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Afrique, laboratoire des économies du futur, Acte III

/ Afrique

Le Cardiopad, la première tablette tactile africaine à usage médical.

J’ai fait un rêve…que la KIIRA EV, voiture électrique conçue par les étudiants et les enseignants de l’Université de Makerere en Ouganda et la JOULE le véhicule électrique fabriqué par l’entreprise sud africaine Optimal Energy soient utilisés comme moyen de locomotion des participants pendant le forum international des pionniers de la RSE et de la croissance verte inclusive en Afrique organisé, le 21 et 22 novembre 2012 à Tunis, par la Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie et l’Institut Afrique RSE. Pour la prise de note, on pourrait par exemple utilisé la Way-C qui est la première tablette africaine conçue par le congolais Vérone Mankou.

Et si à la lecture de cette analyse les partenaires financiers se mobilisaient massivement pour soutenir le forum de Tunis, c’est avec une émotion particulière qu’on invitera également le jeune Arthur Zang. Ce camerounais de 24 ans est véritablement le symbole de cette Afrique, laboratoire des économies du futur. Comme beaucoup de pays africains, le contexte camerounais est le suivant : il y a à peine 30 cardiologues pour plus de 20 millions d’habitants. C’est pour répondre à cette problématique que Arthur Zang invente le Cardio Pad, la première tablette tactile africaine à usage médical.

Tout commence à l’Hôpital Général de Yaoundé lorsqu’il est en stage pour valider la quatrième année de l’Ecole Polytechnique de Yaoundé. Il conçoit le programme dont l’architecture sera validée par Microsoft. Grâce à la formation à distance délivrée par les Indiens, il renforce ses capacités et commande les pièces en Chine pour la réalisation du prototype. Il vient d’effectuer un voyage dans ce pays pour l’achat des dernières pièces. Grâce au soutien financier des autorités camerounaises, Arthur Zang vient de créer la société Himore Medical qui remettra bientôt dix exemplaires du Cardio Pad au Ministère de la Santé. L’initiative de ce jeune inventeur méritait bien un article dans Forbes.

Au fil des lectures et des voyages sur le continent, nous sommes de plus en plus convaincu que l’Afrique est le laboratoire des économies du futur. L’INNOVATION est plus que jamais le dénominateur commun du business et des stratégies de développement en Afrique. Grâce au Technologie de l’Information et de la Communication, l’Afrique est entrain d’innover et d’effectuer des sauts technologiques. En s’appuyant sur les exemples réussis d’électrification grâce aux énergies renouvelables en milieu rural, Jeremy Rifkin affirme à la page 250 de son dernier livre La troisième révolution industrielle, comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde:

« Les statistiques sont encore sporadiques, mais il semble bien que dans toute l’Afrique des familles installent des panneaux solaires et les analystes prévoient une expansion rapide, car des millions d’autres vont les suivre dans l’ère nouvelle. Ce qui se passe en Afrique annonce une mutation historique : les ménages sautent directement de l’époque d’avant l’électricité à la troisième révolution industrielle ».

Nombreux sont les bacheliers marocains qui ont directement reçu les résultats par mail cette année grâce à la plate-forme collaborative Taalim.ma. D’ici la rentrée prochaine au Burkina Faso, les livres et autres manuels scolaires ne seront plus qu’un lointain souvenir pour certains élèves qui utiliseront une seule tablette offerte gratuitement par le Ministère de l’Education Nationale. Le mois dernier, le Gabon inaugurait la première salle de classe numérique. Près de 50 autres seront construites d’ici 2013. Et pour répondre aux besoins énergétiques de ces infrastructures énergivores, le projet prévoit une alimentation grâce aux énergies solaires. En Côte-d’Ivoire le lancement du carnet de vaccination électronique avec une alerte SMS deux jours avant le prochain vaccin permettra de sauver des vies et l’amélioration de la santé publique.

Cette mutation qu’on observe en Afrique va rebattre les cartes économiques. On l’observe déjà au Kenya où il y a une « guerre froide » entre les banquiers et les opérateurs de téléphonie à cause du M-Banking qui est un véritable succès dans le pays. Les banques kenyanes estiment d’ailleurs que le paiement par mobile va causer une crise financière dans le pays. Quand on voit la vitesse à laquelle le mobile banking se développe en Afrique, il est évident que le secteur bancaire est condamné à innover pour continuer à gagner des parts de marché et éviter d’en perdre.

Mais cette Afrique, laboratoire des économies du futur fait face à deux défis principaux. Le premier est justement la sortie du « labo » c’est à dire le passage d’une innovation à la création d’une multinationale. Ceci s’explique par la faiblesse de prise de risque des investisseurs en Afrique contrairement à ceux de la Silicon Valley par exemple. Dans un article au titre évocateur Why Africa may never produce a Facebook, Groupon, Zynga or Google, Mfonobong Nsehe chroniqueur nigérian de Forbes le mentionne clairement. On peut aussi évoquer le faible recours au puissant levier de la commande publique. Si les gouvernements, entreprises publiques, administrations, collectivités territoriales et autres institutions panafricaines passent commande de Kiira EV, Joule, Way-C et Cardio Pad, ils créent le marché et stimulent de faite leur industrialisation à coût réduit.

Le deuxième défi est celui de l’image. Il est difficile aujourd’hui de comprendre une certaine image de misérabilisme, de corruption et de défaut de gouvernance qui colle encore à l’Afrique. Dans son article Africa on the Rise Nicholas D. Kristof, chroniqueur au New York Times s’en désole:

« L’un des fléaux du journalisme est de trop s’intéresser aux catastrophes. Voilà pourquoi on parle de la faim en Somalie, du génocide au Soudan, du terrorisme au Nigeria et des déchirements du Congo. Ce sont des sujets importants, mais ils peuvent convaincre un lecteur occasionnel que toute l’Afrique n’est que génocides et famines. J’ai donc décidé de commencer ce voyage dans cette merveilleuse contrée qu’est le Lesotho où le pouvoir vient de changer démocratiquement. Ses rues sont sûres et ses dirigeants ambitionnent de doter le pays de l’un des premiers réseaux d’électricité intégralement alimenté par les énergies renouvelables. Un symbole de l’Afrique en marche ».

Et si ses confrères suivaient ses pas ?

Thierry Téné

Afrique, laboratoire des économies du futur, Acte 1 et Acte 2

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