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Quel avenir pour la gestion des services de l’eau ?

/ Monde

D’accord, le recours à la tarification des prix pour financer les prestations des services de l’eau semble légitime. Mais où sont donc passées les subventions publiques ? « Elles sont en déclin » affirme bon nombre d’experts. Résultat : les gouvernements peinent à financer l’entretien et le renouvellement des réseaux. Mais si, les rois des pays industrialisés sont nus, cela veut-il dire que nous assistons à la fin du règne des municipalités ? Non, pas de panique.

« Plus de 90% des services d’eau et d’assainissement dans le monde sont en gestion publique», selon Aqua Publica Europea. D’ailleurs pas plus tard qu’en septembre 2010, l’Union européenne a annoncé qu’elle allait débloquer, dans le cadre d’un partenariat, 40 millions d’euros pour soutenir les services en eau de pays d’Afrique, d’Asie et les Caraïbes.

© ranjithsiji

Public/privé : de l’eau dans le gaz ?

Manifestement, déficits et dettes obligent, la sphère publique peut difficilement faire cavalier seul. L’OCDE estime que le secteur public « est à même de tirer parti de l’efficience opérationnelle et administrative des entreprises privées (notamment à travers l’expertise technique et les compétences de gestion des opérateurs commerciaux), d’une concurrence plus intense et d’une amélioration des services fournis à l’usager final

Au passage, une poignée de banques dont la Pictet-Water et la Banque Européenne d’Investissement (BEI) ont flairé le filon, et se sont spécialisées dans le financement des sociétés du secteur de l’eau. « Investir dans l’eau permet ainsi non seulement de contribuer à l’amélioration des conditions de vies humaines, mais aussi de réaliser de belles performances financières» affirme Denis Schmidil, Senior Product Manager, sur le site de la banque Pictet. Notons qu’en 2008, un rapport de Transparency International sur la corruption estime que la somme des contrats et des projets d’infrastructures en Europe de l’Ouest, Amérique du Nord et Japon représente 210 milliards de dollars (133 milliards d’euros).

Mais alors que le débat refait surface, brandissant le spectre de la surfacturation et des pratiques monopolistiques auxquelles se sont livrées les majors de l’eau dans les années 90, les partisans de la gestion publique intégrale n’en démordent pas : la privatisation de l’eau, pas question! Les exemples pour ne pas le faire ne manquent pas et le documentaire de Leslie Franke et Herdolor Lorenz, Water makes money, a d’ailleurs montré les pratiques douteuses de groupes comme Veolia ou GDF Suez. David Hall, directeur du Public Services International Research Unit (PSIRU) de l’université de Greenwich, souligne qu’

A l’inverse d’une entreprise dont l’objectif est de maximiser ses profits, le service public est assimilé à un service d’intérêt général et de solidarité.

Petit bémol émis par Peter Borkey de l’OCDE : « Le secteur de l’eau est naturellement monopolistique et présente donc un défi pour le régulateur. Il a le choix entre le secteur privé qui reverse la rente de monopole aux actionnaires ou le secteur public qui l’affecte sous forme de surinvestissement et de postes inutiles.» En matière de corruption, Transparency International explique dans son rapport que les institutions publiques sont loin d’être des modèles de vertu. C’est ce que confirme David Hall,

Aujourd’hui encore, pour de l’argent, certains politiciens sacrifient l’intérêt commun à l’intérêt particulier.

Bonne gouvernance

Il va s’en dire, comme le souligne Peter Borkey, qu’« un partenariat public-privé requiert un cadre réglementaire solide, de préférence une agence de régulation comme l’Ofwat capable de superviser efficacement tous les aspects des services de l’eau.» Pour Jean Benoît Charrin « une bonne gouvernance de l’eau nécessite de mettre en cohérence les politiques dans les domaines de l’eau, de l’environnement, de l’énergie, de l’agriculture, des transports et du développement économique, de la ville

Les citoyens et ONG ont d’ailleurs un rôle à jouer pour lutter contre la corruption. Comme en ayant recours aux tribunaux pour obtenir les détails des négociations entre les entreprises et les États, nous informe Jean Benoît Charrin.

A la lumière des actions menées par le réseau Freshwater Action Network, la pression exercée par les ONG peut permettre d’obtenir des résultats impressionnants, car beaucoup de gouvernements sont conscients du risque de perte d’image s’ils sont qualifiés de “violateur du droit à l’eau”

Marché éthique de l’eau

Une autre approche pour résoudre le financement de l’eau serait de créer un marché éthique de l’eau suivant certains experts. Mais l’eau étant très différente du CO2, « Il est donc important d’avoir un marché de l’eau approprié aux spécificités de l’eau », explique Graciela Chichilnisky. Un expert d’une célèbre banque dédiée à l’eau nous informe sous couvert de l’anonymat que « l’idée de créer une bourse de l’eau n’est pas nouvelle. Mais cela ne se produit pas, sauf dans certains cas très rares et pour des montants limités, car c’est susceptible d’être un mauvais investissement pour un investisseur privé

A méditer

Au demeurant, qu’elles soient publiques ou privées, ces approches sont comme les deux faces d’une même pièce. Elles ont en commun d’être mises en place lorsque nous sommes au pied du mur. « Les hommes connaissent le prix de toute chose, mais la valeur de rien », disait Oscar Wilde.

Sonia Eyaan

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