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Taxe sur l’huile de palme, il faut élargir le débat

France / / Europe

De plus en plus d’Etats imposent des taxes « santé » comme le Danemark sur les produits contenant plus de 2,3% d’acides gras trans, ou la taxe « santé publique » en Hongrie qui s’applique aux jus, aux boissons énergisantes, aux desserts sucrés emballés, aux snacks et aux condiments[1]. En France, dans le cadre du projet de loi sur la sécurité sociale 2013, Jean-Louis Roumegas (EELV) a proposé de taxer davantage l’huile de palme en instaurant une contribution additionnelle de 300 euros par tonne sur les huiles de palme (et les huiles de palmiste et de coprah) destinées à l’alimentation humaine.

A cette occasion, les débats se sont ravivés sur les impacts de l’huile palme, tant sanitaires qu’environnementaux et sociaux. Ce n’est pas un fait nouveau : les scientifiques constatent que l’huile de palme présente l’un des pires profils nutritionnels. Les ONG dénoncent la déforestation et les conséquences sur les populations productrices. Plusieurs industriels et distributeurs ont déjà pris position à ce sujet : Système U a lancé la substitution de l’huile de palme de tous les produits alimentaires à sa marque, Casino, Intermarché, Carrefour ou encore Findus se sont également exprimés. D’autres résistent, le plus emblématique étant le groupe Ferrero, dont le produit phare a baptisé la taxe, et qui a lancé une grande campagne de communication. L’amendement dit « Nutella » a été rejeté le 21 novembre dernier par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, le débat semble donc clos pour le moment.

Mais si elle avait été adoptée, cette taxe aurait-elle eu les effets escomptés ? Ce n’est pas si sur.

Aujourd’hui, la plupart des taxes santé mises en place sont surtout des mesures court-termistes destinées à combler les trous du budget de l’Etat. Trop peu de réflexion porte sur la définition des critères de ces taxes et sur leurs conséquences potentielles. L’effet rebond d’une telle taxe peut être important si un seul ingrédient est visé : par exemple, si les industriels remplacent l’huile de palme par des huiles hydrogénées, la quantité d’acides gras trans dans leurs produits augmenterait – et ils ne sont pas meilleurs pour la santé. Et l’effet rebond n’est qu’un aspect du problème.

De tous les enjeux à prendre en compte (environnement, social, économique…), cette taxe prend appui  sur l’aspect nutritionnel – et encore, partiellement. Aucune réponse n’est apportée à la question de la composition et de la répartition d’acides gras qui serait acceptable dans les aliments. Voilà pourtant la question nutritionnelle qui se pose – et elle dépasse la seule huile de palme. Obtenir des effets réellement efficaces et positifs est délicat et l’outil « taxe » n’est sans doute pas suffisant pour peser sur les comportements des industriels et des consommateurs d’une part et répondre à tous les enjeux soulevés dans ce débat d’autre part.

Faut-il pour autant renoncer à inciter les industriels à mettre sur le marché des produits plus sains et moins destructeurs pour l’environnement ? Certainement pas ! Mais les questions sont innombrables et insolubles à première vue : faut-il répondre surtout aux problèmes environnementaux  ? Dans ce cas ce n’est pas si simple, car substituer l’huile de palme par d’autres huiles moins productives à l’hectare reviendrait donc à consommer plus de surfaces agricoles (ce qui n’est pas vraiment écolo). Faut-il au contraire privilégier l’aspect nutritionnel et utiliser l’huile de colza (par exemple) dans l’alimentation et réserver l’huile de palme à d’autres utilisations ? Mais cela ne répondrait pas vraiment aux problèmes environnementaux. Alors quelle solution de remplacement mettre en œuvre et comment s’assurer qu’elle n’a pas d’effets tout aussi indésirables ? Comment faire la part des choses entre des impacts potentiellement antagonistes ?

Sur les sujets complexes comme celui-ci, il est crucial d’impliquer une diversité et complémentarité d’acteurs dans la réflexion afin de construire une solution en combinant leurs compétences sur tous les aspects. Les industriels ont certes un rôle à jouer et doivent prendre conscience de la responsabilité qui est la leur quant aux choix des ingrédients mis dans leurs produits, mais ils ne peuvent déterminer seuls la meilleure solution, qui nécessite des compétences variées qui dépassent leur périmètre d’action.

Fermer les yeux sur les impacts négatifs de l’huile de palme sur la santé humaine, sur les écosystèmes et sur les économies locales serait dans une certaine continuité d’action, mais de plus en plus irresponsable. Cependant, d’une autre manière, se contenter d’instaurer une taxe en considérant que les industriels peuvent trouver seuls une meilleure solution œuvre relève de la mesure incantatoire. Sur ce sujet, comme sur d’autres (nanotechnologies, biocarburants, OGM…), impliquer tous les acteurs concernés (industriels, ONG environnementales, scientifiques, philosophes, pays producteurs, …) pour s’interroger sur tous les aspects de la question et construire une approche partagée, dynamique et pragmatique est nécessaire.

Maximilien Rouer


Informations complémentaires

[1] Et bientôt aux bières aromatisées, aux boissons rafraichissantes alcoolisées et aux confitures aux fruits.

 

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