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Quand les shamans exercent à l’hôpital

Equateur / / Amérique du sud

Depuis 2002, un hôpital de Riobamba offre une combinaison de médecines ancestrale et occidentale à ses patients. Ces pratiques permettent de respecter le droit des peuples autochtones à recourir à leurs pratiques traditionnelles, conformément aux exigences de la nouvelle constitution.

Diagnostic à la bougie et phytothérapie

Lorsqu’il déambule dans les couloirs de l’Hôpital andin alternatif de Riobamba, Mariano Atupana ne passe pas inaperçu. Avec son poncho rouge et son chapeau traditionnel, il ne ressemble guère aux autres membres du personnel soignant : Mariano est un yachak, un médecin autochtone dont les outils de diagnostic vont des bougies au jaune d’œuf.

Normalement, ces guérisseurs visitent leurs patients de village en village dans les Andes équatoriennes, mais au centre de santé de Riobamba, ils peuvent exercer aux côtés de leurs « confrères » occidentaux. L’initiative de cet établissement fait partie d’une série de projets pionniers en Équateur, destinés à combiner différents types de médecine.

Jenny Layedra souffre de maux de tête et se plaint d’une grande fatigue. Elle vient au centre pour se soumettre à un « nettoyage » : une pratique typique de la médecine andine, basée sur les croyances en la Terre-Mère. Jenny est convaincue de l’efficacité du traitement:

« Nos ancêtres, les Incas, recouraient à ce type de médecine. Pourquoi ne l’utiliserions-nous pas nous aussi ? ».

Au cours du rituel, le yachak commence par « lire » le corps du patient. Pour Jenny, il décide d’utiliser une bougie, qu’elle devra se frotter sur le corps puis allumer ensuite afin qu’il puisse en interpréter la fumée.

Après le diagnostic, il frotte la patiente avec plusieurs herbes, notamment des orties, connues dans les Andes pour leurs propriétés nettoyantes.

Il boit ensuite une teinture mère végétale, qu’il vaporise avec sa bouche sur le corps de la malade, avant de souffler vers elle la fumée de la bougie.

Mieux que des médicaments ?

Sonia Vela, une infirmière travaillant avec des malades en phase terminale se fait soigner au centre pour y rechercher des alternatives naturelles:

« Parfois je viens pour essayer de me débarrasser du stress, de l’anxiété, de la dépression. C’est mieux que d’aller voir un psychologue ou un psychiatre et prendre leurs médicaments ».

Valeriana Anaguardi exerce en tant que guérisseuse dans l’hôpital depuis sa création en 2002 et explique que cet environnement formel permet aux yachaks de bénéficier d’une plus grande reconnaissance:

« Avant personne ne nous croyait. On nous traitait de sorcières et de sorciers ».

Le ressenti des patients est positif

Les médecins conventionnels de l’hôpital voient d’un bon œil le travail effectué par les guérisseurs autochtones, qu’ils jugent complémentaire. Eduardo Silva, psychologue, explique que certains patients d’origine indigène acceptent plus facilement des traitements si ceux-ci sont accompagnés des conseils de leurs shamans.

Peu d’études scientifiques se sont intéressées à l’efficacité des techniques traditionnelles et il est difficile de savoir si elles agissent vraiment ou ne sont que de simples placebos.

Pour le médecin et anthropologue Fernando Ortega, ce qui compte avant tout, c’est que le ressenti des patients soit positif:

« Tant qu’elle ne se substitue pas à la médecine basée sur des preuves et est utilisée uniquement dans le traitement de maladies bénignes, il n’est pas nécessaire de démontrer sa validité ».

Rappelons que depuis 2008, la constitution garantit le droit aux peuples autochtones de recourir à leurs formes de médecines traditionnelles. Tout un défi en Équateur, où vivent près de 14 groupes ethniques différents.

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