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Changement climatique et sécurité : le point de vue aux USA

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John Kerry, changement climatique et sécurité des Etats-Unis

En août dernier, John Kerry (qui vient de remplacer Hillary Clinton au poste de Secrétaire d’état), a tenu un long discours au Sénat sur les risques de conflits liés au changement climatique. Face à des conservateurs républicains niant la réalité scientifique du réchauffement climatique, John Kerry démontrait que la seule diminution du débit du fleuve Indus (Senge Khabab en tibétain (qui sort de la bouche du lion)) pouvait amener le gouvernement indien à préserver ses ressources en eau par la construction de barrages. Son voisin, le Pakistan se verrait ainsi privé d’un important accès à l’eau.

Comment réagirait le Pakistan face à la perspective de manquer d’eau ?

Pour le Pakistan, ne plus disposer autant qu’aujourd’hui des ressources en eau du fleuve Indus serait une catastrophe. Si cela arrivait, comment réagirait ce pays ? John Kerry, s’adressant toujours au Sénat américain, estimait qu’au vu de l’état de ses forces armées traditionnelles, le Pakistan ne se risquerait pas à un conflit conventionnel pour préserver ses ressources en eau. Au contraire, a-t-il dit, le Pakistan opterait sans doute pour la menace nucléaire et, cas échéant, à son exécution.

Après la longue période de la guerre froide caractérisée par la peur d’une guerre nucléaire, cette menace pourrait ainsi ressurgir à cause du changement climatique et de ses conséquences.

Une analyse partagée par la CIA et le Pentagone

La perspective de guerres liées au changement climatique, analyse John Kerry, peut donc à terme concerner la sécurité des Etats-Unis. Cette analyse est d’ailleurs partagées par les agences nationales, CIA en tête et par le Pentagone.

Ainsi dans le rapport 2010 sur la défense, le Pentagone identifie le changement climatique comme une des causes essentielles dans la possible « multiplication des conflits », précisant que si le changement climatique en lui-même ne provoque pas de guerres, il exacerbe déjà des tensions qui y sont liées.

Au-delà de la conviction écologique, une incitation à agir

L’intérêt de cette analyse est qu’elle est à même de changer la position des Etats-Unis en matière de lutte contre le changement climatique et, conséquemment, de modifier leur approche dans les grandes négociations internationales. Si le changement climatique constitue dans l’avenir proche une menace pour la sécurité des Etats-Unis et donc un risque pour la santé de son économie, le pays de la bannière étoilée pourrait bien devenir l’ardent défenseur d’un grand accord contraignant sur la question, rompant ainsi radicalement avec la position qui a été la sienne jusqu’à maintenant : on participe aux discussions, mais on ne s’engage sur rien dans le cadre d’un traité international.

Est-ce une bonne nouvelle ?

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, le réalisme politique veut qu’il vaut mieux voir les Etats-Unis devenir un acteur principal sur le plan international dans la lutte contre le réchauffement climatique pour une mauvaise raison, ou, en tout cas, pour une raison purement nationale, voire égoïste que de les voir refuser d’être partie prenante à un traité international digne de ce nom. Après avoir contribué par leur attitude à la lenteur du processus, les Etats-Unis pourraient assez rapidement en devenir l’un des accélérateurs.

Cela est d’autant plus important que nombre des négociateurs aux sommets de la Terre estiment, comme Serge Lepeltier, ancien ambassadeur de la France pour la Conférence sur le climat, qu’à l’échelle internationale, rien ne bougera vraiment tant que les Etats-Unis n’accepteront pas la perspective de ratifier, comme ce fut le cas pour l’accord de Kyoto, un traité international portant sur le changement climatique.

Rappelons ici que les parties à la négociation se sont données au dernier sommet de Durban jusqu’à 2015 pour établir un tel accord. Si les Etats-Unis s’engagent à le ratifier, cela entrainerait sans doute une accélération générale du processus de ratification et permettrait peut-être de respecter enfin une échéance primordiale pour l’avenir de la planète, celle de voir ce futur accord effectivement entrer en vigueur en 2020.

Climat : mieux vaut tard que jamais

Cela est d’autant plus important que, si les plans d’action nationaux et régionaux se multiplient, une action à l’échelle internationale n’en reste pas moins nécessaire pour lutter contre une menace dont certains analystes admettent qu’elle a tendance à être sous-estimée jusque chez les climatologues du GIEC. Le bel adage du « mieux vaut tard que jamais » ne permettra peut-être pas d’éviter la catastrophe, mais au moins d’en atténuer quelque peu les conséquences. En tant que première puissance mondiale (avec la Chine) et premier émetteur de CO2 par habitant, il relève de la responsabilité des Etats-Unis de prendre enfin en considération la réalité du réchauffement climatique, peu importe la raison qui les y pousse.

Thierry Tacite

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