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Volca (NO) Park 2

/ Amérique du sud

Alors qu’un débat s’instaure autour du projet de téléphérique au pied du volcan la Soufrière, les conditions réglementaires ne sont pour le moment pas en faveur de celui-ci. Deuxième épisode sur cette épineuse question, et morceaux choisis de notre interview téléphonique avec Franck Chaulet, gérant de la société Catode SARL, porteuse du projet.

La route de la Soufrière en 1976.

La route de la Soufrière lors de l'éruption phréatique de 1976. © sybarite48 (Flickr.com)

Un bon point : la baisse des émissions de CO2

La plaquette de présentation du projet de Volcano Park est très alléchante. Selon ses promoteurs, “un câble aérien, c’est l’unique solution technique pour rendre [le pied du volcan] accessible à tous et pour absorber le flux touristique.” Avant que la route menant au pied du volcan ne s’effondre, 700 voitures et cars de tourisme en fréquentaient quotidiennement le parking.

Aujourd’hui, même si un chemin de randonnée conduit au bas du dôme de la Soufrière en une vingtaine de minutes, ce sont encore 45 000 voitures par an qui fréquentent le cœur du Parc national de la Guadeloupe, où se situe le volcan. On se l’accorde, la situation n’est pas bien rose en termes d’émissions de CO2.

Sur le papier, le projet en cours semble plus “propre” : “la télécabine [...] fonctionne avec un moteur électrique, cela permet d’éviter le rejet de […] plus de 60 000 tonnes de CO2 par an.” Un peu plus loin dans la même plaquette de présentation, il est même affirmé que “dans l’esprit du Grenelle 2 de l’environnement (Loi du 3 août 2009), l’État encourage le transport par câble.”

Au téléphone, Franck Chaulet nous le confirme : “Le téléphérique consomme 1 kW par personne, pour 105 000 visiteurs estimés par an. Il y aura également des panneaux solaires.” Avant d’ajouter : “Nous avons aussi pris contact avec la Manade [un club équestre à Saint-Claude, ville du volcan, ndlr] afin de proposer un système touristique en carriole à cheval.”

Un décret de 2009 protège le parc national

Soit. Mais les promoteurs ont l’air d’avoir oublié que les conditions réglementaires ne sont pour le moment pas favorables au projet de téléphérique, qui se situerait pour partie en plein cœur du Parc national de la Guadeloupe. En effet, un décret paru en 2009 interdit la construction d’installations de ce genre au cœur du parc.

Bien que le projet de Volcano Park soit inscrit au Schéma d’Aménagement Régional (SAR) de la Guadeloupe, ce décret étant extraterritorial, cela signifie clairement qu’il s’impose à tous les autres documents locaux. Ainsi, pour que le projet passe, il faut désormais qu’une dérogation au décret soit prise, et notamment que le Conseil d’Administration du Parc national de la Guadeloupe et le CNPN (Conseil national de protection de la nature) émettent un avis favorable.

En clair, les promoteurs doivent démontrer que le téléphérique peut apporter un mieux être en termes de conservation de la nature, d’accueil du public et de contribution au développement local. Rien n’est donc gagné d’avance pour Franck Chaulet et ses associés, qui, contre toute attente, sont confiants. Le gérant déclare :

Si on est à étudier le projet, c’est qu’ils [les membres du Conseil d'Administration du Parc national, ndlr] sont bien d’accord, du moins on l’espère. En plus, les spécialistes de la faune et la flore de Guadeloupe estiment qu’écologiquement ils n’ont pas encore trouvé de causes réelles d’interdire un tel investissement. La seule question à se poser est de savoir si le projet est culturellement acceptable.

Combien d’arbres abattus ?

Mais que répondre aux détracteurs du projet, et plus particulièrement au collectif “Non au téléphérique” qui dans sa pétition écrit que le téléphérique va “défigurer définitivement la Soufrière pour 8 minutes de traversée, et agresser de manière irréversible la biodiversité remarquable de ce site” ?

Franck Chaulet estime “qu’ils se sont trompés de dossier. Ils se sont basés sur l’étude réalisée par la Région avant nous, où on coupait 2 500 arbres. Il y a de la politique derrière tout ça. Ce sont des naturalistes et le naturaliste par défaut ne veut aucun changement.”

De fait, la plaquette de présentation du projet promet que “la télécabine permet de passer au-dessus de la forêt sans couper ni élaguer les arbres et sans faire de saignées rectiligne. 70% des pylônes s’implantent aux abords de la route déjà existante, ce qui limite fortement le besoin de terrassement en milieu vierge.”

Machine touristique

Quant à une possible privatisation du projet, Franck Chaulet nie en bloc, et tente de se justifier : “Ce sera un partenariat public/privé. Nous avons des règles à respecter. Et il est temps de booster l’économie de notre pays. Imaginez que vous ayez un joyau et que vous ne le montriez pas. On n’a plus personne en Guadeloupe, seulement 200 000 visiteurs par an, alors que Saint-Martin et Saint-Barth en ont un million.”

Pourtant, si le téléphérique était construit, le visiteur qui souhaiterait continuer à monter au bas du dôme de la Soufrière à pied pourrait-il encore le faire ? Oui selon les promoteurs, qui concèdent tout de même qu’il faudra que le Parc national réhabilite certains chemins de randonnées et que le temps de marche sera plus long. Un agent du Parc national nous a cependant confié qu’il n’était pas très certain que la réhabilitation de ces tracés ait véritablement lieu.

Ainsi, la question la plus épineuse dans ce dossier est peut être de s’assurer que la société Catode SARL n’ait pas pour unique visée celle de s’accaparer l’accès au volcan et faire payer 18 € (le prix du trajet en téléphérique et de l’entrée au musée) à un maximum de personnes afin de rentabiliser son investissement, qui de toutes façons ne le serait pas si des fonds européens ne venaient à le soutenir… Mais pour l’heure, rien n’est encore gagné pour Franck Chaulet et ses associés. Ce projet ne verra peut être même pas le jour…

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