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De la guerilla à l’activisme social et environnemental, parcours de femmes exceptionnelles

/ Amérique du sud

Cristina Reyes, Présidente de sa communauté à Ciudad Romero. © Erika Blumenfeld/IPS

Poussées à l’exil ou entraînées dans la lutte armée, des Salvadoriennes au caractère bien trempé ont fini par s’installer sur les rives du fleuve Lempa, où elles tournent peu à peu la page des années noires de leur pays. Aujourd’hui, elles se battent pour défendre leurs droits et leur environnement. Elles sont à l’origine d’un mouvement social impliquant plus de 100 communautés.

Cristina Reyes accomplit son second mandat en tant que présidente du conseil municipal de Ciudad Romero. Elle consacre ses journées à améliorer le quotidien des habitants de sa communauté, dont elle a su gagner la confiance en garantissant, par exemple, l’accès à l’eau et l’électricité au plus grand nombre, ou en mettant en place des mécanismes de lutte contre les violences faites aux femmes.

L’optimisme que Cristina affiche aujourd’hui malgré les problèmes rencontrés trouve peut-être son explication dans le parcours tumultueux qui l’a conduit jusqu’ici. Comme bon nombre de ses compatriotes, Cristina et sa famille ont dû fuir la guerre civile qui a secoué le pays entre 1980 et 1992, laissant derrière elle plus de 75 000 morts. Cachée dans la jungle avec sa sœur, Cristina s’est réfugiée au Honduras pendant quelques temps, avant qu’une campagne de répression contre la société civile identique à celle menée dans son propre pays n’y éclate, l’obligeant à regagner le Salvador.

Révoltée par les nombreux massacres perpétrés par l’armée auxquels elle assiste, elle finira par rejoindre les rangs de la guérilla. Cristina et sa sœur travailleront alors pour une station de radio rebelle et apporteront leur aide aux femmes ayant perdu époux et fils à la guerre.

Quelques années plus tard, Cristina décide de s’installer dans la région du fleuve Lempa, où Ciudad Romero et d’autres localités sont fondées à cette époque avec l’arrivée d’anciens combattants et de réfugiés.

Aujourd’hui, Cristina intègre un mouvement social baptisé La Coordinadora, qui regroupe plus de 100 communautés de la région de Bajo Lempa et de Bahía de Jiquilisco, une zone déclarée réserve de biosphère par l’Unesco en 2007.

Les principaux objectifs de La Coordinadora sont de promouvoir l’agriculture durable et diversifiée, l’alimentation bio, la sécurité alimentaire et l’adaptation aux changements climatiques.

La Coordinadora intègre une multitude d’associations et d’organismes de la société civile : Estela Hernández, responsable de l’association Mangle, s’efforce notamment de relayer les revendications des populations affectées par les activités des barrages hydroélectriques du fleuve Lempa. La mauvaise gestion des quatre retenues de la région provoque en effet des inondations qui détruisent les récoltes situées en aval. María Elena Vigil, elle aussi à la tête de l’association Mangle, combat également les pratiques de l’industrie sucrière, qui répand des pesticides par avion, polluant les cultures et les cours d’eau.

Les femmes de la région profitent aussi d’un programme national d’alphabétisation pour compléter leur formation. Bon nombre d’entre elles ont déserté très jeunes les bancs de l’école pour s’enrôler dans l’armée ou dans la guérilla, et elles sont heureuses de pouvoir reprendre leurs études aujourd’hui.

Comme Cristina Reyes, ces femmes sont fières d’avoir su concilier vie familiale et éducation de leurs enfants avec leurs ambitions en matière de lutte sociale, pour devenir de véritables porte-paroles de leurs communautés.

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