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OVNI politique du XXe, laboratoire du XXIe siècle?

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C’est l’exception géopolitique qui bouscule les règles fondamentales. A sa tête, un président qui brigue un quatrième mandat et un ministre de l’intérieur qui cumule les pouvoirs judiciaires… le pays figure pourtant au deuxième rang dans l’indice démocratique mondial de The Economist Group (la France est 31e).

Pas de pétrole dans les sous-sols islandais, mais de la chaleur. ©magic bee (Flickr)

En 2008, son système bancaire fait faillite et requiert l’intervention du FMI. Trois ans plus tard, l’économie semble tirée d’affaire, de la bouche même du fonds monétaire … mais la situation reste inédite pour une population habituée à un taux de chômage symbolique de 2%.  Quant à la situation énergétique de ce pays, ses sous-sols ne disposent pas d’une goutte de pétrole, et pourtant ils approvisionnent 87% des bâtiments en eau chaude. Bienvenue en Islande, le laboratoire géant du XXIe siècle…

Un pays qui fait le choix de l’indépendance

Ne comptons pas trop sur les autres.

Ce pourrait être la devise nationale de cette île de 320 000 habitants, perdue au milieu de l’Atlantique du nord, dont le peuple survit depuis des siècles sur les maigres ressources que la nature lui offre. Des conditions difficiles qui ont amené les Islandais à exceller dans l’exploitation, mais aussi la préservation, des quelques ressources qui abondent autour de l’île.

A commencer par les ressources halieutiques, explique Michel Sallé, docteur en science politique et auteur d’une thèse sur l’Islande contemporaine:

Celles-ci représentaient jusqu’aux années 1970 la monnaie d’échange nationale, avec près de 90% des exportations.

Avec un tel degré de spécialisation, on pouvait redouter une grande fragilité face aux fluctuations du marché international et, à long terme, une détérioration des termes de l’échange. C’est, après tout, le scénario classique qui a condamné plus d’une nation à un perpétuel appauvrissement, malgré une productivité et une exploitation des ressources toujours croissantes. Mais le pays est passé maître de l’indépendance.

Voilà 50 ans que l’Islande a instauré des quotas de pêche pour assurer la pérennité de son industrie de pêche.

Un succès à faire pâlir bien des gouvernements, alors que la pêche au thon de méditerranée a dépassé les quotas de 140% en 2010, selon le rapport de PEW Group .

Vers l’autosuffisance énergétique

La forte activité géothermique contribue à l'indépendance énergétique du pays. ©Andrew Bowden (Flickr)

 

 

 

Outre une bonne gestion des ressources, l’économie islandaise a depuis longtemps misé sur l’indépendance énergétique en tirant parti d’une forte activité géothermique, et du potentiel hydraulique de son territoire. D’après le journal spécialisé Iceland Review Online, mine d’information sur l’actualité politique de l’île, l’Islande subvient aujourd’hui à 80% de ses besoins énergétiques. Le Président ne cache pas son ambition d’atteindre les 100% grâce à l’hydrogène.

Un potentiel énergétique qui est exploité par une industrie locale gourmande en énergie, indique Michel Sallé:

Disposant ainsi d’un fort potentiel de production, le gouvernement soutient depuis les années 70 des investissements massifs dans les fonderies d’aluminium, très gourmandes en énergie.

Un choix qui a permis d’asseoir l’économie islandaise dans les échanges mondiaux, mais qui reste critiqué par les écologistes en raison des impacts potentiels sur l’environnement.

Des débouchés dans les nouvelles technologies

Aujourd’hui, c’est la croissance de l’Internet et du tourisme qui pourrait assurer le futur économique de l’île. Avec la croissance fulgurante du «cloud computing» (qui consiste à délocaliser des données et des services dans des fermes de serveurs), l’industrie informatique est confrontée au double problème du coût énergétique de ses installations et de leur refroidissement.

Un double problème auquel le climat islandais offre une double réponse, à savoir des énergies vertes et bon marché et un refroidissement virtuellement gratuit. Le tout, avec la possibilité, pour les géants du stockage en ligne comme Facebook, d’afficher l’étiquette «faible bilan carbone». D’ailleurs, l’industriel Colt affirme  lancer cette année le premier datacenter ‘zero-emission’ du monde … en Islande.

Les Islandais sont des adeptes du 4x4. ©ezioman (Flickr)

Alors, l’Islande serait-elle la terre promise des européens endettés, déprimés, désabusés en quête d’un nouvel eldorado de croissance verte? Pas si vite… Tout laboratoire d’idées qu’elle est, l’île géothermique n’en reste pas soumise aux lois de la physique… et du marché. A mesure que se développe le tourisme de masse et que se raréfient les stocks mondiaux de poissons, l’Islande fait face, comme les autres, à des contraintes environnementales croissantes.

Avec plus de 100 000 touristes durant les mois de juillet et d’août – tous en quête de grands espaces et d’eau pure, les écologistes s’inquiètent des pressions exercées sur les écosystèmes.

Pour ce qui est de la pêche, malgré les quotas, l’industrialisation a inévitablement évincé l’activité artisanale.

Et les Islandais ne rechignent pas à échanger leurs poissons et leurs paysages uniques contre quelques gros 4×4 qui, eux, tournent aux énergies fossiles. Combinée avec une flotte de pêche très gourmande en mazout, l’automobile pèse si lourd que le bilan carbone de l’Islandais moyen dépasse la moyenne européenne.

L’Islande met le paquet sur l’hydrogène, très facile à produire grâce à la géothermie, pour y convertir sa flotte de véhicules – et exporter au passage son expertise mondialement reconnue en la matière. Mais la science est encore loin de maîtriser le stockage de cette énergie instable pour l’appliquer aux navires ou aux aéronefs.

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