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Quinoa français, une menace pour les producteurs andins ?

Bolivie / / Amérique du sud

Les paysans de l’Altiplano étaient loin de se douter que le quinoa pouvait prospérer si loin de la Cordillère. Son introduction dans les Pays de la Loire fait craindre une baisse des exportations vers l’Europe, tandis que l’annonce d’une demande de brevet sur ses utilisations cosmétiques soulève l’indignation au Pérou et en Bolivie.

La mécanisation fait baisser les coûts

L’année 2013, déclarée année internationale du quinoa, commence sous de sombres auspices pour les paysans de l’Altiplano. Ils ont appris avec stupéfaction que la pseudo-céréale emblématique des hauts plateaux andins était produite de l’autre côté de l’Atlantique, à un prix défiant toute concurrence.

Une coopérative formée par 40 agriculteurs français cultive en effet le quinoa depuis 2009, sur près de 300 hectares. Grâce à d’importants investissements ayant permis de mécaniser la production et à une augmentation des surfaces, le prix de la tonne devrait baisser pour atteindre 1000 euros.

Le succès est au rendez-vous : le Quinoa d’Anjou est déjà distribué dans 35 supermarchés et séduit notamment une clientèle à la recherche d’aliments sans gluten.

Pour les producteurs andins, cette tendance pourrait bientôt se traduire par un manque à gagner conséquent, l’Europe canalisant une part importante des exportations de quinoa sud-américaines.

Les applications ancestrales peuvent-elles être brevetées ?

Mais le vrai coup-bas, c’est une entreprise française qui l’a porté, en tentant de déposer un brevet sur les usages cosmétiques des acides gras présents dans la plante, alors que ces pratiques sont déjà connues.

« Il existe beaucoup de connaissances concernant l’utilisation traditionnelle de la graine. En plus des usages courants, ses dérivés servent par exemple à se laver les cheveux, auxquels ils donnent un aspect lisse et brillant. On l’utilise aussi pour laver le linge et même pour enlever des taches », explique Ángel Mujica, spécialiste du quinoa à l’université nationale de l’Altiplano.

Les agriculteurs boliviens et péruviens devront-ils verser un jour des royalties à la France pour pouvoir profiter des bienfaits du quinoa ? Ángel Mujica refuse d’envisager cette éventualité, alors que les Nations unies ont justement décidé de déclarer 2013 « année du quinoa » en reconnaissance des pratiques ancestrales des peuples andins ayant permis la conservation de cet aliment exceptionnel.

Les Boliviens ne peuvent plus se payer le quinoa

Malgré ses propriétés nutritives hors du commun, le quinoa est néanmoins peu présent dans les assiettes boliviennes, en raison de son prix prohibitif. Au cours des six dernières années, le prix de la tonne a presque été multiplié par trois.

La situation conduit les producteurs à se déchirer entre eux pour le contrôle des terres et alimente le marché noir.

Selon le ministère du Développement rural et des Terres, 43,5 % de la production est exportée de manière officielle, 38 % tombe entre les mains de la contrebande, tandis que la consommation interne ne représente que 18,5 % du total.

Un comble, alors que près de 2,5 millions de personnes souffrent toujours de malnutrition en Bolivie.

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Derniers commentaires

  1. Martin Bilodeau

    Les Boliviens bénéficient grandement d’un prix élevé du quinoa: les producteurs ont augmenté leur niveau de vie, le chômage a grandement baissé dans les régions rurale et les transformateurs exportent des produits à valeur ajoutées.
    Et ce alors que la consommation interne était à peu près inexistante avant que les pays du nord s’intéressent à ce grain et à la diète sans gluten.
    L’ėconomie Bolivienne se porte très bien grâce au quinoa, le prix des métaux et du gaz naturel.
    Les seuls qui veulent voir le prix du quinoa diminué sont Carrefour, Auchamp et l’auteur naïf de cet article.