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Le nouveau Code des forêts suscite un débat sans précédent, mais est-il fondé?

Brésil / / Amérique du sud

Cette semaine le Congrès National doit voter un nouveau Code des Forêts. L’actuel date de 1965, à l’époque du régime militaire. Le Brésil avait alors moins de 110 millions d’habitants, la population rurale était encore dominante. Ces 15 dernières années, des milliers de changements liés au pouvoir exécutif et introduits dans la législation l’ont transformé en une espèce de Code de l’Environnement, déconnecté du vrai Brésil.

La forêt amazonienne doit être protégée, mais le nouveau Code des forêts suscite un intense débat. © LecomteB ( Wikimédia Commons)

Un Code définitif après les mesures provisoires ?

Une bonne partie de ces changements viennent de la pression internationale, notamment sur la déforestation de l’Amazonie. En majorité, ils ont été décidés sans concertation, que ce soit avec les élus, les scientifiques et encore moins avec les principaux concernés: les agriculteurs.

Ces décrets, mesures provisoires et résolutions environnementales, ont placé dans l’illégalité pratiquement 100% des petits et moyens agriculteurs, ont créé un immense vide juridique et ont compromis la compétitivité de l’agriculture. Cela a obligé la Présidence à éditer et rééditer des mesures provisoires pour limiter les dommages de cet imbroglio juridique.

En août 2009, le pouvoir législatif a décidé enfin de légiférer sur le thème. Une commission a été créée pour mettre à jour le Code des Forêts et a nommé comme rapporteur le député communiste Aldo Rebelo. Après presque deux ans de débats et de négociations, avec plus de cent audiences publiques partout au Brésil, le projet de loi a été approuvé en Commission Spéciale en juillet 2010.

Enjeux idéologiques plus que pratiques

Il est surprenant de voir comment ce projet, disponible sur l’internet depuis 2010, semble ne pas avoir été lu par la majorité de ses détracteurs. Dans les médias, ont été lancées des campagnes aux slogans génériques tels que “n’acceptez pas les changements du Code des Forêts” ou encore “le nouveau Code va inciter à la déforestation”. Ces détracteurs, au lieu de proposer des alternatives concrètes, se limitent à un copier-coller de slogans anti-réforme, sans aucune réflexion poussée. Même Mr. Bono de U2 a transmis ses recommandations sur le Code des Forêts à la Présidente Dilma.

Mais quel est le véritable enjeu ? Ce dispositif de réserve légale pèse lourdement sur les petits agriculteurs. Cette mise en jachère est de 20% des propriétés, qu’elles soient de 5 ou 5.000 hectares, qu’elles soient sur des aires planes ou de relief. Selon les chiffres officiels, des 4.367.902 propriétés de l’agriculture familiale, plus de 82% ne possèdent aucune aire de préservation permanente ou de réserve légale. Chez les petits agriculteurs, toute la terre est dédiée à la survie de la famille.

Villes contre campagnes

Il y a autant de désinformation sur ces questions relatives à l’usage des terres au Brésil parce que le débat est urbain, mené par des personnes bien éloignées des réalités rurales, qui méconnaissent la vie des agriculteurs. Ces écologistes, souvent de véritables “urbanoïdes”, avec l’appui d’ONG étrangères, contribuent peu à l’élévation du débat et à la compréhension des problèmes. Ils érigent plus des bannières de marketing qu’une discussion substantielle.

La situation environnementale est en effet beaucoup plus critique dans les villes que dans les campagnes. Grâce à l’agriculture, le pays a une des matrices énergétiques les plus propres du monde: 47% de sources renouvelables, alors que la moyenne mondiale est de 19%. L’agriculture fournit 30% de l’énergie du Brésil. La canne-à-sucre en garantit aujourd’hui 18%, soit plus que la contribution des centrales hydroélectriques. Les forêts énergétiques (bois et charbon) en garantissent 10%. L’agriculture est une solution plus qu’un problème environnemental.

L’agriculture, écologique “par nature” ?

Le Brésil a réduit de 80% la déforestation de l’Amazonie. Emettre l’idée que l’agriculture détruit les forêts du Brésil est une aberration. Entre 1995 et 2006, l’agriculture a vu ses terres diminuer de 24 millions d’hectares.

Le Brésil possède le record mondial de terres protégées: 2,4 millions de km2, soit 28% du territoire. Avons-nous besoin de plus de parcs nationaux ou devrions-nous mieux nous occuper des aires protégées déjà existantes?

Un consensus total sur ce sujet est impossible mais il existe un chemin vers un nouvel équilibre entre la préservation et le renforcement de l’agriculture. Ce qui est sûr, c’est que jamais un projet de loi n’aura été autant débattu dans la société au cours de l’histoire du Congrès!

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