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La stratégie maritime de l’Afrique prend-elle l’eau ?

/ Afrique

L’Union africaine s’est fixé 2050 comme date limite pour sécuriser les eaux territoriales du continent. Une date qui risque de se révéler utopique.

 

Des 54 pays qui composent l’Afrique, 38 ont des littoraux ou sont des îles. Avec ses 42 000 km de littoraux, c’est la dernière grande région sans protection maritime. Sans une stratégie exhaustive pour faire respecter les lois, surveiller et promouvoir l’économie maritime et ses ressources, l’Afrique perd des milliards de dollars chaque année et est la proie de nombreux criminels.
“L’Afrique reste encore le continent le plus touché par la pêche illégale, les actes de pirateries, le trafic de drogue, d’armes, d’humains, sans parler des mauvais bateaux et des vieux ports” déclare Annette Leijenaar, Directrice du département de gestion de conflits et d’installation de la paix à l’Institute for Security Studies (ISS), à Pretoria.

42 000 km de littoraux sans défense ou presque
Sur le milliard d’habitants que compte l’Afrique, environ 70 % dépendent du poisson pour avoir des protéines. Johan Potgieter, un des cadres d’ISS, envoie un message aux politiques :   “ Ne pensez pas à combien coûte une flotte. Pensez plutôt à combien cela va vous coûter de nourrir une population quand il n’y aura plus de poissons ?».  

Les pertes globales causées par la pêche illégale coûtent entre 10 et 23.5 milliards de dollars par an. Les prises illégales sont en train de devenir la norme. Les super-chalutiers étrangers n’hésitent pas à piller des centaines de tonnes de poisson par jour pour les exporter en Europe, tandis que les prises des pêcheurs locaux sont limitées en général à ce qu’ils peuvent ramener sur des pirogues de 8 m.
Par ailleurs, les opérations anti- pirates au large de la Somalie en 2011 ont couté environ 6,9 milliards de dollars. Pour Potgieter, les opérations anti-pirates d’Afrique de l’Est les ont repoussé vers la côte est de Madagascar, qui est relativement déserte. Les pirates y sont tranquilles pour établir de nouvelles bases. Cela ne règle pas le problème.

Des flottes à coûts exorbitants
Un bâtiment coûte des millions de dollars et il en faut 3 pour former une unité opérationnelle. Par exemple, trois bâtiments de patrouille de 80 m de la British Royal Navy coûtent 32 millions de dollars par an. Mais en dépit de ces sommes astronomiques et du manque d’expérience des officiers en commande, plusieurs nations ont commencé à acquérir des bateaux. Le Nigéria a prévu 49 bâtiments et 42 hélicoptères sur les 10 ans à venir. Le pays a aussi construit son propre bâtiment de patrouille de 31 m, le NNS Andoni.
Le Ghana a acquis deux anciens bâtiments d’attaque allemands et a commandé quatre nouveaux bateaux patrouilleurs à la Chine.  La Namibie a acheté un bâtiment chinois de 100 m et a renforcé les patrouilles autour des ports.
Potgieter explique ”Pour faire des arrestations, il faut un avion ou un drone et un bateau. C’est là que réside le problème. Ce n’est pas bon marché. Et si nous détectons un problème de l’autre côté de Madasgascar, il faut collaborer avec d’autres ! Peut-être les Français sont-ils les mieux placés pour agir. Mais il faudrait qu’on leur parle pour ca ! ”.

Une législation qui diffère de pays en pays

Il est nécessaire d’ harmoniser les règles et les lois de chaque ministère de tous les pays de l’UA. Une tâche qui prendra environ 10 ans. Selon l’ISS, il faut une bonne gouvernance, une infrastructure solide, une compétence technologique, des mécanismes efficaces de partage d’informations, et une volonté politique forte. Très peu de pays africains possèdent ces éléments.

“La plupart des pays ne vont même pas vous autoriser à traverser leurs eaux si vous n’avez pas eu leur permission à l’avance. Nous avons besoin d’assumer la responsabilité pour le domaine maritime africain collectivement,” explique Potgieter.

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