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Green et vert

Un projet mythique, mais controversé

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Jour 6 (suite) : Le conservatoire mondial de semences n’est pas exempt de polémiques.
Parfois présentée comme « l’arche de Noé » de la biodiversité, cette banque de semences implantée à Svalbard est très controversée. Son implantation d’abord, à des centaines de kilomètres du continent, en terre polaire et isolée, inquiète et interroge. Quel cataclysme les dirigeants du monde anticipent-ils pour construire un conservatoire de graines là où rien ne pousse ?
« La raison pour laquelle cet endroit a été choisi est que c’est l’un des lieux les plus stables du monde aujourd’hui, explique Roland Von Bothmer. Il n’y a pas presque pas d’activité sismique, la terre est très solide, et même s’il y a des changements climatiques dans le futur, cet endroit sera l’un des derniers endroits du monde à être affecté. En cas de montée des eaux, nous sommes installés au-dessus de la hauteur maximale envisagée. Nous nous préparons au pire mais nous ne souhaitons pas alimenter la psychose; notre rôle premier est d’être là en cas de catastrophe dans les banques de graines qui nous envoient leurs semences. »
Roland Von Bothmer, scientifique en charge du projet, professeur en génétique et sélection des plantes.
Au-delà de l’aspect « cataclysmique » du projet, de nombreux scientifiques et acteurs de la société civile se sont élevés contre le « Svalbard seed Vault », depuis sa création, à l’instar d’Andrew Kimbrell, directeur du Centre pour la sécurité alimentaire, basé aux Etats-Unis. Sur le site de l’organisation, il développe : « Je suis persuadé que les projets de grande envergure ne sont définitivement pas le bon échelon pour la conservation des graines, et nous militons pour une protection des semences et de la biodiversité « in situ ». S’il faut conserver des graines quelque part, en dehors des champs, il faut tenter de le faire le plus localement possible. » Les plantes et les semences sont étroitement liées à l’environnement qui les entoure, et tout un courant des experts de la biodiversité juge illusoire de vouloir conserver les graines du monde si loin de leur milieu d’origine.
Une critique que réfute partiellement Roland Von Bothmer : « Ce n’est pas une condamnation de la réserve de Svalbard elle-même mais du système des banques de graines dans leur ensemble. Nous ne sommes ici qu’au stade ultime de la chaîne et mon plus grand souhait, c’est que nous n’ayons jamais à nous servir du matériel collecté ici. Mais je pense que nous avons besoin des banques de conservation pour avoir un accès facile et simplifié au matériel végétal, indispensable à la sélection qui permet d’adapter les plantes aux mutations environnementales et aux maladies. Donc il faut combiner les deux, la préservation dans les champs, et la conservation dans les banques. »
Enfin, ce projet astronomique est financé à la fois par les états, la Norvège en tête, mais également par des fondations et des sociétés privées, qui prennent en charge une partie des frais d’acheminement des graines pour les pays en voie de développement. Parmi ces partenaires privés, la fondation Bill et Melinda Gates, étroitement liée financièrement au géant américain des biotechnologies végétales Monsanto, connu surtout pour sa production et sa distribution massive d’OGM dans le monde. Figurent aussi parmi les donateurs les sociétés Syngenta et Dupont/Pioneer Hi-bred, deux semenciers internationaux, qui participent également au business des OGM de maïs et de soja. Les défenseurs de l’environnement accusent régulièrement ces entreprises de contribuer à appauvrir la biodiversité mondiale, en commercialisant des semences OGM brevetées, et d’avoir un impact négatif sur la paysannerie. Ces compagnies utilisent-elles la réserve de Svalbard comme un outil marketing, visant à faire taire les critiques de leur action sur le terrain ? Ont-elles accès au véritable trésor que le conservatoire recèle, c’est à dire à terme une base de données centralisée et incomparable sur les semences du monde entier ?
En tentant de répondre à ces questions, le Centre de sécurité alimentaire a d’ailleurs noté l’opacité entourant le contrat qui régie la réserve de Svalbard et ses liens avec ses partenaires privés. « Il n’y aucun accès possible pour quiconque, réplique Roland Von Bothmer, qui se veut rassurant. Le seul moyen d’avoir accès aux semences conservées ici est de passer par les banques de semences dans les pays d’origine. Dans cette affaire, il en va de la réputation de la banque végétale scandinave et des pays qui sont impliqués dans ce projet. Si on commence à faire ce genre de chose, tout le système va s’écrouler. »

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A la découverte de… :

L’archipel de Svalbard est réputé pour sa nature inhospitalière, son climat extrême mais aussi pour la première réserve mondiale de semence. Pendant une semaine, vivez les aventures de Mathilde Goanec, correspondante de Green et Vert au royaume de l’ours polaire.

Retrouvez les autres épisodes ci-dessous :

Épisode 1 : Svalbard, à la limite du Pôle nord. Arrivée dans l’extrême nord norvégien, par avion.

Épisode 2 : Longyaerbyen, une cité idéale? Mathilde découvre la principale ville de Svalbard.

Épisode 3 : Lucie ou la vie polaire. Rencontre avec une étudiante française.

Épisode 4 : Jamais sans mon fusil ! Le port d’arme à feu, une nécessité dans l’archipel.

Épisode 5 : Le charbon, sale… mais indispensable à la survie sur l’île. Mathilde interroge Snore Olaussen, responsable universitaire du CO2 Lab, au sujet du charbon, principale ressource de Svalbard.

Épisode 6 : A l’intérieur de la réserve mondiale de semences. Visite du conservatoire mondial de semences.

Épisode 8 : Côté russe. Mathilde termine son périple par une visite du village russe de Barentsburg.

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