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Turbulences au sommet de la pyramide

/ Afrique

Le baril de Brent dépasse les 100 $ sur fond d’inquiétudes sur les approvisionnements.

© Witold Krasowski

L’agitation géopolitique et les manifestations récentes en Égypte, associées à la volatilité des marchés des hydrocarbures, ont focalisé l’attention du monde sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Conséquence, le baril de Brent se négociait la semaine dernière au-dessus des 100 $ pour la première fois depuis 2008, et le WTI a  presque battu un nouveau record en 2011 avant de repasser au-dessous des 90 $. Même si Hart Energy ne prévoit pas de perturbation de la production de pétrole brut ou du transport de produits bruts ou raffinés dans le pays, la situation géopolitique à plus long terme pourrait une fois de plus faire grimper les prix du marché. Alors que les prévisions de la demande annoncent  une croissance en 2011,une attention particulière est portée aux approvisionnements sur lesquels la moindre menace se  répercuterait immédiatement par une hausse des prix.

L’agitation politique s’est propagée au Yémen et à l’Égypte après le départ du président tunisien Zine El Abine Ben Ali. C’est la première fois depuis des générations qu’un dirigeant autocrate nord-africain est contraint à l’exil en raison de pressions politiques. Or de nombreux pays producteurs de pétrole en Afrique et au Moyen-Orient sont organisés en structures politiques comparables, qui limitent l’expression politique de ses citoyens à une époque où les technologies favorisent l’ouverture au monde. Par conséquent, on s’inquiète vivement d’un éventuel effet domino dans la région, qui amplifierait le risque de perturbation des flux de pétrole brut. Le tableau de la page suivante illustre la longévité des dirigeants actuels dans les pays producteurs de pétrole de la région.

En particulier, la Tunisie, la Jordanie et le Yémen semblent être les plus exposés, tandis que l’Algérie et la Libye, qui produisent à eux deux environ 2,6 millions de barils de brut par jour, sont de proches voisins d’Afrique du Nord. Certes, en cas de déstabilisation de l’offre en pétrole brut de la région, l’OPEP déciderait presque certainement d’augmenter sa production (l’Arabie Saoudite a en réserve une capacité de production de 4 millions de barils par jour) ; mais il faudrait du temps pour que les marchés à court terme réagissent et pour que ce pétrole arrive sur le marché. Toute décision de l’OPEP placerait une limite supérieure au risque d’envolée des prix.

Par rapport à certains de ses voisins d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, l’Égypte est un producteur marginal de pétrole brut. En volume net, le pays est même importateur. D’après l’agence américaine d’information sur l’énergie EIA, la production est établie à environ 675 000 barils par jour en 2009.

En revanche, le pays fait transiter des volumes importants de pétrole brut et de produits raffinés. Un rapport de l’EIA identifie le canal de Suez comme l’un des sept principaux points de resserrement où les navires transportent de grandes cargaisons de pétrole. Les inquiétudes portent sur une interruption possible des flux par le canal de Suez ou l’oléoduc Suez-Méditerranée (Sumed) qui, à eux deux, représentent environ 3 millions de barils par jour en produits bruts et raffinés. Un blocage de l’un de ces itinéraires augmenterait les coûts de transport ; les pétroliers à destination de l’Atlantique ou de la Méditerranée seraient alors contraints de contourner l’Afrique par le Cap de Bonne-Espérance, avec pour résultat une hausse encore plus forte des prix. Néanmoins, ces deux voies d’acheminement seront protégées à tout prix et Hart Energy ne prévoit pas de perturbations.

La capacité des États-Unis à maîtriser une montée en flèche des prix du pétrole est quelque peu limitée. Même si le Président Obama peut débloquer du pétrole supplémentaire des réserves stratégiques, il s’agirait davantage d’une déclaration politique pour calmer les marchés, sans grande incidence sur les importations de brut aux États-Unis. Le prix élevé actuel du Brent par rapport au WTI s’explique par les facteurs de l’offre et de la demande du moment : les stocks de Cushing sont déjà bien au-dessus de la moyenne, tandis que les marchés asiatiques stimulent la demande en brut africain et asiatique. Les prix du Brent sont également favorisés par la fermeture inattendue de plusieurs plates-formes pétrolières, sans annonce d’une date ultérieure de remise en production.

POINTS-CLÉS

• Les prix du pétrole se sont stabilisés autour des plus hauts depuis deux ans, malgré le faible risque d’une interruption de l’approvisionnement

• La capacité de réserve de l’OPEP et les stocks importants donnent de la souplesse au système mondial et un plafond à une éventuelle envolée des prix

• L’agitation géopolitique dans d’autres pays producteurs de pétrole moins démocratiques pourrait renforcer la volatilité des prix du pétrole en 2011 (voir tableau page 2)

La tension géopolitique mène souvent les investisseurs à renchérir sur le prix des marchandises. Le pétrole en est l’exemple type. Mais lorsque la menace est proche de la source  ici le Moyen-Orient, le marché est encore plus sensible à l’escalade des prix. Alors que les difficultés d’approvisionnement ont certainement joué sur la hausse des prix jusqu’à atteindre un record absolu en 2008, l’effet psychologique des événements en Irak, au Nigéria et en Iran ont également été des facteurs influençant. En 2006, lorsqu’Israël envahit le Liban, une réaction comparable a été enregistrée sur les prix, alors que l’approvisionnement en brut n’était pas menacé. Si la situation en Égypte s’éternise ou si l’agitation politique continue à se propager à d’autres pays, il est vraisemblable que des prix forts se stabiliseront sur le marché.

Quotas et production de l’OPEP (en milliers de barils par jour)


* Exclut l’Irak qui n’a pas actuellement de quotas de production
• Source : Hart Energy, Bloomberg, Coface, CIA

hartenergy.com

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