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L’obésité, ce fléau

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Le monde devient plus gros. Que peut-on faire à ce sujet?

Le surpoids dans le monde

Il est midi à l’Eastside Elementary School de Clinton, dans l’état du Mississippi – l’état comprenant le taux d’obésité le plus élevé du pays et du monde occidental. Les femmes en uniforme de cantine sont prêtes. Les enfants se mettent en ligne sagement, leur plateau à la main. Oui pour le lait au chocolat, oui à des sandwichs au poulet panés, oui aux fèves au lard, oui à la gelée d’orange, non à la salade. Les bols de laitue « iceberg » et les tomates en tranche, posés côte à côte, sont ignorés. Regina Ducksworth, en charge du menu, soupire. « Le brocoli est très populaire », dit-elle d’un ton rassurant.

Persuader les enfants de manger des légumes n’est pas vraiment un nouveau combat, pas plus qu’il semble être au top des listes des priorités mondiales. À une époque d’abondance, les individus ont le luxe de manger ce qu’ils aiment. Pourtant, l’Amérique, malgré sa philosophie libertaire, est maintenant inquiète de la façon dont ses citoyens se nourrissent ainsi que de la quantité d’exercices qu’ils font. Ils sont même devenus des questions d’intérêt national.

Deux tiers des adultes américains sont en surpoids. Mais le plus alarmant est que 36% des adultes et 17% des enfants ne sont pas en surpoids, mais obèses avec un IMC d’au moins 30. Si les tendances actuelles se poursuivent, d’ici à 2030, près de la moitié des adultes américains pourraient être obèses.

Les Américains peuvent être choqués par ces chiffres, mais pour le reste du monde ils correspondent à ce stéréotype. Hamburgers, sodas et glaces sont associés à une nourriture typiquement américaine. Les autres pays ne doivent pas, cependant, se moquer des Américains, parce que les ceintures, dans de nombreux autres endroits, ont aussi du mal à se fermer, comme le démontrent les nouvelles données de Majid Ezzati, de l’Imperial College de Londres, et Gretchen Stevens de l’OMS. Certains Européens restent néanmoins relativement minces. Les femmes suisses sont les plus minces, et la plupart des femmes françaises ne grossissent pas, comme elles aiment se vanter. En revanche, en Grande-Bretagne 25% des femmes sont obèses, et les hommes les suivent de près avec 24%. Les hommes tchèques sont, à 30%, atteints d’obésité.

Et le monde occidental n’est pas le seul à être touché par ce fléau. Les adultes mexicains sont aussi gros que leurs voisins du Nord. Au Brésil, la personne grande et mince est remplacée par le grassouillet, avec 53% des adultes enregistrés en surpoids en 2008. Même en Chine, qui a connu une famine dévastatrice il y a peu temps, un adulte sur quatre est en surpoids ou obèse, avec des taux plus élevés chez les citadins. Au total, selon le Dr Ezzati, en 2008, environ 1,5 milliards d’adultes, soit environ un tiers de la population adulte dans le monde, étaient en surpoids ou obèse. Presque le double de ceux de 1980.

La masse graisseuse de la terre

Il n’y a pas si longtemps le principal souci  des individus était qu’ils avaient trop peu à manger. La malnutrition demeure encore un grave problème dans certaines régions: en 2010, environ 16% des enfants dans le monde, principalement en Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud, avaient un poids insuffisant. Mais 20 ans plus tôt, le chiffre était de 24%. Dans une étude portant sur 36 pays en développement, basée sur des données recueillies entre 1992 à 2000, Barry Popkin de l’Université de Caroline du Nord a constaté que la plupart d’entre eux avaient aujourd’hui plus de femmes en surpoids qu’en insuffisance pondérale.

L’explication la plus claire de ce phénomène lié à la modernité nous vient d’un médecin qui a vécu au 5ème siècle avant JC. Hippocrate a écrit : « En règle générale, les constitutions et les habitudes d’un peuple suivent la nature de la terre où ils vivent. » Les hommes et femmes de tous âges et de nombreuses cultures n’ont pas choisi la gourmandise et la paresse à la sobriété et au travail acharné en l’espace de quelques décennies. Au contraire, leur environnement a radicalement changé, et avec lui, leur comportement.

Une grande partie de l’évolution est due à la croissance économique. L’IMC augmente au même rythme que le PIB. Une plus grande richesse signifie aussi dans la pratique que les vélos sont abandonnés au profit des motos et des voitures, le travail dans les champs est remplacé par des journées assis à un bureau. Dans les pays plus riches, la part de la population qui manque d’exercice physique est deux fois plus élevée que dans les pays pauvres.

Mais, l’élément très important, selon Boyd Swinburn de l’Université Deakin à Melbourne, concerne l’évolution des régimes alimentaires. Les familles peuvent se permettre de manger davantage d’aliments de toutes sortes, et en particulier ceux riches en gras et en sucre. Les mères de famille passent plus de temps au travail et moins de temps aux fourneaux. Richard Wrangham de l’Université de Harvard explique que la transformation de la nourriture peut avoir contribué à l’augmentation du taux d’obésité.

La malbouffe et son marketing

Au Mexique, une eau du robinet peu fiable et une forte stratégie de marketing ont contribué à faire du pays le champion mondial de la consommation du Coca-Cola. En Amérique, la malbouffe et les fast-foods sont souvent moins chers que les repas bons pour la santé. L’étalement urbain et la disponibilité de la nourriture ont fait de la voiture la nouvelle salle à manger ! Au Moyen-Orient, les traditions bédouines ont changé en prenant la nouvelle habitude de trop manger le soir. A Pékin, les adolescents et les employés de bureau s’entassent dans les restaurants de fast-food. Même les repas dans les maisons des chinois contiennent plus de viande et d’huile qu’auparavant.

Mis tous ensembles, ces changements ont amené les gens à devenir de plus en plus gros. Mais l’obésité a un coût. Elle diminue la productivité des travailleurs et à plus long terme augmente le risque de développement de maladies, comme le diabète, les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et certains cancers ; il affecte également la santé mentale. En 2005, en Amérique, l’obésité représentait un cinquième des dépenses de santé.

Une nouvelle étude mondiale, dirigé par Christopher Murray de l’Université de Washington, montre que depuis 1990, l’obésité a augmenté plus rapidement que toute autre maladie. Il est évident que l’obésité est devenue un problème majeur, que les facteurs qui l’influencent sont diaboliquement difficiles à démêler et que son inversion impliquera des choix difficiles, voire des mesures radicales telles que l’interdiction de la malbouffe. Une règle qui porterait, cependant, atteinte à la liberté des individus de manger ce qu’ils aiment.

Même si dans certaines régions les taux d’obésité semblent se stabiliser, elles restent des exceptions. Jiang He et ses collègues de l’Université de Tulane ont estimé que d’ici 2030, le nombre global de personnes en surpoids et/ou obèses pourrait doubler pour atteindre 3,3 milliards. Les conséquences seraient énormes pour les individus, les gouvernements, les employeurs, les entreprises alimentaires et les fabricants de produits pharmaceutiques.

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