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Criminalité et chômage, la face cachée de l’Amazonie

Brésil / / Amérique du sud

Grand territoire, grande misère.
Un paradis vert, l’Amazonie ? Pas à Belém et Manaus, les deux plus grandes villes de cet État brésilien, rongées par la criminalité, la violence et la misère.

Bas-fonds inondables de Manaus. Photo Mélété,

Les deux principales villes d’Amazonie, Belém et Manaus, tutoient les deux millions d’habitants. Ces deux villes occupent les 9ème et 10éme rangs à l’échelle nationale.
Si elles étaient en Europe, elles feraient partie des capitales de l’Union qui compte à peine une vingtaine de villes dépassant ce seuil de 2 millions d’habitants.

Manaus et Belém, à elles deux, représentent un quart de la population de l’Amazonie, qui abrite 60% des 8,5 millions de km² du territoire brésilien. Manaus abrite la moitié de la population de l’État de l’Amazonas, le plus étendu du Brésil, avec 1,5 million de km², et concentre 90% de son PIB. Il n’existe rien de comparable dans le pays.
L’État du Pará est la troisième destination de l’immigration interne du pays. Les immigrés se rendent sur les lieux d’implantation des grands projets d’infrastructures, comme l’ont été la centrale hydroélectrique de Tucuruí et les mines de Carajás par le passé, relayées aujourd’hui par la centrale hydroélectrique de Belo Monte.

Crimes, violence et abandon

Ces gens viennent des quatre coins du Brésil, mais la grande majorité ne possède pas la qualification nécessaire pour pouvoir être employée dans ces grands projets. Leur chemin s’achève alors au bord de la route, là où meurent leurs espoirs et commence leur entrée dans l’économie informelle et la criminalité. Des 10 villes les plus violentes du Brésil, 4 sont au Pará, dont la capitale Bélem. La violence est généralisée. Le crime organisé devient un mode de vie. Les tueurs à gages, les « pistoléros » comme on les appelle, se multiplient et tuent pour moins de 100 reais (45 euros).

Les périphéries de Belém et Manaus ressemblent à des camps de réfugiés où viennent s’entasser les émigrés venus de la campagne, exclus du marché du travail urbain. La plus grande favela horizontale est celle de Paar, avec plus de 150.000 habitants, en banlieue de Bélem.
C’est là que se forment et se cachent les bandes qui vont agir dans le centre-ville où vivent et transitent les riches. Il existe aussi près des quartiers aisés des zones de non-droit dans lesquelles la police réfléchit à deux fois avant de s’aventurer.

Un nouvel apartheid

C’est un processus social complexe et quand on y ajoute les problèmes de ségrégation, il devient effrayant. Récemment, le maire de Manaus s’est rendu dans une banlieue de la ville touchée par un glissement de terrain ayant fait trois morts. Devant une habitante refusant de quitter les lieux malgré l’ordre d’évacuation de la zone considérée comme dangereuse et insalubre, le maire a prononcé cette phrase qui l’a rendu depuis tristement célèbre : « Et bien meurs, meurs ».

En apprenant que cette habitante venait de l’Etat voisin du Pará, Amazonino Mendes, lui-même originaire de cette région, compléta sa réplique malheureuse par un « alors tout s’explique… ». Au Pará, le phénomène migratoire commence à s’inverser. Cette traditionnelle terre d’accueil, grâce à ses richesses qui en ont fait le 4ème État exportateur du Brésil, voit sa population fuir, notamment vers l’État voisin de l’Amazonas.
Un quartier de Manaus aujourd’hui presque uniquement occupé par des immigrés du Pará, est devenu le lieu d’une véritable guerre de clochers entre les deux États et le racisme, autrefois impensable entre ces deux communautés, s’est installé.

C’est malheureusement cette triste réalité qui compose aujourd’hui le paysage de plus en plus déchiré de l’Amazonie. Bien loin de l’image que certains voudraient faire passer, d’une terre unie, tournée vers l’économie verte et bastion du développement durable du pays, qui n’est qu’une ironique et amère tromperie.

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