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Les superpouvoirs du « vaccin de la grenouille »

Brésil / / Amérique du sud

En Amazonie, les indiens l’appellent « kambô ». Son nom scientifique est « Phyllomedusa bicolore ». La sécrétion de cette espèce de grenouille est utilisée par les Indiens pour porter chance et soigner des maladies. Mais son aura commence à dépasser les frontières de l’Amazonie, suscitant une série de problèmes liés à son commerce et son utilisation. 

Grenouille à Melbourne.

© ABC

Depuis 2004, une résolution de l’Agence Nationale de Vigilance Sanitaire (Anvisa) en interdit l’usage, le commerce, la distribution et la publicité comme médicament, en dehors des tribus. Cette décision a été prise en l’absence de preuves scientifiques suffisantes prouvant ses bienfaits pour la santé.

Cependant, faire respecter cette décision s’avère difficile. La police a en effet du mal à identifier le produit. Car la sécrétion, qui forme une glaire jaune, souvent conservée sur du bois, du tissu, ou en tube, est un matériel biologique complexe.

Effet anti-dépresseur

Le ‘vaccin de la grenouille’ est amplement répandu et utilisé parmi les communautés amazoniennes. Il est généralement appliqué par les guérisseurs des tribus dans le bras (chez les hommes), ou la jambe (chez les femmes), pour aider l’homme à chasser et soigner le ‘panema’, une sorte de dépression de l’Indien.

Les réactions les plus communes sont des nausées et des malaises. Par la suite, les usagers disent ressentir une sensation de bien-être et d’énergie. « Nous l’utilisons en cas de manque de tonus, pour prévenir des maladies et éloigner le mal et la malchance », explique le chef Ni’i katukina.

La sécrétion de la grenouille est appliquée en couche sous-cutanée à l’aide d’un couteau. L’effet commence environ 30 secondes après l’application et dure près de 20 minutes.

Le recours à ces dites « médecines de la forêt » demande des précautions. Il y a une différence entre les médicaments dits naturels et la phytothérapie. Cette dernière, grâce à ses effets prouvés, possède l’autorisation de l’Anvisa ainsi qu’un registre du Ministère de la Santé.

Le kambô a beau être interdit, on l’utilise librement dans les villes. On le trouve généralement dans les circuits de vente des produits ésotériques et des thérapies alternatives, comme l’ayahuasca, substance psychoactive utilisée lors du cultes religieux indigènes.

Cocktail de substances

En 2008, un homme de 52 ans est mort après une application de kambô à São Paulo. « Cela peut s’avérer dangereux », affirme le biologiste et chercheur Denizar Missawa, de l’Université Guarulhos, au Noyau d’Etudes Interdisciplinaires sur les Psychoactifs (Neip). »C’est un cocktail de substances bioactives. Si on isole chacune d’elles, on va trouver des médicaments qui agissent sur différents systèmes physiologiques ». C’est comme si on prenait une variété de médicaments différents pour soigner un simple mal de tête. « Vous allez finir par prendre le médicament pour le mal de tête, mais aussi d’autres qui servent à guérir d’autres problèmes, ce qui n’est pas bon », explique-t-il.

Il ajoute que la façon dont les Indiens l’utilisent est bien différente de l’usage qui en est fait dans les grandes villes. « Les applications sont faites avec soin, et surtout elles sont accompagnées de régimes alimentaires et comportementaux stricts ».

Projet kambô

Les Indiens ont toujours souhaité protéger leur ‘vaccin de la grenouille’. Bien avant la résolution de l’Anvisa, des chefs de tribus, opposés à la dissémination incontrôlée du kambô, avaient déposé auprès du Ministère de l’Environnement une demande de registre de leurs connaissances traditionnelles et une plainte pour escroquerie biologique. Cette demande a donné naissance au Projet Kambô, qui a ouvert la voie à une réglementation concernant l’accès au patrimoine génétique.

Désormais, si une substance organique d’intérêt pharmacologique -associée à des connaissances traditionnelles- est découverte, les bénéfices du brevet devront être répartis entre le laboratoire et les communautés indigènes.

La loi freine les avancées de la recherche

Le projet kambô et ce genre de brevet se heurtent néanmoins à l’interdiction légale du port de ce matériel génétique. Pour Missawa, au lieu de restreindre l’accès au kambô, le Brésil devrait investir en recherches. Ce n’est pas un hasard si une douzaine de demandes de brevet de la substance ont déjà été déposées par des laboratoires étrangers. « La substance qui suscite l’intérêt des laboratoires est la dermaseptine. Ce sont des peptides aux capacités antibiotiques intenses, efficaces contre de nombreux microorganismes, y compris certaines formes résistantes de bactéries ».

Missawa estime que l’interdiction, qui vise à lutter contre la contrebande, a le tort de freiner le recherche. « Toute recherche académique est devenue extrêmement difficile ».

Le biologiste, en partenariat avec les Indiens Huni Kui, a tenté pendant trois ans d’obtenir une autorisation d’étudier les caractéristiques des effets immunologiques de la sécrétion de la grenouille d’Amazonie. Sans succès. « La bureaucratie est lourde et longue, elle décourage les recherches sur le kambô », regrette-t-il.

« Nous devrions étudier cette substance pour la transformer en médicaments ou diminuer les risques éventuels pour la santé. L’interdiction nous l’empêche, et elle cause des soucis aux Indiens qui transportent leur médecine traditionnelle », ajoute-t-il.

On peut néanmoins se procurer le kambô à bas prix sur les bords de l’autoroute brésilienne BR364, en Guyane Française, ou sur des sites internet péruviens. C’est ainsi que des centres de médecine alternative dans des grandes villes proposent des traitements à base de « vaccin de grenouille ». L’application coûte environ 100 R$ (37 euros), ce qui laisse une belle marge…

Le « vaccin de grenouille » commence à faire son apparition en Europe et aux USA. « On le trouve dans les mêmes circuits que l’ayahuasca et les thérapies alternatives, mais ce sont surtout des initiatives individuelles, pas institutionnalisées « , affirme l’anthropologue Beatriz Labate, professeur en Politique des Drogues au Cide – Centre de Recherche et d’Enseignement Economique d’Aguascalientes – au Mexique.

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