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La biopiraterie continue

Venezuela / / Amérique du sud

Plantes, champignons, bactéries… la forêt tropicale regorge de molécules aux effets thérapeutiques miraculeux qui attirent la convoitise des grands laboratoires pharmaceutiques. Souvent sollicités pour leur connaissance de ces substances, les peuples autochtones ne retirent pourtant aucun bénéfice de cette marchandisation du vivant.

© Inti

Les Tepuys, ces hauts-plateaux aux parois abruptes qui se dressent telles des îles au milieu de la jungle amazonienne, sont loin d’avoir livré tous leurs secrets. À cheval sur la frontière séparant le Venezuela, le Guyana et le Brésil, ils sont le territoire des indiens Pemón et Yanomami, l’un des peuples les plus anciens du continent américain, qu’ils occupent depuis plus de 25 000 ans.

En 1998, suite à un accord passé avec le gouvernement vénézuélien, des chercheurs suisses ont pu s’introduire au sein des communautés yanomami, afin de connaître les plantes utilisées par les habitants de la forêt et leurs usages traditionnels.

Pendant plusieurs décennies, les scientifiques se sont efforcés de trouver une autre source de paclitaxel, un composé permettant de lutter contre le cancer du sein, de l’ovaire, du poumon, et contre le sarcome de Kaposi. Découverte aux États-Unis, cette substance a été extraite de l’écorce des ifs de l’ouest nord-américain pendant plusieurs décennies, jusqu’à mettre en péril les forêts. Car pour traiter un seul patient, il est nécessaire de détruire trois arbres pour pouvoir récupérer la précieuse écorce.

Les grands groupes pharmaceutiques se sont donc mis en quête d’autres plantes capables de générer cette molécule. C’est ainsi que le chercheur américain Gary Strobel, de l’université du Montana, a isolé et extrait des champignons produisant du paclitaxel (Stegolerium kukenani et Seimatoantlerium tepuiense), sur les tepuys Kukenán et Roraima, sans qu’aucune consultation n’ait eu lieu avec les Pemóns, l’ethnie de plus de 30 000 individus qui peuple ces montagnes.

Les recherches de Strobel ont donné lieu au dépôt de près de 50 brevets aux États-Unis, partagés par l’université du Montana et les laboratoires Bristol Myers et Cytoclonal Pharmaceutics.

En 2003, le paclitaxel était administré à plus d’un million de patients et ses ventes génèrent aujourd’hui plus d’un milliard de dollars annuels.

Julio César Centeno, chercheur à l’Université des Andes du Venezuela, met en garde contre la ‘biopiraterie’, c’est-à-dire l’appropriation de connaissances médicales autochtones par le biais de brevets déposés par des firmes privées, sans compensation pour les peuples ayant développé ce savoir. Il dénonce une dangereuse marchandisation des organismes vivants et s’inquiète de la vulnérabilité des pays sud-américains face aux grands groupes pharmaceutiques internationaux.

Le Protocole de Nagoya, signé en octobre dernier au Japon par 193 états, entend régir les relations commerciales entre les pays du sud, détenteurs de la plupart des ressources naturelles utilisées, et les pays du nord, qui utilisent ce matériel biologique pour les besoins de l’industrie pharmaceutique et cosmétique.

Cette nouvelle convention prévoit notamment un partage des bénéfices et l’obligation de consulter les communautés vivant sur le lieu où les substances sont extraites.

Julio César Centeno signale que les universités de son pays procèdent elles aussi à une collecte des connaissances des indiens Yanomami et regrette que le Venezuela ne montre pas l’exemple en partageant les bénéfices avec ces communautés, qui vivent dans des conditions matérielles extrêmement précaires.

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