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De l’île de Pâques à l’île de Chypre : La transition écologique comme réponse à la crise financière et économique

France / / Europe

Contrairement au monde financier, le monde naturel ne prévoit pas de plans de sauvetage. Toute faillite du capital naturel se traduit nécessairement par un effondrement des économies et des civilisations. Des exemples historiques viennent étayer ce constat. Parmi les plus emblématiques figure celui de l’île de Pâques.

© Yves Picq

Totalement isolée dans l’océan Pacifique, découverte un jour de Pâques 1722 par un navigateur néerlandais, cette île est connue pour ses statues de pierre monumentales, les Moaï. Pour les transporter des carrières jusqu’à leur emplacement définitif, des rondins de bois et des lianes auraient été abondamment utilisés. La concurrence acharnée que se seraient livrées les différentes tribus pour sculpter des statues toujours plus hautes et prestigieuses aurait poussé les Pascuans à déforester leur île, lentement mais sûrement, jusqu’à la transformer en prairie. Sans forêt, point de gibier pour se nourrir, point de barques pour pêcher, point de rétention d’eau pour l’agriculture, point de barrages contre l’érosion éolienne venue des mers. De cette crise écologique, la civilisation pascuane ne se relèvera pas.  

Mais alors, existe-t-il un parallèle entre l’effondrement de l’île de Pâques à la fin du 18e siècle et l’effondrement financier qui risquerait de ruiner l’île de Chypre, ses recours auprès de l’UE ou de Moscou eussent-ils été vains ? Certes, dans les deux cas la faillite est à l’œuvre, à la différence près que l’île de Chypre dispose de plans de sauvetage. Aucun lien direct ne saurait être établi, sinon, entre la crise écologique et la crise financière qui secoue la planète depuis 2008 et qui a été déclenchée par la crise des subprimes, ces prêts immobiliers accordés à des ménages américains aux revenus modestes. La faute à la complexité de l’économie mondiale, engendrée par la mondialisation et l’interdépendance croissante des économies. Un degré de complexité tel qu’il ne permet plus le diagnostic éclairé d’une crise dont les causes et les effets se mélangent. Nul doute que les subprimes ont joué le rôle de déclencheur, mais faut-il pour autant considérer que la crise est « cyclique », que les subprimes en sont la cause unique, et que la seule porte de sortie de crise est la croissance ? Ce raisonnement simplificateur et largement répandu dans les plus hautes sphères politique et économique procède d’une grande fuite en avant. 

Et pour cause, n’est-il pas troublant de voir que le déclenchement de la crise coïncide avec une problématique de ressources ? Tout d’abord, avec le « troisième pic pétrolier » établi à 144,27 dollars le baril à New-York le 2 juillet 2008, après avoir été multiplié par cinq depuis septembre 2003. Ensuite, avec la hausse des prix des plus importantes commodités (métaux et matières premières agricoles) sur la période 2002-2011. Cette décennie de hausse spectaculaire, qui fut supérieure à celle qui a prévalu durant la Seconde Guerre mondiale, a même plus qu’effacé la baisse des prix (de 70 % en moyenne) qui a caractérisé la période 1900-2002. Un « changement de paradigme » est à l’œuvre, selon l’expression du grand financier et écologiste, Geremy Grantham. 

Il serait temps de regarder la Terre comme une grosse île de Pâques. Ses forêts primaires sont rasées pour faire place à de nouveaux pâturages, nécessaires pour répondre aux besoins d’une population mondiale croissante au régime alimentaire de plus en plus carné. Ses espèces sont dévastées par une exploitation excessive, la colonisation des villes, le braconnage et le changement climatique. Ses ressources sont pillées pour nourrir le mirage d’une croissance qui répond, certes, aux nouveaux besoins engendrés par la croissance démographique mais aussi à l’illusion matérialiste largement entretenue dans les pays riches. La croissance est-elle notre seule porte de salut ? Jusqu’à preuve du contraire, la Terre n’a pas encore trouvé les partenaires commerciaux extra-terrestres requis pour éponger une « dette écologique consolidée » pharaonique, que la croissance creuse chaque jour un peu plus.

Les dettes financières et écologiques sont bien plus liées qu’elles n’y paraissent. Et chacune peut provoquer l’effondrement de son système, passé un certain seuil. La crise n’est pas seulement financière ; elle est avant tout la crise d’un système à bout de souffle, une crise écologique dans toute sa complexité, une crise d’idées. Aussi, cette crise peut-elle apparaître comme le premier spasme annonciateur de crises bien plus terribles, celles des réalités tangibles, physiques, et naturelles, qui se produiront, plus tôt que tard, si le « syndrome pascuan » venait à se répéter.  

Paradoxalement, la finance détient les clés du principal remède à la crise qu’elle a engendrée : la transition écologique. Il faudrait pour cela qu’elle réoriente sa puissance vers des investissements qui tiennent compte de la complexité de la crise (économique, financière et écologique). Si l’écologie n’a pas bonne presse en ces temps difficiles, c’est parce qu’elle implique des petites « révolutions » à court terme pour des gains éventuels à long terme. La transition écologique est pourtant le seul moyen de préserver les économies et les civilisations de tout effondrement. Plus qu’une régulation de la finance, une réorientation de sa puissance est donc nécessaire. A cet égard, gageons que les agences de notations telles que Moody’s ou Standard and Poor’s n’attendront pas un effondrement écologique pour noter, enfin, la dette écologique des Etats ainsi que leurs capacités de « restauration » respectives. En attendant des évolutions en ce sens, il en va de la responsabilité de tous et plus encore des dirigeants d’encourager les « alternatives financières ». En France, seul un acteur financier dédie l’entièreté de ses activités au financement de la transition écologique : la Société financière de la NEF. Son crédo, « responsabiliser les citoyens sur leur argent ». Alors, pourquoi ne pas prendre exemple ?

Vincent Pichon

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