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Le mouvement social israélien : une chance pour la paix?

/ Moyen orient

Jamais la théorie des dominos n’aura été aussi fascinante à observer. Parti de Tunisie fin 2010, le mouvement populaire qui a secoué le monde arabe s’est propagé à l’Égypte puis à la Libye, à Bahreïn, au Yémen et en Syrie. Le peuple a chassé les dictateurs tunisien, égyptien et libyen, et même là où les sanglantes répressions se poursuivent, un point de non-retour a été atteint.

Les Palestiniens, eux, ne se sont pas tant rebellés contre leurs dirigeants du Fatah ou du Hamas, bien qu’ils aient des raisons de le faire, mais se sont ralliés derrière la revendication d’un État indépendant. De son côté, Israël a observé ces évolutions avec un mélange de crainte et de scepticisme. Il redoute la perte d’alliés aussi précieux que le gouvernement égyptien, l’instabilité et la prise du pouvoir par des islamistes hostiles. Son pire cauchemar serait que le soutien des pays occidentaux aux révolutions arabes aggrave l’isolement israélien.

Mais Israël n’a pas été épargné non plus par le vent du changement qui souffle sur l’Afrique du Nord et le Proche-Orient. Non que sa population se soit révoltée pour renverser son système politique. Israël se considère toujours à juste titre comme la seule démocratie de la région. Certains vont jusqu’à le qualifier d’ »hyperdémocratie » (democrazy). En effet, son régime parlementaire reposant sur la proportionnelle intégrale permet à chaque groupe de pression sectoriel de se faire élire à la Knesset.

Ainsi, un tel groupe ayant rejoint la coalition au pouvoir, fût-il ultra-minoritaire, pourra exercer un chantage au renversement du gouvernement s’il n’obtient pas gain de cause. C’est ainsi que le lobby des colons de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, qui représente moins d’un demi-million de personnes, est défendu par quelques députés qui déterminent la politique d’un État de 7,7 millions d’habitants. Ce système remonte à la création de l’État en 1948. Il correspond à la grande diversité de la société israélienne, souvent méconnue en Occident et dans le monde arabe, qui en gardent une image homogène.

Injustices sociales

Contre quoi les « Indignés » israéliens se sont-ils donc insurgés ? Principalement contre la pauvreté croissante, le coût de la vie et du logement, et l’exclusion sociale résultant d’une politique ultra-libérale à laquelle Benyamin Netanyahou a attaché son nom comme Premier ministre (1996-1999 et depuis 2009) mais surtout comme ministre des Finances (2002-2005). Cette politique a consisté à substituer progressivement à l’État-providence mis en place par les travaillistes un système oligarchique dominé par des grands groupes appartenant à quelques familles.

Stephane Hessel, "Indignez-vous !"

Résistant puis déporté en tant que juif pendant la Seconde Guerre mondiale, le diplomate et militant politique français Stéphane Hessel est l’auteur du best-seller « Indignez-vous ! », publié en 2010. © Abode of Chaos (Flickr.com)

Ainsi la distribution dépend-elle à 40% du groupe Super-Sol, qui fait la loi en matière de prix de détail. L’entreprise Tnuva détient 52% du marché des produits laitiers. La finance est, elle, gérée par cinq banques principales qui s’entendent pour pratiquer des tarifs et des taux élevés. Les mouvements de boycott contre ces entreprises, appuyés sur des manifestations lancées sur Facebook et des occupations de lieux publics par des centaines de milliers d’Israéliens, les ont forcées à céder du terrain.

La dignité ne s’achète pas

Le Premier ministre a dû promettre la construction de 40 000 nouveaux logements à loyer modéré. La commission qu’il avait nommée, présidée par l’économiste Manuel Trachtenberg, a émis des recommandations notamment sur la concurrence, la fiscalité, la gratuité de l’école maternelle, le prix des biens de première nécessité et des transports publics pour les jeunes. Certaines mesures préconisées vont en fait encore plus loin dans le démantèlement de l’État-providence : réduction des salaires et du pouvoir des syndicats dans les monopoles étatiques (électricité, transport ferroviaire, ports, distribution de l’eau).

D’autre part, afin d’alléger le poids des dépenses sociales, l’emploi des religieux ultra-orthodoxes, vivant actuellement des subsides de l’État, est encouragé. Pour financer ces dépenses, la commission a proposé de réduire le sacro-saint budget de la défense, qui s’élève à 16,3 milliards d’euros (soit 15 % du budget de l’État et 6,3 % du PNB). Devant la résistance du lobby militaire, Netanyahu a limité cette réduction à 0,5 milliard d’euros. Il faut rappeler qu’Israël reçoit chaque année 2,17 milliards d’euros d’aide militaire américaine.

Les « Indignés » n’ont pas jugé ces mesures à la hauteur des enjeux. C’est que, sans remettre en cause la démocratie israélienne, ils ne lui font plus confiance et réclament une représentation plus directe de la société civile. Comme leurs homologues du Caire, d’Athènes ou de Madrid, ils ont soif de justice sociale mais surtout de dignité et de reconnaissance. Or un événement récent peut leur donner espoir et les rendre conscients de leur force.

Jurisprudence Shalit

En août, ils avaient invité à l’un de leurs rassemblements le père de Gilad Shalit, le soldat capturé par le Hamas cinq ans plus tôt. Le père de l’otage a publiquement accusé Netanyahou d’être indigne de diriger le pays puisqu’il n’avait pas la volonté de faire libérer son fils. Piqué au vif et affolé par des sondages désastreux, le Premier ministre s’est lancé dans la négociation indirecte avec le Hamas qui vient d’aboutir à  l’échange du soldat contre un millier de prisonniers palestiniens. Le vœu exprimé par Gilad Shalit que sa libération contribue à la paix entre Israéliens et Palestiniens peut-il être exaucé?

Libération de Gilad Shalit.

Le 18 octobre 2011, Gilad Shalit retrouve son père Noam, accompagnés du ministre de la Défense Ehud Barak et de Benyamin Netanyahou. © Israel Defense Forces

Un sentiment de quasi-unité nationale s’observe tant en Israël que chez les Palestiniens. Le prestige de Netanyahou en sort restauré, et les commentateurs s’accordent à reconnaître qu’il peut ainsi faire oublier le mouvement social, au moins pour un temps. Mais après la joie des retrouvailles dans chaque camp, le retour au cycle infernal de la vengeance ne va-t-il pas s’imposer?

À court terme, le Premier ministre israélien peut s’estimer renforcé face à un Mahmoud Abbas affaibli vis-à-vis du Hamas, et escompte que la reconnaissance de l’État palestinien en sera retardée. C’est certainement un mauvais calcul, identique à celui de Sharon lors du retrait unilatéral de Gaza : les dirigeants du Hamas n’ont guère d’efforts à déployer pour convaincre une partie des Palestiniens que la lutte armée (qui inclut pour eux la prise d’otages) est plus payante que la négociation.

Négocier avec le Hamas

D’autre part, même s’il a pris le risque d’abandonner ses principes jusqu’ici intangibles (« on ne négocie pas avec les terroristes ; pas de libération de prisonniers ayant du sang sur les mains »), Netanyahou a fait la démonstration éclatante que, tôt ou tard, Israël ne pourrait plus faire l’économie d’une négociation avec le mouvement islamiste qui contrôle Gaza. Nombre de commentateurs rappellent que peu de temps avant l’accord historique d’Oslo, tout contact avec l’OLP était un délit punissable de prison.

Au lieu de torpiller tout projet de réconciliation entre factions palestiniennes comme il l’a fait jusqu’à présent avec le soutien occidental, il devrait saisir l’occasion pour relancer les négociations de paix tant avec le Fatah qu’avec le Hamas. Comme pour les pourparlers d’Oslo et les tractations sur l’échange de prisonniers, le secret devra être préservé jusqu’à un accord final afin d’éviter les surenchères des extrémistes de chaque camp.

Si Netanyahou fait preuve du courage politique et de la vision de ses prédécesseurs Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, il entrera dans l’histoire comme un homme de paix. Les « Indignés » d’Israël, comme leurs cousins arabes, pourront alors se réjouir d’avoir contribué à changer la situation dans la région.

Marc Finaud

 

Du même auteur :

Marc Finaud : De Septembre-Noir à septembre 2011 : le chemin vers un État palestinienDe Septembre-Noir à septembre 2011 : le chemin vers un État palestinien

Les Palestiniens n’ont peut-être pas encore un État, mais ils ont sûrement déjà un homme d’État. Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, a été accueilli comme un héros lors de son retour à Ramallah après avoir demandé aux Nations unies d’admettre la Palestine comme État membre le 23 septembre 2011.

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