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"Si la glace arctique fond, les vents risquent de se déchaîner"

/ Europe

Lors du deuxième Forum international sur l’Arctique, le directeur du centre de recherche de l’Institut de la Marine, le professeur Vsevolod Peresypkin, a livré ses impressions aux représentants de la Société géographique de Russie sur l’avenir de l’Arctique.

Vsevolod Peresypkin.

Vsevolod Peresypkin (au centre), lors d'une réunion de travail en 2009.

Olga Tsarev : Le développement de l’Arctique et des voies de transport à travers les glaces semble très coûteux: il faut construire des brise-glaces, former des pilotes, organiser des systèmes d’alerte et de suivi par satellite, créer des centres de secours... Pourquoi avons-nous besoin de tant d’efforts?

Vsevolod Peresypkin : Vous savez que le chemin vers le cosmos est bien plus cher que le chemin vers l’Arctique… Et pourtant nous y allons. Vous savez pourquoi?

O.T. : Pour des questions de prestige de notre pays….

V. P. : Oui, et c’est la même chose en Arctique. L’homme veut tout savoir, et tout le monde veut faire partie de cette aventure. De plus, l’Arctique a un vrai poids économique car c’est le chemin le plus court entre l’Europe occidentale et la région Asie-Pacifique. C’est pour cela que nous sommes tous prêts à y mettre le prix.

O.T. : Mais en raison des tarifs élevés de logistique, il s’avère que le passage de la route maritime du Nord sera un tiers plus cher que la route du Sud via le Canal de Suez.

V. P. : C’est plus cher maintenant, mais ces tarifs pourraient être dans le futur beaucoup plus faibles, si nous partons sur une base contractuelle. Atomflot (compagnie de brise-glaces basée à Mourmansk, propriété de l’État russe, ndlr) est en train de se mettre d’accord avec les armateurs pour réduire les coûts, car les avantages l’emportent : le chemin par rapport au Sud est presque réduit de moitié, ce qui donne au final une économie de carburant assez significative, et qui va attirer les bateaux au Nord. C’est donc aussi des bénéfices futurs pour Atomflot.

O.T. : A quelle échéance selon vous la partie orientale de l’Arctique va-t-elle se libérer entièrement de la glace, et permettre l’ouverture d’une voie maritime?

V. P. : Jamais totalement. Je fais partie de ces personnes qui croient que le réchauffement que nous observons est un phénomène temporaire, un processus cyclique, plutôt qu’un réchauffement climatique qui dure depuis plusieurs siècles. L’Arctique a eu des périodes plus chaudes, puis plus froides. Dans les tableaux de contrôle à long terme, ce réchauffement n’est pas visible, même s’il est possible d’avoir des données différentes à partir des  mêmes graphiques… C’est tout le débat actuel.

O.T. : Pourtant actuellement, le volume de glace est faible par rapport aux années précédentes?

V. P. : D’après les données du Centre national de la neige et de la glace des États-Unis, la place des glaces maritimes en Arctique oscille ces derniers temps entre 4 et 6 millions de km2. Et même si la glace fond, la zone restera dangereuse, car les glaces vont se déplacer. Il y aura un banc de glace vers les latitudes sud et les vents deviendront très fort (ils sont actuellement freinés par la glace). C’est pourquoi on ne naviguera jamais facilement en Arctique. Mais on ne peut pas renoncer. Pour ma part, je suis sûr que le refroidissement reviendra tôt ou tard. Certains estiment qu’il a déjà commencé.

O.T. : A votre avis, que peut donner le développement d‘une telle voie maritime pour les peuples autochtones du nord de la Russie?

V. P. : Il n’y a pas si longtemps, la vie en Arctique était intense. Dans l’Arctique des années 60, disons. 300 navires y passaient, car la population était nombreuse et il fallait la nourrir. Dans les villages arctiques, il y avait une poste, l’hôpital, l’école – tout ce que l’on trouve dans une grande ville. Les gens travaillaient, on leur portait une grande attention. Nous sommes ensuite passés à un autre système : les gens viennent pour une durée déterminée, et ils repartent. C’est pourquoi maintenant les villages sont dépeuplés, les maisons sont dégradées… Tout est dans un état terrible. Les locaux vivent dans un état plus sauvage qu’autrefois, la civilisation est partie et le pays ne les soutient plus. C’est pourquoi j’espère que, graduellement, on reviendra vivre près du cercle polaire.

Propos recueillis par Olga Tsarev.

rgo.ru

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