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Comment la « main invisible » du marché risque de conduire l’homme à sa perte– et comment y échapper (Mon pire cauchemar)

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Lors d’entretiens que j’ai réalisés auprès d’investisseurs dans le cadre de levées de fonds pour les fonds clean techs, il m’a été rétorqué 9 fois sur 10: « Je suis en termes de valeurs personnelles convaincu – mais comment voulez-vous que j’investisse l’argent de mes clients dans de tels produits à risque, étant donnés les rendements largement supérieurs garantis par les énergies fossiles – et notamment, le charbon ? ». Depuis, et même si les derniers entretiens datent d’il y a plus d’un an, je me réveille encore en sursaut la nuit sur les conséquences de ces mots.

L’économie positive n’a pas lieu

L’investisseur ne peut pas risquer de perdre de l’argent, et encore moins lorsqu’il investit pour le compte de ses clients. Qui l’accepterait ? Dans le système actuel, seuls les héros sont prêts à se ruiner pour ça ! En pratique, les investissements de rupture, ceux qui financent l’économie de demain et non celle d’hier, ce que nous appelons une économie positive pour l’homme et son environnement, n’ont pas lieu. Selon une étude de l’UNEP, en 2011, au niveau mondial, le montant des investissements dans la production d’énergies fossiles (302 milliards de $) a continué à dominer les investissements dans la production d’énergies renouvelables (237 milliards de $).

Le cas spécifique du charbon est illustratif. D’après l’étude  “World Energy Outlook” menée en 2011, le coût moyen de production du charbon reste largement plus faible que son prix de marché (56$/T contre 90$/T en 2010) ce qui fait de cette énergie bon marché la plus compétitive des énergies fossiles et la plus attractive pour les investisseurs. Sa consommation mondiale s’est accrue d’environ 50 % en dix ans, de 2000 à 2010, explique Philippe Collet dans un dossier publié en février 2012. Selon une source du Figaro, il s’est construit une centrale à charbon par semaine en Chine en 2009 . Avec la croissance des émergents, la tendance n’est pas prête de s’inverser.

Une tension entre l’offre et la demande

La « main invisible » du marché, sans rééquilibrage institutionnel, creuse ainsi notre tombeau. J’évoquais dans une note précédente la défaillance du marché sur le sujet des ressources rares en m’appuyant sur le braconnage en Afrique du Sud. Celui-ci conduit à décimer les derniers rhinocéros existants pour se procurer leurs cornes qui se vendent au prix de l’or sur les marchés asiatiques. Moins il reste de rhinocéros vivants, plus leur corne vaut cher, et moins leur chance de survie est élevée.

Les énergies fossiles s’inscrivent dans le même schéma : les besoins en énergie augmentent de plus en plus au niveau mondial tandis que l’offre globale se réduit. La rareté des ressources en énergies fossiles est à la fois absolue (pour des raisons de stocks limités) et relative (par rapport à la croissance de la demande). Cette tension entre l’offre et la demande se répercute sur les prix de l’énergie ; les investissements dans les énergies fossiles deviennent de fait de plus en plus attractifs pour les investisseurs qui cherchent à sécuriser leurs rendements financiers. Le scénario « de la production (d’énergie fossile) jusqu’à la dernière goutte » devient ainsi, pour eux, le plus attractif – et pourtant le plus dangereux pour le climat.

Demande mondiale en énergie primaire par type d’énergie et par type de scénario 2009 et 2035 (projections tendancielles du World Energy Outlook 2011) en Mtoe: les énergies fossiles restent prédominantes

Incitation financière à l’efficience énergétique

Les marchés et les investisseurs ne réagiront à temps que si une volonté politique forte et cohérente incite financièrement à l’efficience énergétique, aux énergies renouvelables via l’augmentation régulière et programmée du prix des énergies fossiles. L’intégration des externalités négatives pour l’environnement dans le coût des énergies fossiles est donc indispensable ; que ce soit par la mise en place d’un système de bonus malus financier ou une revalorisation du prix de la tonne de carbone.

Citons l’exemple de l’Allemagne où la volonté de la chancelière Angela MERKEL d’amorcer le tournant énergétique a permis un investissement massif dans l’éolien et le photovoltaïque ce qui a déclenché une situation paradoxale : la rentabilité des centrales de gaz n’est plus assurée ! En effet, solaire et éolien étant marginalement plus compétitif que le gaz (la ressource – vents et soleil – est gratuite), les turbines gaz qui fonctionnent en pointe sont appelées moins souvent pour produire, ce qui ne permet plus leur rentabilité. En parallèle, et malgré tout, le charbon reste, lui, compétitif, et il faudrait un prix minimum de la tonne de carbone de 30 euros pour inciter au remplacement du charbon par le gaz (la tonne vaut aujourd’hui 7 euros), comme l’explique le Dr. Volkmar PFLUG vice-président de la German Federal Network Agency.

Si nous voulons que l’économie positive se mette en place, il faut faire en sorte que les investissements les plus rentables soient ceux qui lui sont favorables. Cela passera par un soutien politique fort, de type bonus malus sur les investissements financiers dans l’énergie, pour que les investissements sur le fossile financent la transition vers les renouvelables. N’attendons pas la crise climatique pour agir !

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