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La vie après la machine à laver

/ Europe

Au lieu de la poudre de lavage et des détergents habituels, de plus en plus d’Ukrainiens choisissent des produits ménagers respectueux de la nature. Les écologistes affirment qu’une prise de conscience sur ces questions influence directement la qualité de vie de chacun.

 

 

 

 

Ateliers sur l'eau potable à Kiev.

Dans le sillage de la Journée mondiale de l'eau (22 mars), l'ONG ukrainienne Mama-86 participait le 12 avril 2011 à des ateliers sur l'eau potable, à Kiev. © Mama-86

 

 

 

 

Quand une usine chimique décharge des eaux usées dans la rivière, nous crions à la catastrophe écologique. Alors que chaque jour, nous faisons presque la même chose, en déversant dans les égouts après le passage en machine des tonnes de phosphates contenus dans les détergents à lessive classiques.

Denis Tcherkassov s’insurge. Installé dans la ville de Dnipropetrovsk, l’homme d’affaires a ouvert il y a quelques années une boutique sur Internet vendant des produits de nettoyage écologiques. Aujourd’hui, cet ancien programmateur informatique ne vend pas seulement en ligne, il possède trois magasins en Ukraine et un plan de croissance ambitieux.

Partout où il passe, l’éco-entrepreneur détaille l’impact environnemental des phosphates et autres produits chimiques qui entrent dans la fabrication des poudres traditionnelles. C’est une vraie « campagne d’alphabétisation écologique« , pas seulement une stratégie de marketing. Il est même allé dans une clinique pour enfants et a discuté avec de jeunes parents pour les alerter des effets négatifs de la lessive grand public sur les bébés.

La prise de conscience du jeune homme sur l’intérêt des produits de nettoyage écologiques a eu lieu à l’arrivée de son premier enfant. Des proches venus d’Allemagne se sont étonnés que Denis Tcherkassov et sa compagne ne s’intéressent pas davantage à la composition des poudres de lessive, et ont conseillé au jeune couple du détergent écologique pour laver les vêtements de leur enfant. Conquis, l’Ukrainien a commencé son activité en vendant à son tour des poudres étrangères.

Des produits naturels et… locaux !

La demande étant en constante augmentation, il s’est finalement tourné vers son propre pays pour produire des lessives écologiquement compatibles. Rien qu’à Kiev, on trouve ses produits dans plus d’une dizaine de points de vente. L’entrepreneur est convaincu que les poudres sans phosphates n’ont pas besoin de publicité pour trouver leur clientèle. Ses clients recommandent volontiers les produits à leurs parents ou leurs amis et c’est le bouche à oreilles qui fait office de stratégie marketing et commerciale.

« Dans 90% des cas, on peut remplacer la poudre par du savon et dans les 10% restants, par de la poudre sans phosphates », assure aussi le chef du club l’Écologie appliquée,  Andreï Bobrovitsky. Dans ce groupe, on apprend à construire une maison respectueuse de l’environnement, à organiser et trier les déchets ménagers et à remplacer les produits chimiques domestiques par des produits naturels. Ce dernier atelier étant de plus en plus couru… M. Bobrovitsky affirme :

Un savon normal pour enfant, qui ne contient aucun élément chimique, peut être râpé et dilué avec de l’eau chaude. Vous mettez ce gel dans la machine à laver à la place de la poudre. Avec de l’argile, du bicarbonate de soude ou de la moutarde, vous pouvez même faire la vaisselle ou brosser vos dents.

Il y a trois ans, quand il commencé à donner de tels conseils, beaucoup le prenaient pour un fou. À présent, ils sont nombreux à participer à des cours pour transformer le savon en lessive!

Ex-chercheur soviétique

Dans le bureau de la société Dakos, basée en Crimée, on montre aux invités le certificat européen décerné pour bonne conduite environnementale, que la société a reçu en 2003 pour une série de poudres de lessive sans phosphates. Alexandre Kachur, ancien chercheur en laboratoire sous l’Union soviétique, a imaginé une série de produits ménagers écologiques dans les années 90.

Ce chimiste convaincu a réalisé ses premières expériences dans la cour de sa propre maison. Il a ainsi découvert les vertus d’une molécule de soude – similaires à celles des éléments chimiques polluants – qui permettent tout à la fois de laver, de désinfecter et d’éliminer les odeurs.

Trois ans après cette découverte, il a lancé la première poudre écologique ukrainienne. Alexandre Kachur est fier car dans presque chaque ville ukrainienne, il a trouvé des partenaires qui se sont impliqués dans la promotion de poudres sans phosphates. Selon le chercheur, en Ukraine, plus de 100 000 personnes utilisent désormais des produits d’entretien écologiques.

Syndrome « des draps propres »

Rien de surprenant à cela pour Anna Tsvetkov, responsable de la section « eau potable » au sein de la célèbre ONG environnementale Mama-86. En Europe, depuis plus de 15 ans, le contenu des produits d’entretien est strictement réglementé. Dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche, les phosphates sont même remplacés par des zéolithes et des silicates (minerais) dans les lessives en poudres. Mme Tsvetkov explique :

Ces éléments chimiques causent beaucoup moins de dommages sur l’environnement, mais ils sont aussi beaucoup plus chers. Ce qui fait que des lessives de la même marque, selon qu’elles soient vendues sur le marché ukrainien ou celui de l’Union européenne, auront des compositions différentes.

Ces dernières années, selon les écologistes, les Ukrainiens se sont retrouvés embarqués dans le syndrome dit « des draps propres » et lavent leur linge cinq fois plus qu’il y a dix ans. Un phénomène qui s’explique notamment par l’amélioration des conditions de vie.

Pollution des eaux

La conséquence sur l’environnement est automatique :  la concentration de phosphates relevée dans les eaux usées qui transitent par l’usine de traitement de Bortnicheskoy près de la capitale était de 6 à 8 mg/litre dans le milieu des années 90. Aujourd’hui, elle atteint 20 à 30 mg/litre. De plus, les usines de traitement soviétiques n’ont pas été conçues pour purifier l’eau présentant une forte concentration de phosphates. Cela conduit donc à une détérioration significative des eaux rejetées dans le Dniepr, le plus grand fleuve du pays.

Chaque gramme de composé phosphate dans les détergents entraîne une augmentation de 5 à 10 kg d’algues vertes. Ces plantes aquatiques, en décomposition, produisent de grandes quantités de sulfure de méthane, d’ammoniac et d’hydrogène, ce qui conduit à la destruction de nombre d’organismes vivants dans l’eau. Ces algues se multiplient rapidement et il est assez difficile de s’en débarrasser.

Aux pouvoirs publics d’agir

Ce désir de laver plus, sans penser aux conséquences pour l’environnement, pourrait donc s’avérer très coûteuse pour les Ukrainiens. Le Département de protection de l’eau de la capitale, Kiev, prépare donc un appel formel aux entreprises fabricant des produits ménagers, demandant une réduction et, dans le futur, le retrait total des phosphates et des éléments chimiques actifs des détergents.

Une décision locale, qui pallie le manque de programmes étatiques pour protéger les ressources en eau, même si le Parlement a adopté en juin 2010 une résolution pour sortir les ingrédients nocifs de la composition des lessives. Comme souvent en Ukraine, cette résolution est restée sans effets. Sans attendre les décisions du gouvernement, l’organisme communal Kyivvodocanal a aussi lancé une campagne parmi la population, qui semble trouver un véritable écho.

focus.ua

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