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Des produits bio pas vraiment durables

Mexique / / Amérique du nord

A Baja au Mexique, les tomates certifiées biologiques sont cultivées en plein désert, épuisant les sols et les nappes phréatiques de la région. Qui a dit que l’agriculture biologique était toujours durable ?

Culture intensive dans le désert mexicain. ©jessicadally (Flickr)

Les produits de la marque Clamshell, sur les étagères des supermarchés aux Etats-Unis, ressemblent à des champs chatoyants de tomates rouges rubis. Mais à cette époque de l’année, les tomates, les poivrons et le basilic certifiés biologiques par le ministère de l’Agriculture proviennent majoritairement du désert mexicain, où ils sont arrosés par une irrigation intensive. Les producteurs de la péninsule de Baja, zone florissante du Mexique pour ses exportations biologiques, décrivent leurs cultures comme « des plantations à la plage. »

 

Quand la production biologique adopte la logique capitaliste

Pour répondre à la demande américaine, la coopérative Del Cabo envoie plus de sept tonnes et demi de tomates et basilic chaque jour aux Etats-Unis, par camion et par avion. Des produits proposés qui s’éloignent de plus en plus de l’idéal biologique. Un idéal qui prône non seulement l’absence de produits chimiques et de pesticides, mais qui favorise aussi les petites exploitations locales pour protéger au mieux l’environnement.

La culture intensive de tomates biologiques à Baja accentue les pressions sur la nappe phréatique. Dans certaines régions les puits sont à sec cette année, privant les petits agriculteurs de leur possibilité de travailler. Dans le même temps, les tomates bios sont envoyées à New York ou encore Dubaï. De nombreux producteurs, et même certains groupes environnementaux au Mexique, défendent cette agriculture, axée sur les exportations biologiques. Même s’ils reconnaissent que plus d’un tiers des nappes aquifères dans le sud de Baja sont surexploitées.

Pour Fernando Frias, un spécialiste de l’eau du groupe environnemental Pronatura Noroeste, avec les nouveaux systèmes d’irrigation et les serres, les agriculteurs pourraient mieux préserver l’eau. En se concentrant sur de nouvelles fermes – aujourd’hui sous-exploitées – situées en zone de «microclimats» près des bassins aquifères, telles que dans l’ombre d’une montagne.

Un étiquetage biologique qui n’est pas durable

Pour mener à bien l’étiquetage biologique sur leurs produits, les exploitations agricoles aux Etats-Unis et à l’étranger doivent se conformer à une longue liste de normes qui interdit l’utilisation d’engrais synthétiques, d’hormones et de pesticides. Mais cette liste de contrôle pourrait faire l’objet de quelques ajouts spécifiques en ce qui concerne la durabilité environnementale, même si la loi de 1990 qui a créé ces normes avait pour but de promouvoir l’équilibre écologique et la biodiversité ainsi que la qualité des sols et de l’eau.

Les experts conviennent qu’en général les fermes biologiques ont tendance à être moins dommageables pour l’environnement que les fermes conventionnelles. Dans le passé, cependant, Michael Bomford, chercheur à la Kentucky State University explique que :

l’agriculture biologique avait pour habitude d’être automatiquement une agriculture durable. Maintenant, ce n’est plus toujours le cas.

Les organismes de certification essaient d’affiner leurs critères afin que les produits biologiques correspondent mieux à leurs idéaux. Krav, un important programme suédois de certification biologique, permet aux produits cultivés dans des serres de porter son label « bio » uniquement si ses bâtiments utilisent au moins 80% d’énergie renouvelable. En 2011, le Agriculture Department’s National Organic Standards Board a revu ses normes, exigeant que pour un « lait biologique », les vaches soient en partie élevées dans des pâturages au grand air.

Chaque décision restreignant la définition du terme « biologique » implique un bras-de-fer entre les agriculteurs, les producteurs, les supermarchés et les écologistes.

Un consommateur toujours plus exigeant

Alors que l’idée originale du biologique était de ne manger que des produits locaux et saisonniers, les consommateurs, qui achètent dans les supermarchés des chaines Whole Foods ou Walmart, veulent maintenant trouver des tomates en décembre et sont très sensibles à leurs prix. Des exigences qui favorisent les importations. Peu de régions aux États-Unis peuvent produire des aliments biologiques en hiver sans avoir recours à des serres énergivores. Et les coûts du travail américain sont élevés. Les saisonniers qui viennent cueillir des tomates à Baja gagnent environ 10 $ par jour, presque deux fois le salaire minimum local. En Floride, les cueilleurs de tomates peuvent gagner 80 $ par jour en haute saison.

Pour les agriculteurs mexicains, ces échanges commerciaux avec les États-Unis ont aussi des avantages. La coopérative Del Cabo, qui regroupe des centaines de fermiers locaux, fournit des semences aux producteurs mexicains et embauche des agronomes et des entomologistes pour les aider à entretenir leurs cultures sans produits chimiques. “Comme le marché américain se développe”, explique John Graham, un coordonnateur des opérations à Del Cabo, “la coopérative cherche toujours à placer de nouveaux producteurs dans son réseau”. En particulier ceux dont les exploitations se trouvent sur des zones aquifères lointaines, où l’eau est encore abondante.

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