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Green et vert

Des tortues marines sous haute surveillance

/ Amérique du sud

A l’occasion des 20 ans de la protection des tortues marines de Guadeloupe, Green et Vert est allé à la rencontre de Sophie Bédel et Guilhem Santelli, respectivement responsable bénévole et chargé de mission au sein de l’association Kap Natirel, créée en 2004 pour coordonner le réseau tortues marines de Guadeloupe.

Tortue verte.

Tortue verte. © Philippe Guillaume (Flickr.com)

Green et Vert : Quelles sont les tortues marines qui fréquentent les plages et les eaux de Guadeloupe?

Sophie Bédel : Cinq des sept espèces de tortues marines répertoriées dans le monde peuvent être observées en Guadeloupe : la tortue imbriquée, la tortue luth, la tortue verte, la tortue caouanne et la tortue olivâtre. Seulement les trois premières viennent pondre sur les plages de Guadeloupe, les deux autres sont observables en mer. Mais la fréquentation n’est pas la même qu’en Guyane française. Par exemple, en Guadeloupe il y a environ une cinquantaine de pontes de tortues luth dans l’année alors qu’en Guyane on tourne plus autour de 10 000. La Guadeloupe est en fait un bon site d’alimentation pour les tortues côtières, notamment l’imbriquée et la verte, et la Guyane est une bonne maternité.

G&V : Actuellement, qui sont les acteurs de la protection des tortues marines de Guadeloupe?

S.B. : Désormais c’est l’Office National de la Chasse et la Faune Sauvage (ONCFS) qui gère le réseau tortues. Chaque année il fait un appel d’offres pour savoir laquelle des 10 associations du réseau se charge de telle action. En termes de nombre de bénévoles, 200 sont actifs dont 20 tout au long de l’année. Les actions menées s’intègrent dans le Plan de Restauration de la Guadeloupe et des Îles du Nord (Saint-Martin et Saint-Barthélémy), qui lui même s’intègre au Plan de Restauration des Antilles françaises.

G&V : Quelles sont plus spécifiquement les actions de votre association, Kap Natirel?

S.B. : Le suivi des pontes occupe 50% de notre temps, sur tous les secteurs de la Guadeloupe, y compris Marie-Galante. Nous sommes actifs de mars à novembre pendant la saison de ponte, et de façon plus intense de juin à septembre lors du pic de ponte.

Guilhem Santelli : Pendant le pic de ponte nous accueillons aussi une dizaine d’éco-volontaires qui malheureusement viennent en grande majorité de France métropolitaine. Nous préférerions avoir des Antillais pour nous aider.

G&V : Quelles sont à l’heure actuelle les menaces qui pèsent sur les tortues marines de Guadeloupe?

G.S. : La plus grosse mortalité directe observable est le fait des captures accidentelles causées par les filets de pêche posés au fond de l’eau. La destruction des habitats côtiers, c’est-à-dire la destruction de la végétation des plages, des récifs et des herbiers, est également une menace.

S.B. : En clair, si on enlève la végétation, on passe de 0 à 5 menaces. Car la végétation protège femelles et petits des braconniers, des prédateurs, de la chaleur, et elle bloque aussi la lumière d’arrière plage.

G& V : Compte tenu de ces menaces, les tortues marines sont-elles protégées en Guadeloupe?

S.B. : Les tortues marines sont intégralement protégées depuis 1991 en Guadeloupe. Leur habitat, c’est-à-dire notamment toute plage qui a accueillit une ponte, l’est depuis l’arrêté inter-ministériel du 14 octobre 2005. Leur zone d’alimentation et de repos le sont également.

G.S. : Cependant, cela ne signifie pas que toute activité humaine soit interdite sur les sites de ponte. Il s’agit d’adapter les usages alors que 65% de la végétation littorale est considérée comme dégradée.

Suivi Argos tortue.

Le suivi de la tortue verte Falbala équipée de sa balise Argos. © Franck Mazéas / Réseau Tortues Marines de Guadeloupe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

G&V : Comment sont suivies les tortues marines de Guadeloupe et quel est leur état de conservation?

S.B. : En 20 ans, 6 balises Argos ont été posées. Mais nous avons fait le choix d’un suivi avec des bagues métalliques afin d’évaluer la fréquence de ponte et de compter le nombre de femelles. Quant une bague coûte 0,80 centimes d’euros, une seule balise Argos en vaut 5000. Le suivi avec les bagues est donc le plus efficace en rapport coût-bénéfice.

G.S. : Il faut préciser que nous n’avons pas forcément accès aux mêmes informations en utilisant les balises Argos et les bagues, et on ne travaille pas sur la même échelle de temps avec les deux techniques car une balise Argos a une durée limitée à quelques mois, alors que les bagues sont fixées pour plusieurs années. Les deux techniques sont complémentaires. Les balises vont nous renseigner sur tous les déplacements des tortues, le temps et la profondeur de plongée, la température de l’eau, mais ne permettront pas de connaître leur état de conservation. En contrôlant les bagues sur les sites de ponte, on a notamment accès à la fidélité des tortues à ces sites et la fréquence du cycle de ponte. Concernant l’état de conservation, on a une vague idée, ça va mieux, il y a plus de tortues, et plus de jeunes. Mais nous n’avons pour l’instant aucune données statistiquement fiables.

G&V : Quels sont les efforts à poursuivre en termes de conservation des tortues marines de Guadeloupe?

S.B. : Il faut poursuivre les efforts sur la pêche. Un filet posé en toute légalité le 20 octobre dernier a pris 6 tortues imbriquées le lendemain matin, dont 5 adultes. Au total, au moins un millier de tortues par an meurent à cause des filets. Mais un nombre plus important repart grabataire, avec par exemple un hameçon dans la bouche.

G.S. : Une tortue marine tient 15 à 20 minutes en apnée quand elle s’alimente. Or quand elle est prise dans un filet elle s’affole, et il faut vite intervenir avant qu’elle ne s’évanouisse, ce qui sinon implique une prise en charge plus lourde par l’Aquarium de la Guadeloupe. C’est pourquoi nous explorons plusieurs voies pour faire baisser ce taux de capture, en collaboration avec les pêcheurs : modifier les filets (longueur, hauteur, taille des mailles, nombre de flotteurs) et règlementer leur utilisation. Il faudrait aussi pouvoir donner une dérogation aux pêcheurs afin qu’ils puissent garder les tortues sur leurs bateaux pour les réanimer, ce qui n’est pas le cas actuellement. Car les pêcheurs sont sensibles à cette problématique, et certains incriminent eux-mêmes les filets. Mais ils ont de grosses contraintes économiques qui ne leur permettent pas de trouver des solutions au problème des captures accidentelles, et aucun scientifique ne s’est encore penché là-dessus. Il est aussi primordial de mettre l’accent sur la protection des habitats terrestres et marins, qui sont de plus en plus dégradés, afin que les tortues puissent se reproduire et se nourrir dans de bonnes conditions.

Propos recueillis par Eudoxie Jantet.

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