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Informatisation des soins de santé : une promesse qui tarde à se réaliser

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Parce que les technologies de l’information ont si rapidement transformé la vie quotidienne des gens, nous avons tendance à oublier combien de choses ont changé en finalement peu de temps. Aujourd’hui, des millions de personnes dans le monde font régulièrement leurs courses en ligne ; téléchargent des films, des livres et d’autres médias sur des dispositifs sans fil ; retirent de l’argent au distributeur quand bon leur semble ; et réservent leurs voyages et enregistrent leur embarquement par voie informatique.

Il existe toutefois un secteur où l’adoption des technologies de l’information a de toute évidence tardé : les soins de santé.

Certaines régions du monde s’en sortent mieux que d’autres à cet égard. Des chercheurs du Fonds du Commonwealth ont récemment publié un rapport montrant que certains pays à haut revenu, notamment le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ont enregistré des progrès notables dans l’utilisation du dossier médical personnel informatisé (DMP) par les médecins traitants. Dans ces pays, la pratique est pour ainsi dire généralisée. D’autres pays à haut revenu, comme les Etats-Unis et le Canada sont par contre à la traîne. Aux Etats-Unis, le pays d’Apple et de Google, le recours au DMP n’est que de 69 pour cent.

Les carences de la situation aux Etats-Unis sont particulièrement flagrantes, compte tenu du fait que les soins de santé représentent une part plus élevée du PIB que le secteur manufacturier, le commerce de détail, la finance ou les assurances. La plupart des systèmes informatiques de santé sont en outre surtout conçus pour assurer l’efficacité de la comptabilité, plutôt que l’efficacité des soins, plaçant les intérêts commerciaux des cliniques et hôpitaux devant les besoins des médecins et des patients. En conséquence, la plupart des Américains peuvent aisément consulter leur solde bancaire en ligne, mais pas les résultats de leurs dernières analyses médicales.

Une autre différence entre les systèmes informatiques de la santé et ceux d’autres industries aux Etats-Unis est que ces premiers manquent souvent d’interopérabilité. En d’autres termes, le système informatique d’un hôpital ne peut en général pas « communiquer » avec d’autres systèmes. Mêmes les hôpitaux regroupés au sein d’un même système éprouvent des difficultés à partager les informations concernant un patient.

Les systèmes informatiques de la santé ressemblent en conséquence davantage aujourd’hui à une carte de fidélité « frequent flyer »  conçue pour garantir la loyauté d’un patient envers un établissement donné qu’à une carte de crédit qui permet, à vous et à votre médecin, d’avoir accès à votre profil médical, partout et à tout moment. En général, le manque d’interopérabilité est un contretemps irritant. Dans le cas d’une urgence médicale, il peut imposer des retards potentiellement fatals.

Le troisième aspect qui différencie les systèmes informatiques de santé des autres a trait à leur fonctionnalité. La conception de la plupart des sites web est tellement évidente qu’aucune instruction n’est nécessaire pour s’en servir. En quelques minutes, un enfant de sept ans peut comprendre comment jouer à un jeu complexe sur son iPad.

Mais un neurochirurgien ayant 27 ans d’études derrière lui peut être contraint de lire un épais manuel d’utilisation, de suivre des cours barbants et d’accepter un tutorat périodique dispensé par un « champion du changement » pour maîtriser les diverses étapes nécessaires à l’utilisation du système informatique de son hôpital. Il ne faut pas s’étonner que, malgré leurs avantages théoriques, peu de prestataires de soins soient emballés par les technologies de l’information de la santé. En fait, une majorité se plaint qu’elles leur font perdre du temps.

Les technologies de l’information de la santé sont-elles donc une vaste perte de temps et d’argent ? En aucun cas. En 2005, certains de nos collègues de la Rand Corporation ont calculé que les Etats-Unis épargneraient plus de 80 milliards de dollars par an si le secteur de la santé pouvait reproduire les gains de productivité, liés aux technologies de l’information, observés dans d’autres industries. Le fait que les Etats-Unis n’en soient pas encore là n’est pas dû à un manque de vision, mais à une mise en œuvre déficiente.

D’autres industries, dont les secteurs bancaires et de la vente de détail, se sont débattues avec ces technologies jusqu’à ce qu’elles fonctionnent comme prévu. À leurs débuts, l’écart entre ce que promettaient ces technologies et ce qu’elles offraient était tellement marqué que les spécialistes l’ont appelé le « paradoxe de la productivité » des technologies de l’information. Une fois que ces industries sont parvenues à rendre leurs systèmes informatiques plus efficaces, interopérables et conviviaux, et à réaligner leurs processus pour tirer parti des moyens offerts par ces technologies, la productivité a fait un bond en avant.

Aux Etats-Unis, comme dans une grande partie du monde, le secteur de la santé a été plus lent à intégrer les technologies de l’information et ne fait sa crise de croissance qu’aujourd’hui. Mais les prestataires de santé peuvent raccourcir ce processus de transformation en s’inspirant des enseignements offerts par d’autres industries. Le gouvernement américain a également apporté sa contribution. En 2009, le Congrès avait adopté la loi HITECH (Health Information Technology for Economic and Clinical Health), qui a indéniablement accéléré l’adoption des technologies de l’information par les professionnels de la santé. Pourtant, les problèmes de fonctionnalité et d’interopérabilité persistent.

De manière générale, l’industrie des technologies de l’information dans le secteur de la santé ne devrait pas attendre que le gouvernement légifère pour améliorer la situation. Les développeurs peuvent accélérer leur adoption en créant des systèmes plus standardisés, plus faciles à utiliser, véritablement interopérables et qui donnent aux patients un meilleur accès et contrôle sur leurs données médicales personnelles. Les prestataires de santé et les hôpitaux peuvent radicalement améliorer l’adoption des technologies de l’information de la santé en révisant les pratiques traditionnelles pour profiter de leurs avantages.

S’il faut se référer à l’exemple des Etats-Unis, il n’y a pas de limites aux gains potentiels des technologies de l’information dans le secteur de la santé. Selon l’Institut de médecine américain, les Etats-Unis gaspillent aujourd’hui plus de 750 milliards de dollars par an à cause de soins médicaux inutiles ou inefficaces, de coûts administratifs excessifs, de prix élevés, de fraude médicale et de possibilités ratées de prévention.

Utilisées à bon escient, les technologies de l’information peuvent améliorer les soins de santé dans toutes ces dimensions. Le résultat en vaut la peine. Comme l’a démontré l’adoption des technologies de l’information dans d’autres domaines, nous pourrions bientôt nous demander comment les soins de santé avaient pu être dispensés autrement.

 Art Kellermann et Spencer Jones

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

 

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