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“Le Grand Moscou héritera des problèmes actuels”

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Les autorités russes lancent un appel d’offres international sur le Grand Moscou. Dix équipes sont en compétition. L’objectif est de faire émerger une nouvelle capitale russe, avec une superficie multipliée par 2,5. Le journal Poïsk est allé à la rencontre d’un géographe pour en savoir plus.

Selon Arkadi Alexandrovitch, le Grand Moscou ne résoudra pas tous les problèmes de la capitale russe. ©josef.stuefer (Flickr)

Les discussions sur la création d’un Grand Moscou sont désormais closes, les décisions prises. Restent des doutes. Notamment chez les scientifiques qui n’ont pas réellement eu voix au chapitre. Comment les géographes évaluent-ils le projet d’agrandissement de Moscou tel qu’il est proposé?

Rencontre avec Arkadi Alexandrovitch, vice-directeur de l’Institut de géographie de l’Académie des sciences.

Arkadi Alexandrovitch, cette proposition de créer un Grand Moscou offre-t-elle une possibilité de résoudre les problèmes de la capitale russe: surpeuplement, embouteillages, prix élevé des loyers, surcharge des transports publics?

Arkadi Alexandrovitch: J’ai peur que non. La proposition telle qu’elle est formulée ne va pas régler les problèmes. Moscou étouffe non seulement parce qu’elle est comprimée par plusieurs périphériques et divisée par de grandes radiales menant toutes vers le centre. Mais aussi parce que de mauvaises décisions ont été prises. Et pas seulement parce qu’on n’a pas permis à Moscou de s’étendre dans la région auparavant. Après maintes discussions, la question des longs trajets n’est toujours pas réglée, on n’a pas construit de voies rapides modernes, pas réglé la question du transport de fret, toujours en croissance… Le Grand Moscou héritera de ses problèmes.

De nouveaux problèmes, très nombreux, vont apparaître, s’agissant du développement régional, de la politique de financement, des frais pour la croissance de l’agglomération, du transport, de la protection de la nature…

La population va augmenter, notamment pour la construction de ce méga-projet, entrainant une dépopulation des régions environnantes. Des zones de production agricole vont être bâties, ce qui aura une influence négative sur l’agriculture aux portes de la ville. Les zones de forêt, qui ont une fonction de zones protectrices et de loisirs vont se dégrader.

Vous évoquez de possibles problèmes écologiques. Quels sont-ils? L’appel d’offres international pour la constitution du Grand Moscou omet-il cette question ?

A.A.: Bien évidemment, des missions concrètes liées aux questions écologiques ont été formulées. Mais je n’ai rien vu sur celle qui me paraît prioritaire, la conservation de la nature autour de Moscou. On renonce quasiment à la stratégie, adoptée dans les années 1930, sur la création d’une bande verte autour de Moscou. Les violations sont nombreuses, 60 000 hectares de forêt ont déjà disparu.

Et le Grand Moscou pourrait être à la source de processus exogènes catastrophiques: destruction du relief et érosion, disparition d’espèces animales et végétales inscrites au Livre rouge de la Russie et de la région de Moscou. On ne parle malheureusement pas de cela.

Pensez-vous alors que le développement de Moscou, tel qu’il est prévu, sera artificiel, dirigiste, alors que dans l’histoire, la capitale russe s’est construite de façon naturelle ?

A.A.: Moscou s’est toujours développée de façon «radiale». Les liens économiques avec les régions et les pays voisins ont dicté les priorités de développement de la capitale au cours de l’histoire. Imposer un développement vers le Sud va contre les lois de la logique mais également contre les lois du développement culturel du paysage, écrites par les savants.

Y a-t-il de bonnes choses à attendre du Grand Moscou?

A.A.: Ce qui saute aux yeux, c’est la possibilité de garantir de nouvelles zones résidentielles aux Moscovites. De nouvelles infrastructures de transport vont être mises en place, qui prendront peu à peu la place de celles existantes. Ça permettra de désengorger les grandes voies de la capitale.

Le réseau de territoires naturels protégés, créé et bien financé ces dernières années va «s’échapper» au-delà du MKAD, le troisième périphérique. Il formera une trame de réserves naturelles, de forêts, permettant de mettre en place une meilleure conservation de la nature dans la mégalopole.

Peut-être cela permettra également une chute des prix et règlera la question du surpeuplement de certains quartiers de Moscou, d’en libérer le centre historique (on peut toujours rêver !), de libérer le Kremlin de ses fonctions gouvernementales. Il y aura plus de lieux historiques pour abriter des musées, et on respirera plus facilement dans la capitale.

Mais c’est un rêve, il faut attendre de voir ce que l’appel d’offre va donner.

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