivains vont écrire à propos de cette période qu’ils appelleront ‘la nouvelle transformation’. Et si je crois toujours aux principes fondamentaux de l’économie d’entreprise, les transformations que nous commençons à vivre vont nous permettre d’accéder à un meilleur modèle économique. Et cela va nous permettre de nous atteler aux problèmes: servir véritablement les gens. Il y a beaucoup d’étiquettes qui qualifient ces transformations. La responsabilité sociale des entreprises, les entreprises citoyennes ou le modèle BoP s’inscrivent dans ces nouveaux modèles.

G&V – Que faut-il faire  pour accéder à un meilleur modèle économique ?

S.H. – Pour que le capitalisme survive, deux choses doivent se passer. Il faut d’abord prendre en considération toute l’humanité. C’est-à-dire s’occuper autant des riches que des pauvres. Ensuite, préserver les ressources naturelles. Tout est une question d’équilibre.  Je pense que c’est une priorité stratégique que de prendre le virage vert (The green leap) maintenant. Lors de mes voyages, je constate qu’en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, il y a beaucoup d’entreprises locales qui ont déjà pris ce virage vert. Et je pense que d’ici une trentaine d’années elles seront de renommées mondiales.

G&V – Il existe tout de même un certain nombre de critiques sur ce modèle économique ?

S.H. – Je ne dis pas que le modèle BoP est parfait. Et que tout le monde va l’utiliser sous sa forme théorique. Je pense qu’il y a des expériences à mener. La crise indienne nous démontre que des ajustements sont à faire, notamment en microfinance. Le meilleur du capitalisme c’est justement qu’il n’y a pas de direction centrale. Cela laisse une plus grande place à l’expérimentation.  Cela nous permet de créer de nouveaux concepts et de faire évoluer notre société. Mais en même temps le fait qu’il n’y ait pas de direction est aussi un aspect négatif du capitalisme. Car cela laisse la porte ouverte à toutes les dérives.

Propos recueillis par Sonia Eyaan

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