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Le micro-crédit fonctionne-t-il encore?

Bangladesh / / Asie

La Haute Cour du Bangladesh a confirmé la décision du gouvernement d’écarter Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, de la direction de la Grameen Bank, établissement de micro-crédit dont il est le fondateur. Mais la véritable question est : le micro-crédit fonctionne-t-il ?

© Erik de Graaf

L’actualité de ces dernières semaines a fait ressortir les problèmes liés aux activités de Muhammad Yunus lorsqu’en Occident le « banquier des pauvres » faisait encore l’objet d’une béatification vivante. Dans les campagnes du Bangladesh, des groupes de femmes endettées envers la Gremeen Bank montraient sur leurs livrets de banques des taux d’intérêt exorbitants et des conditions de crédit léonines. Même le réseau d’intérêts créé par Yunus autour de la marque Grameen, des télécommunications à l’industrie textile et alimentaire, n’apparaît pas toujours transparent.

Personne n’est prophète en son pays mais, à Dacca comme dans les campagnes, ce n’est pas facile de trouver quelqu’un disposé à dire un mot en faveur de cet homme, fils d’un orfèvre de Chittagong devenu Prix Nobel de la Paix en 2006. Rien de tout cela ne justifie ce qui s’est passé durant ces dernières semaines. L’expulsion physique de Yunus de la Grameen Bank, sur l’initiative du Premier Ministre Sheikh Hasina, a plus la saveur d’un règlement de comptes que d’une mesure prise au nom du bien public. Quelques rivalités personnelles et politiques semblent compter plus que toute autre considération.

Un doute qui subsiste

Sheikh Hasina accuse Yunus d’avoir pris à son nom le concept même du micro-crédit, qui aurait été introduit pour la première fois au début des années ’70 par le Sheikh Mujibur Rahman, père de l’actuel Premier Ministre et fondateur du Bangladesh. Le Premier Ministre, Mme Hasina reproche au Prix Nobel ses ambitions politiques latentes et son flirt avec la junte militaire qui, il y a quelques années encore, l’avait gardée à l’arrêt forcé à domicile.

Au fond, entre Sheikh Hasina et Muhammad Yunus, le conflit est typique. Chaque pays connait la théorie de l’outsider, personnalité forte et intégrée dans les réseaux internes d’une société nationale mais étrangère aux yeux du reste du monde (Hasina), qui doit lutter contre son contraire, une personne appréciée des réseaux mondiaux mais suspecte dans son Pays d’origine.

Tout cela risque de faire oublier la question principale : le micro-crédit fonctionne-t-il ?

Sert-il à quelque chose dans les sociétés arriérées ou dans celles avancées où il s’est désormais répandu ? Depuis plusieurs années, les experts sont en train de l’étudier sans d’ailleurs obtenir de réponse univoque. Mais un point de départ est défini, du moins par exclusion.

Le micro-crédit ne peut pas être un succédané du pouvoir d’achat ou des amortisseurs sociaux pour les pauvres en Inde ou au Bangladesh, tout comme les prêts subprime ne l’ont jamais été pour les classes les plus faibles des États-Unis. Les dettes servent à investir, non à vivoter. Faire croire le contraire créera probablement une fortune pour certains, et des problèmes pour tous les autres…

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