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La station multimodale, une réponse aux besoins de mobilité dans une société post-carbone

France / / Europe

Les débats actuels sur la baisse du prix du litre de carburant de six centimes en moyenne sont passionnés. La voiture particulière est en effet encore aujourd’hui le moyen de transport le plus utilisé par les Français pour leurs trajets domicile-travail. En grande couronne parisienne par exemple, 60 % des Franciliens l’utilisent tous les jours. La situation est encore plus marquée en agglomérations de province (72 %) ou hors agglomérations (85 %). Seuls les Parisiens et leurs voisins de petite couronne possèdent un réseau de transports en commun suffisamment dense et régulier pour être préféré au véhicule particulier. Malheureusement, les bénéfices environnementaux et sociaux apportés ne suffisent pas pour autant à justifier les très lourds investissements nécessaires dans les zones moins habitées.

Acteurs privés et publics s’interrogent sur des solutions permettant de faciliter le passage de la voiture aux transports en commun : Vinci Park avec Mobiway, Eiffage avec le projet de prospective Phosphore, les agences locales de mobilité formalisées par l’ARENE Ile-de-France ou encore le projet AUDACE coordonné par la MAIF et financé par les investissements d’avenir de l’ADEME. Ces initiatives explorent des moyens de connecter tous les modes de transport entre eux et dessinent les contours de la station multimodale, concept restant encore à mettre en œuvre en France. D’autres pays ont déjà largement développé l’intermodalité : comme par exemple la gare de Bâle en Suisse, avec ses garages à vélos, le tramway à ses portes et la liaison gare-aéroport extrêmement simple.

Train, vélo, avion, tramway sont accessibles à la gare multimodale de Bâle en Suisse ©M Bonnet

A mi-chemin entre transport collectif et voiture individuelle, la station multimodale est un lieu physique centralisant un ensemble de modes de transport complémentaires aux transports en commun : voitures, scooters et taxis (notamment électriques), vélos en libre service ou en location longue durée (avec douches et vestiaires pour les utilisateurs), navettes de liaison avec les stations de transports en commun, covoiturage, etc. Une information détaillée concernant les modes de transport à disposition dans un rayon de quelques kilomètres est également disponible pour permettre aux utilisateurs de choisir le plus adéquat et d’anticiper efficacement l’organisation de leurs déplacements. Enfin, la localisation et le maillage des stations permettront de rallier aisément les réseaux ferrés de transports en commun (ex : extrémités de lignes RER ou tramway).

En opérant des flottes captives de grande taille, la station multimodale possède un atout majeur face aux véhicules particuliers : économies d’échelle, barrières techniques réduites et rassemblement des utilisateurs permettront un déploiement accéléré des solutions moins émettrices en CO2 et en agents polluants. Consolidée par une diffusion efficace de l’information (calculateur de trajet – type Vianavigo du Stif, impacts environnementaux, horaires et incidents, etc.) à travers un système d’information multimodale couvrant l’ensemble des modes de transport à proximité, elle réduira aussi les temps de parcours des utilisateurs. Enfin et surtout, en apportant une solution intermédiaire, la station multimodale peut devenir le déclencheur d’un changement comportemental massif des populations. Encore aujourd’hui, le clivage entre transports en commun et voiture individuelle reste très marqué. Il n’est pas évident de faire le pas, dans un sens comme dans l’autre. Un utilisateur quotidien de transport en commun évite souvent de posséder son propre véhicule pour des raisons financières. Tant mieux. Mais de la même manière, une personne habituée au véhicule particulier est incitée à rentabiliser au maximum son investissement qui pèse dans son budget, même quand il reste au garage (assurance, stationnement, etc.). La station multimodale permettra une transition progressive. Les plus prudents pourront par exemple décider de conserver leur véhicule tout en le rentabilisant quand il n’est pas utilisé grâce à sa mise à disposition (ex : les services Buzzcar, Voiturelib ou Cityzencar ). Les plus engagés pourront, eux, opter pour des trajets intermodaux plus innovants (ex : vélo – personnel ou en location rapide type Vélib’ ou Velov’ – puis autopartage en flotte captive-type Autolib’).

Le plan de soutien à la filière automobile annoncé cet été par le gouvernement fait la part belle aux technologies innovantes et décarbonées. C’est une bonne chose. Mais ces dernières ont désormais besoin de vecteurs de déploiement et de transition. La station multimodale peut en faire partie.

Léo Tissot

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