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L’écosystème de la rivière des perles ruiné par l’hydroélectrique

Chine / / Asie

Le plus long fleuve du sud de la Chine était jusqu’il y a quelques dizaines d’années, une mine d’or pour les pêcheurs. Mais sous le double effet de la pollution de l’eau et de la multiplication des centrales hydroélectriques, la situation est devenue catastrophique.

© Mikael Damkier

Mi-mars, des journalistes ont embarqué avec une équipe des autorités de protection du fleuve. A bord d’un groupe de 3 bateaux, elles préparent la mise en application de l’interdiction de pêcher qui a été décidée pour les mois d’avril et mai. Ils abordent le bateau de He Yougen, un pêcheur de la région de Zhaoqing.

- A partir du mois prochain, la pêche est interdite, vous savez ?

- Je sais, il y a des affiches partout.

Des pêcheurs comme lui, il y en a 15 à 16 mille le long du fleuve. Leur prise quotidienne se réduit de plus en plus:

Dans les années 80-90, on pouvait prendre 25 à 30 kilos de poisson par jour. Dans les années 2000, 10 à 15 kilos. Maintenant, dans une journée normale, on en prend de 500 grammes à 1 kilo. Aujourd’hui c’est vraiment une pêche minable, je n’ai pris… qu’un poisson depuis le début de la journée.

Conscient de la crise qui guette, le ministère de l’agriculture a décidé l’interdiction de la pêche pendant les deux mois de la période de reproduction des poissons. Les professionnels se demandent comment ils vont survivre pendant si longtemps.

Le nombre de poissons pêchés chaque jour n’est qu’une illustration frappante d’une situation grave. Selon une enquête réalisée dans les années 1980, la rivière des perles abritait 385 espèces de poissons. Cela représente la moitié de toutes les espèces de poissons d’eau douce que l’on trouve en Chine. Aujourd’hui, un tiers de ces espèces seraient menacées de disparition. La raison ?

Outre la pollution de l’eau due aux rejets industriels, le problème vient surtout de la multiplication des installations électriques.

Car les Chinois n’ont pas fait les choses à moitié : en quelques dizaines d’années, ce sont 7 827 barrages qui ont été construits dans le système des eaux de la rivière des perles ! D’autres unités sont en préparation. La pression que ces barrages font peser sur les espèces de poissons est énorme. Ainsi, le barrage de Changzhou, terminé en 2007, a séparé l’espace de croissance et l’espace de reproduction de dizaines d’espèces. Cette installation relativement récente, a certes laissé un couloir de passage. Mais il ne fait que 6 mètres, alors que le fleuve est large à cet endroit-là de plusieurs centaines de mètres. Et les poissons doivent remonter plus de 100 marches s’ils veulent passer cet obstacle. Au mois de mai de chaque année, une scène terrible s’y déroule. On peut voir dans l’aval immédiat des quantités de poissons le ventre en l’air. Les murs du barrage sont rouge de sang. Les poissons se jettent dessus pour remonter vers les espaces de reproduction, mais une grande partie de leur population ne trouve jamais le couloir de passage.

Li Xinhui, un des membres de l’équipe de protection, conclut de manière philosophique:

Les ressources de la rivière des perles doivent être exploitées. Ce fleuve a nourri nos ancêtres pendant des millénaires. Des générations ont eu la sagesse d’exploiter raisonnablement ces ressources. Nous, en quelques dizaines d’années, nous avons surexploité les ressources hydroélectriques et surpêché. Le résultat est là. Si on ne s’arrête pas très vite, on ne peut pas exclure que la rivière des perles devienne un jour, un fleuve… sans poissons.

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