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Interview de Jérémy Lamri Ministre "jeune" de l’environnement

France / / Europe

Jérémy Lamri, membre de l’association Youth Diplomacy, est le Ministre “Jeune” de l’environnement, il représentera la France lors des G8&G20 Youth Summits à Paris du 29 mai au 3 juin 2011. Qui a dit que les jeunes n’étaient pas force de propositions ?

Si vous étiez dans la peau de Nathalie Kosciusko-Morizet, quel serait l’enjeu environnemental planétaire que vous défendriez auprès de vos homologues internationaux ? Pour quelle raison ?

L’enjeu majeur actuel concerne selon moi la gouvernance mondiale de l’environnement. Peut-on encore se permettre de gérer les problématiques environnementales en ordre dispersé, alors que les enjeux sont globaux et les constats alarmants ? Les traités et accords internationaux en matière d’environnement ne sont pas suffisants, car peu contraignants et non adoptés par tous. Pour ne pas revivre la tragédie des communs de Hardin, il parait indispensable de coordonner efficacement au niveau mondial les actions, et de fixer les priorités selon des critères objectifs s’inscrivant dans des politiques cohérentes sur le long terme. Après tout, le rôle des institutions internationales est avant tout de compenser une irrégularité du marché à l’échelle mondiale. Bien entendu, ce que je viens de décrire n’est qu’une première étape pour défendre les enjeux environnementaux. Aussi, pour pleinement répondre à la question, je pense que l’enjeu majeur d’une telle organisation serait d’internaliser les coûts environnementaux. Autrement dit, prendre en compte tous les impacts de nos activités dans l’économie réelle : mettre un prix sur la pollution et les nuisances pour les réduire, ce qui permettrait de réduire la pression de notre société sur la biodiversité et le changement climatique.

Si vous étiez dans la peau de Nathalie Kosciusko-Morizet quels seraient les 2 principaux  thèmes qui figureraient sur votre feuille de route nationale ?

Parmi toutes les priorités, les 2 qui figureraient à coup sûr sur une éventuelle feuille de route seraient l’énergie et la mer. L’énergie est un thème vaste qui prend en compte la source de cette énergie (énergies renouvelables ou énergies fossiles), mais pas seulement. Un défi majeur concernant l’énergie consiste à fournir plus d’énergie avec la même production. En effet, une partie considérable de l’énergie produite est perdue au cours de sa transformation en électricité et de son acheminement vers les consommateurs. Et les consommateurs eux-mêmes ont adopté des habitudes menant au gaspillage. En modernisant les réseaux et les systèmes de gestion de l’électricité sur toute la chaîne de transmission, il est possible de fournir mieux et plus avec autant. On parle d’efficacité énergétique et de réseaux intelligents. Pour les habitudes, c’est un changement culturel profond qui doit s’opérer. Le second thème, la mer, est largement sous-estimé par l’opinion publique. La France dispose du 2ème plus grand territoire maritime au monde, du fait des nombreuses îles notamment. Nous sommes présents sur tous les océans de la planète, et sommes responsables de la préservation des ressources qui se trouvent dans ces eaux. La réduction des pollutions de navires, les collisions accidentelles avec de gros mammifères, le développement des grands ports, la prévention de naufrages (marées noires) et la gestion des réservoirs piscicoles constituent (entre autres) autant de responsabilités que d’enjeux pour la France et son économie.

Selon vous, quel serait le modèle idéal de diversification du portefeuille énergétique français ?

Le modèle énergétique français est extrêmement particulier. Nous tirons près de 80% de notre énergie de centrales nucléaires. Techniquement, la production d’électricité à partir de combustible nucléaire n’est que très faiblement émettrice de dioxyde de carbone, mais n’est en revanche pas renouvelable. Si la tragédie récente de Fukushima pose sur la table l’épineux sujet du nucléaire, je pense malgré tout que l’atome est dans l’ADN de la France, et qu’une transition vers d’autres sources d’énergies n’aura pas lieu dans les quelques décennies à venir. La question du portefeuille énergétique français porte donc surtout sur les 20% de la production restante. Je ne suis pas fervent défenseur de l’éolien terrestre, en raison de son faible rendement, des nuisances occasionnées et de l’espace occupé. L’éolien maritime a en revanche de belles perspectives de développement, et constitue une piste au moins aussi prometteuse que le solaire photovoltaïque. Et concernant ce dernier mode, il est nécessaire de porter toute notre attention sur les technologies utilisées. Tous les panneaux solaires ne se valent pas, et tous n’ont pas le même impact sur l’environnement, sans compter l’utilisation de matériaux parmi les plus rares de la planète dans leur construction. La fin de vie de tous ces panneaux devra également être gérée d’ici 15 à 20 ans environ, ce que nous ne sommes pas aujourd’hui en état d’industrialiser. Les technologies en cours de développement en France concernant les types de panneaux devraient apporter des réponses efficaces d’ici quelques années. Enfin, l’énergie issue de la biomasse est une piste à explorer, même si selon moi ce mode restera marginal dans le portefeuille français.

Toute l’Europe du Nord est touchée par la sécheresse, 33 départements français sont désormais classés en « alerte sécheresse », quelle serait selon vous la 1ère mesure à prendre pour remédier au problème ?

Les mesures correctives ont été largement communiquées par les médias, et je ne peux qu’abonder dans ce sens, car il y a urgence. Pour véritablement diminuer les risques de stress hydrique, il serait nécessaire d’agir encore plus tôt. La première mesure préventive selon moi serait de réduire au minimum les prélèvements d’eau à la source et surtout souterrains, et pas uniquement en période de sécheresse. Bien que l’eau utilisée pour le refroidissement des centrales représente plus de la moitié des prélèvements d’eau en France, il s’agit d’eau de surface qui est restituée rapidement au milieu. Ce n’est pas le cas de l’eau utilisée pour l’irrigation des cultures, où près de la moitié des volumes d’eau s’évapore. Les cultivateurs ont la lourde responsabilité de minimiser leur utilisation d’eau tout en assurant la viabilité de leurs cultures. De gros progrès ont été déjà accomplis en Europe ces 30 dernières années, notamment par les industriels. Nous avons besoin d’eau, et quand nous ne pourrons plus réduire nos consommations, alors il deviendra plus évident d’augmenter la quantité d’eau disponible. De nombreux espaces humides (marais, tourbières, etc.) ont été asséchés au cours du XXè siècle. Or ces espaces jouent un rôle fondamental, dans la captation de l’eau mais également en termes de services environnementaux rendus (dépollution naturelle des eaux par exemple). Il serait nécessaire de reconstituer ces réservoirs dans l’intérêt commun.

En tant que jeune citoyen engagé, parlez-moi d’un projet local (petit ou d’envergure) qui vous tient particulièrement à cœur ?

J’ai eu récemment l’occasion de passer une semaine de découverte au sein de l’association des Potagers de Marcoussis, membre du réseau des Jardins de Cocagne. Ces jardins permettent l’insertion d’adultes en cours de construction de leur projet professionnel. Leur travail consiste à  cultiver des fruits et légumes dans les règles de l’art (Bio). Les clients passent commande environ une semaine à l’avance et peuvent venir récupérer leur panier sur place, ou être livrés. Les Jardins de Cocagne sont pour moi un exemple de modèles locaux intégrant les composantes sociales et environnementales.

Petite question pour le fun : Quelle destination conseilleriez-vous à Prince William et Kate Middleton, pour un voyage de noces écolo?

Pas besoin de partir loin pour voir des paysages de rêve. La Cornouaille, au Sud de l’Angleterre, est une région magnifique, et une occasion de rester sobre en termes d’émissions carbone ! Mais pour plus d’exotisme (sous réserve d’une compensation carbone et d’adopter l’éco-attitude !!), je leur conseille vivement les Maldives, ces magnifiques îles qui devraient être en grande partie recouvertes par les eaux avant la fin du siècle selon toute vraisemblance, en raison du réchauffement climatique. Une occasion parmi d’autres de prendre conscience de la beauté de notre écosystème, et de sa fragilité.

[Propos recueillis par Noëmi Joncour]

Pour en savoir plus sur les G8&G20 Youth Summits :

Présentation des G8&G20 Youth Summits

Youth Summits  PAaris 2011


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