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L'Ukraine pleure ses mineurs

/ Europe

L’Ukraine a décidé d’une journée de deuil national, le 29 juillet, en mémoire des 37 mineurs morts ce jour-là. En cause, l’explosion de la mine “Sukhodolskaya-Vostotchnoya”, dans la région de Lugansk, sous l’effet conjugué du méthane et de l’air ; et l’effondrement d’une de ses tours, quelques heures plus tard, à Makeyevka, dans la région de Donetsk.

L’explosion dans la mine “Sukhodolskaya-Vostotchnoya” est survenue dans la nuit du jeudi 28 au vendredi 29 juillet vers 2 h du matin. Selon le Syndicat de l’industrie du charbon, 252 mineurs étaient à l’intérieur au moment de l’incendie. Quinze minutes après l’explosion, 224 d’entre eux ont réussi à faire surface. Onze unités de secours ont alors rapidement commencé à fouiller les décombres pour tenter de trouver des hommes encore en vie.

Pendant tout ce temps, aucune information n’aurait filtré à l’extérieur, selon les épouses et les mères des mineurs, qui se sont spontanément rassemblées dans le bâtiment administratif de la mine. L’une d’entre elles témoigne :

Nous avons reçu de l’information soit par les médias présents ici, soit par la télévision… On a demandé à nos amis de regarder la TV et de nous appeler s’ils avaient des nouvelles.

La liste des mineurs travaillant dans la mine au moment de l’accident n’est finalement apparue qu’en milieu d’après-midi, vendredi. Le jour même, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a créé une commission d’enquête gouvernementale sur l’explosion de la mine, dirigée par le ministre de l’Énergie et des mines, Iouri Boïko.

Malgré l’accident, un bus a déversé, comme tous les jours à 12h30, son lot de travailleurs. Cette deuxième équipe de mineurs était censée descendre sous terre à 14h. Ils sont tous sortis du bus, sont rentrés dans les locaux et ont attendu les ordres. Ils sont, eux aussi, restés longtemps sans nouvelle sur ce qu’il s’était passé la nuit précédente.

Bouches cousues

Pendant ce temps, personne ne se risque à un commentaire. Ni les responsables de la mine, ni les fonctionnaires de l’administration régionale, ni le service de presse de la mine. “Seul le président Ianoukovitch fera une déclaration”,  a annoncé l’un des membres de l’Administration de la région de Lugansk.

Pourtant, une négligence pourrait bien être à l’origine de l’accident. Faute d’une ventilation adéquate, le taux de méthane (un gaz toxique responsable des fameux “coups de grisou”) aurait été trop élevé au moment où les mineurs se trouvaient sous terre.

Des informations qui ont été relayées par un membre proche de la commission gouvernementale et par le Syndicat national des travailleurs de l’industrie houillère. Mais une version démentie par Viktor Ianoukovitch lui-même, qui a estimé lors d’une conférence de presse un peu plus tard dans la même journée “que les règles techniques avaient été respectées.”

Finalement, les sauveteurs à pied d’œuvre n’ont trouvé que des cadavres. 26 mineurs sont décédés au total sur le site de la mine. L’enquête en cours devrait déterminer s’il y a eu une faute lors de la descente dans la mine. Selon le code criminel ukrainien, une violation des règles de sécurité peut entraîner une peine de prison allant de 2 à 10 ans.

Un deuxième accident à quelques heures d’intervalle

Le deuxième accident s’est produit à 9 h du matin le même jour, à Makeyevka dans la région de Donetsk. Le chevalet (qui sert à descendre et à remonter les mineurs et le charbon) de la mine “Bajanov”, d’une hauteur de 65 m, s’est littéralement effondré au sol. Selon des témoins, la tour est tombée “comme un crayon.”

Quinze personnes étaient alors au travail, dont six femmes. Le sauvetage a duré deux jours et une cellule psychologique a été mise en place pour les mineurs et leurs familles. Onze corps sans vie ont été extraits des décombres, ainsi que quatre blessés – trois femmes et un homme.

Un d’entre eux se trouvait à 43 m de hauteur au moment de l’effondrement. Il s’en est sorti avec de nombreuses blessures et fractures, après plus de cinq heures à attendre les secours :

Je suis chanceux, car j’ai été protégé par une sorte de cabane qui s’est créée autour de moi au moment de l’effondrement.

Là encore, une enquête a été ouverte, et personne ne se risque à commenter les faits. Toutefois, l’un des survivants, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré aux journalistes que l’effondrement partiel du chevalet avait commencé dans la nuit mais que la direction n’avait pas pour autant fait cesser le travail.

Selon le président du Syndicat indépendant des mineurs, le député Michael Volynets, la principale cause de l’accident est la vétusté des équipements et des bâtiments : “70% des infrastructures, le puit de la mine, le chevalet, les ventilateurs, étaient déjà hors d’usage.”

kommersant.ua

Le contexte :

Depuis l’indépendance du pays en 1991, l’état des mines ukrainiennes n’a cessé de se dégrader. 581 mineurs y ont perdu la vie ces 20 dernières années. Les mines du Donbass et de la région de Lugansk sont parmi les plus dangereuses au monde, notamment à cause des grandes quantités de méthane qu’elles renferment, responsable d’explosions mortelles.

Les syndicats dénoncent régulièrement la vétusté des équipements et le manque d’investissements, notamment dans les mines d’État. Mais l’Ukraine, très gourmande en énergie (c’est le pays d’Europe le moins efficace sur le plan énergétique), ne peut pas pour l’instant se passer du charbon, sa principale ressource. Les investissements vers les énergies alternatives restent anecdotiques et le pays reste donc coincé entre le gaz russe et le précieux minerai noir…

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