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Quand l’industrie automobile crie (encore) au loup

USA / / Amérique du nord

L’industrie automobile américaine rechigne à améliorer le rendement énergétique de ses véhicules. Motif avancé : des coûts trop élevés. Mensonge, selon le blog écolo Switchboard. Démonstration en 3 points.

Juste à temps pour l’été ! L’industrie automobile nous sort la énième suite de son film catastrophe à grand spectacle, un peu comme sa propre version d’un classique hollywoodien. Dans cet épisode, les lobbyistes des constructeurs automobiles clament que si le Président Obama leur impose de doubler le rendement énergétique des véhicules dans les 14 ans à venir, les voitures deviendront inabordables et les ouvriers se retrouveront tous au chômage.

Toutefois, comme on a pu le constater au fil du temps, les affirmations de ces industriels selon lesquelles le ciel allait nous tomber sur la tête par la faute des airbags, des ceintures de sécurité ou des pots catalytiques se sont toujours révélées fausses. On constate d’ailleurs une exception notable avec GM qui indique qu’il “trouvera le moyen” de parvenir aux 56,2 miles par gallon (4,2 litres/100 km).

Mauvaise foi

Malgré les protestations qu’ils adressent aux médias et à la Maison Blanche, les constructeurs automobiles disposent bel et bien de la technologie et du savoir-faire requis pour faire face à des normes strictes en matière d’économie de carburant. Le respect de telles normes ne nécessite pas de percées spectaculaires dans les nouvelles technologies et ne requiert que de modestes quantités de véhicules électriques.

Mais il existe dans l’industrie automobile une tradition vieille de quarante ans, tradition parfaitement documentée et dont cette industrie n’a nul lieu d’être fière : celle d’exagérer de 2 à 10 fois les coûts avancés. Les récentes affirmations selon lesquelles les coûts vont tripler sonnent quelque peu creuses lorsqu’on les compare aux dernières analyses de coûts qui figurent dans des études portant sur ce qui peut être réalisé d’ici 2025.

Raison n°1 : la technologie permettant d’atteindre les 4,2 litres/100 km est déjà connue et abordable.

Selon l’analyse publiée par l’U.S. Environmental Protection Agency (U.S. EPA), le Department of Transportation (DOT) et le California Air Resources Board (CARB), les technologies devant être mises en œuvre pour faire face à des normes strictes sont parfaitement connues, abordables et ne nécessitent aucun progrès radical d’un point de vue technique ou en termes de coûts.

On distingue quatre technologies essentielles à maîtriser pour répondre à une norme standard de 62 miles par gallon (3,8 litres/100 km) :

  1. Des matériaux légers et de haute résistance afin de réduire la masse de 10% par rapport aux niveaux de 2016, ce qui est cohérent avec les tendances en cours dans l’industrie automobile.
  2. Un accroissement du rendement des moteurs à essence turbocompressés par le refroidissement et l’accélération des gaz d’échappement.
  3. Des technologies d’hybridation évoluées et moins onéreuses, tels les systèmes à “double embrayage parallèle” que Hyundai, VW et Nissan sont d’ores et déjà en train d’introduire sur le marché.
  4. Des véhicules hybrides électriques rechargeables utilisant des batteries lithium évoluées moins chères.

Les constructeurs automobiles affirment qu’il va falloir énormément de véhicules électriques rien que pour atteindre la barre des 4,2 l/100 km. Or ceci est purement et simplement faux. Le graphique ci-dessous montre dans quelles proportions, en moyenne, les quatre technologies précédemment évoquées doivent être panachées afin d’atteindre les différents niveaux de consommation normalisés que l’U.S. EPA, le DOT et le CARB ont développés.

Automobile Schéma 1

On voit que le niveau 56,2 mpg (4,2 l/100 km) ne nécessite que 3% de véhicules électriques, tandis que le niveau 62 mpg (3,8 l/100 km) en nécessite tout juste 10 %. Pour l’essentiel, le respect de la norme peut donc être acquis simplement avec des moteurs à essence suralimentés modernisés et des véhicules hybrides.

Raison n°2 : Depuis quarante ans, l’industrie automobile a pour tradition d’exagérer ses coûts.

L’histoire ancienne tend à suggérer que les estimations de coûts avancées par le secteur automobile sont une fois de plus extrêmement gonflées. Le graphique ci-dessous montre que sa toute dernière exagération (triplement des coûts) est dans le droit fil de celles constatées au cours des années passées, avec des valeurs de 2 à 10 fois supérieures aux estimations des instances de régulation. De plus, en raison d’innovations imprévues, les coûts réels sur les principaux points se sont même révélés inférieurs aux estimations desdites instances.

Automobile Schéma 2

Raison n°3 : Les chiffres avancés par les industriels de l’automobile sont très supérieurs à ceux issus d’analyses indépendantes.

Le graphique ci-dessous est extrait du blog de Simon Mui. Il montre que les estimations de l’EPA (agence américaine pour la protection de l’environnement) se situent entre celles de l’étude du Center for Automotive Research (CAR 2011), réalisée pour le compte de l’industrie automobile, et celles d’autres études indépendantes parues dans des revues spécialisées.

Automobile Schéma 3

Selon son blog, « l’étude CAR 2011, sur laquelle s’appuie l’industrie automobile [trait plein rouge], dépasse de très loin les estimations des autres études » sur le potentiel d’économie de carburant à long terme, notamment celles de la National Academy of Sciences – America’s Energy Future (NAS-AEF 2010), du Massachusetts Institute of Technology (MIT 2008), du Dr. DeCicco de l’Université du Michigan (DeCicco 2010) et du Rocky Mountain Institute (RMI).

La raison pour de telles différences de coûts ? L’étude CAR 2011 surestime systématiquement le coût de l’atteinte du niveau standard 62 mpg (3,8 l/100 km) en utilisant une base de référence différente, en ignorant les options à bas coût et en se fondant sur des hypothèses technologiques dépassées.

Grand écart

Selon l’estimation de l’EPA, une consommation de 3,8 l/100 km coûterait 3 225 $ aux automobilistes, mais leur permettrait d’économiser quelque 6 412 $ sur la durée de vie du véhicule, avec un délai de rentabilité de 3,8 ans (moyenne des quatre axes technologiques).

Les constructeurs automobiles affirment pour leur part que le coût sera trois fois plus élevé et que cela imposera d’avoir les deux tiers du parc automobile constitués d’hybrides et de véhicules électriques à batteries. Le fossé est donc large.

Qui faut-il croire ? Si l’on examine de plus près la technologie, les autres analyses indépendantes et les antécédents du secteur automobile, on se rend compte qu’encore une fois, ce dernier exagère de beaucoup le coût du respect des nouvelles normes afin de promouvoir son tout dernier film catastrophe.

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