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Muhammad Yunus, un économiste au service des pauvres

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La fondation Grameen Crédit Agricole a choisi, pour ses quatre ans d’existence, de lancer un fonds entièrement dédié au Social Business. L’occasion pour Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006 et administrateur de la fondation, de revenir sur l’essence de l’entrepreneuriat social.

L'économiste Bangladais, Muhammad Yunus, a fait de la lutte contre la pauvreté une de ses priorité. ©Gaspard Mathé

Tout est question de savoir quel but on veut donner à sa vie.

Quand il parle de Social Business, Muhammad Yunus, prend le sujet très à cœur. Pas question pour lui de porter un jugement sur les entreprises qui choisissent de générer du profit. Il est seulement question de montrer que, même dans une économie de marché, des personnes et des compagnies peuvent avoir d’autres buts.

Certaines personnes, quand elles me croisent, pensent que je suis très riche car j’ai créé beaucoup de sociétés. Mais je n’ai jamais eu comme objectif de gagner toujours plus d’argent. Chaque fois que j’ai monté une entreprise, c’était pour répondre à un problème spécifique. Le monde entier est obsédé par l’argent, ça devient une addiction. Vous ne savez pas pourquoi vous gagnez de l’argent, mais vous voulez en gagner toujours plus. Sommes-nous des robots créés juste pour faire de l’argent ? Non, nous sommes plus que ça. Nous sommes des humains!

Un précurseur de la micro-finance

Jeune professeur d’économie revenu au Bangladesh après sept ans passés aux États-Unis, il prend conscience des problèmes que rencontre la population pauvre du pays. Il s’aperçoit que les banques traditionnelles ne veulent pas leur prêter de l’argent, les condamnant à vivre dans la misère sans espoir de s’en sortir. Il met la main à la poche et prête un peu d’argent, aux femmes principalement, dans les villages. Constatant que le système fonctionne, il l’institutionnalise et crée une banque en 1983. La Grameen Bank (« banque des villages ») est née.

Le problème de la charité, c’est que l’argent ne sert qu’une seule fois. Avec le microcrédit, il sert beaucoup plus. Le crédit remboursé repart financer un autre crédit. La Grameen Bank ne cherche pas à générer du profit, tout l’argent récupéré est réinvesti dans la micro-finance, dans l’économie des villages.

Des sociétés n’ayant pas le profit comme objectif

Toujours suivant le même objectif, Muhammad Yunus développe le concept de Social Business. Des sociétés créées pour donner une réponse spécifique à des problèmes locaux. Pour le professeur d’économie, ces entreprises à but social ne doivent pas évoluer dans un environnement différent des autres sociétés. Tant pis si certaines n’arrivent pas à tenir, «l’échec fait partie de la loi du marché».

Certaines personnes créent des entreprises pour leur profit personnel. Elles ont le droit et je le respecte. Mais elles doivent comprendre que tout les gens ne pensent pas la même chose. Si pour certains, l’objectif est de générer plus de profits que l’année précédente, pour d’autres, l’objectif peut être d’employer deux personnes en situation difficile.

L’important, c’est que le créneau n’attire pas les profiteurs.

Si on établit des privilèges pour le Social Business, alors des gens vont essayer d’en profiter.

Des partenariats bienvenus dans sa lutte contre la pauvreté

Ses partenariats avec Crédit Agricole, Danone et toutes les entreprises qui vont vers lui, vont tous dans le même sens: «résoudre des problèmes». Peu importe que les compagnies se servent de lui pour leur image de marque, du moment qu’elles contribuent à faire avancer ses objectifs de réduction de la pauvreté.

Par exemple, au Bangladesh beaucoup d’enfants souffrent de malnutrition. Avec Danone, nous avons créé Grameen Danone Food. Une entreprise sociale qui emploie du monde localement pour produire un yaourt enrichi en nutriments bon marché. L’entreprise crée de l’emploi et contribue à réduire la misère au Bangladesh. C’est la raison d’être d’un Social Business.

Le prix Nobel de la Paix 2006 sait ce qu’il veut, contribuer

à changer le monde en luttant contre la pauvreté.

Alors les 15 à 20 millions d’euros que la Fondation Grameen Crédit Agricole veut mettre dans un fonds spécifiquement dédié au Social Business, Muhammad Yunus les accueille avec plaisir.

Gaspard Mathé

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