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La mort frappe encore dans la plus vieille mine du pays

Mongolie / / Asie

Alors que le gouvernement rêve d’attirer les investisseurs dans de nouvelles mines de charbon au potentiel énorme, les mineurs de la plus vieille mine du pays, travaillant souvent clandestinement, risquent leur vie pour creuser la terre.

L’énorme potentiel minier de la Mongolie

Si le secteur d’exploitation minière de la Mongolie rêve à son futur développement et aux millions potentiellement engendrés, Nalaikh, noyau industriel du pays et premier site d’extraction de charbon, est bien devenu synonyme de catastrophe minière.

Depuis l’effondrement du communisme et la fin des subventions soviétiques au début des années 1990, les mines de Nalaikh sont considérées comme les plus dangereuses de Mongolie. Pourtant, abandonnées par le gouvernement, des centaines de mineurs non-officiels continuent à y extraire du charbon. Cet ancien site contrôlé par l’Etat a déclaré 47 mineurs morts depuis 2009, selon les chiffres officiels. Les victimes sont surtout des jeunes hommes entre 23 et 35 ans.

Le 15 mars derniers, sept mineurs de Nalaikh sont morts après avoir été piégés dans les puits souterrains. La tragédie, cependant, a été passée sous silence, face à l’annonce par le gouvernement de la  liste des compagnies sélectionnées pour développer Tavan Tolgoi, le plus grand dépôt de charbon à coke du monde, inexploité pour le moment (le potentiel est estimé à 6.5 milliards de tonnes). Les géants d’exploitation minière internationaux Peabody, Val et Xstrata figurent sur cette liste, dont l’annonce était attendue depuis longtemps. En plus d’une quantité prodigieuse de charbon, la Mongolie posséderait des dépôts de métaux précieux, incluant de l’or et du cuivre, dont le total est estimé à 1.000 milliards de dollars.

On s’attend à ce qu’à la production de Tavan Tolgoi seule double le PIB de la Mongolie d’ici à 2015. Composante essentielle dans la sidérurgie, la demande internationale pour le charbon de coke ne cesse de croître. En comparaison, le charbon minéral de Nalaikh, implanté très profondément, attire peu les intérêt internationaux ou le gouvernemental ces derniers temps. Malgré sa taille, le site de Nalaikh ne tient pas la comparaison avec celui de Tavan Tolgoi, plus facile d’accès, et riche en ressources. Le Ministère de Ressources minières et de l’Énergie estime que la Mongolie a 150 milliards de tonnes de réserves de charbon. Aujourd’hui, seuls des mineurs clandestins et de petites compagnies continuent de creuser le sol de Nalaikh, travaillant dans des conditions extrêmement précaires.

La mine de Nalaikh à l’abandon

Sans le soutien soviétique, nous ne pouvions plus nous permettre la technologie exigée pour une mine de cette échelle

, explique Chogtkhuu Luvsang, ancien employé de la mine de Nalaikh et actuellement inspecteur principal à l’Agence d’inspection géologique locale. Le gouvernement a concentré son attention et ses ressources sur le développement de mine à ciel ouvert, moins chères et moins difficiles à exploiter.

La mine de Nalaikh renferme pourtant encore 30 millions de tonnes de charbon, selon Luvsang. Comme le travail est informel, le nombre exact d’ouvriers est difficile à chiffrer, mais pour Luvsang,

2.500 personnes travaillent à Nalaikh pendant la grosse saison, de septembre à mai.

Après la fermeture formelle du site et des industries environnantes, les masses de mineurs sans emploi mais qualifiés se sont tourné vers l’exploitation minière illégale. En 1994, le gouvernement a tenté de contrôler un tant soit peu le site en distribuant des licences à Nalaikh.

Il y a 36 petites compagnies sous licence désormais mais tous font tourner leur exploitation avec des normes de sécurité minimales

, se désole Luvsang. Le gouvernement, dont les yeux sont braqués sur des projets plus vastes et en impliquant des investissements étrangers, ne fait rien pour changer cette situation.

Les mineurs n’y croient plus

L’inquiétude sur le nombre constamment à la hausse d’accidents pourrait inciter le gouvernement à déclarer un gel de toute exploitation minière à Nalaikh. Mais les mineurs n’abandonneront probablement pas le site, faute d’alternative pour gagner leur vie.

Il y a environ 200 puits et chaque puits fait travailler 10 ouvriers – sans oublier tous les conducteurs, les intermédiaires et les revendeurs. Ce serait catastrophique pour nous tous si les mines étaient fermées

, insiste Musa Tuluu, un mineur kazakh dont le père a émigré à Nalaikh au cours des années 1960.

Pour la plupart des ouvriers à Nalaikh, la spéculation sur le possible lancement de l’exploitation à Tavan Tolgoi ne provoque pas vraiment d’enthousiasme.

Ce sont des ouvriers chinois qui vont travailler là-bas, moi je suis trop vieux pour rêver maintenant

, dit Byek, 47 ans, un ancien mineur qui dirige maintenant son propre puit avec neuf hommes sous ses ordres. Bien que soucieux de la sécurité de son équipe, il reconnaît que l’inquiétude principale est d’extraire autant de charbon que possible avant le dégel de la terre au printemps. Car alors le risque d’effondrement est significatif.

Beaucoup de mineurs attendent pourtant une vie meilleure, au moins pour leurs familles.

J’espère que mes enfants ne continueront pas dans cette voie, mais s’ils le font, j’espère qu’ils trouveront un travail dans de grandes compagnies, où c’est plus facile et plus sûr

, rêve Musa Tuluu.

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