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Des produits locaux, bio et durables ? Un paradigme non évident

France / / Europe

A l’heure où de plus en plus de personnes prônent un retour à l’alimentation issue des exploitations locales, il apparait comme essentiel de garder un regard avisé sur les caractéristiques de ceux-ci. Quelques éléments de réflexion pour s’encourager à consommer durable, tout en restant responsable.

© Iphonebenx

Qui n’a jamais été fier et enjoué de manger des légumes achetés directement au fermier du village champêtre de nos vacances. On se souvient tous des mots échangés avec ‘’cet enfant du pays’’, grand passionné de sa terre : « achetez ces bons légumes, c’est du 100% local. Tout ce qu’il y a de plus sain ! »

Le sont-ils systématiquement ?

Dans bon nombres de cas il se trouve que ces produits le sont vraiment, car cultivés sans recours aux pesticides et selon des méthodes respectant l’écosystème local.  Mais il serait illusoire de se persuader qu’ils le sont toujours. Il peut en effet y avoir des ratés. En témoigne régulièrement l’actualité qui met en exergue des affaires de fausses filières de produits dits « locaux », « bio », et « sains » pour notre organisme.

Même si fort heureusement, ce genre de duperies n’est pas monnaie-courante dans le monde de l’alimentation durable, celles-ci permettent aux consommateurs de se poser les bonnes questions sur la manière dont ces aliments ont été produits. D’autant plus que cet engouement pour “le terroir” n’a jamais été aussi prégnant qu’à l’heure actuelle – l’industrie agroalimentaire ayant une presse de plus en plus mauvaise.

Ainsi, produire localement implique-t-il le fait de produire bio et durable ?

Dans une conférence récente à la Maison du Paris Durable, Marie Kerouedan, chercheuse en anthropologie alimentaire diplômée à l’EHESS, et auteure de l’essai critique Plaisir et conscience alimentaire témoigne: « L’association du local aux vertus du bio n’est pas systématique. Car il y a toujours une éventualité que les produits locaux aient subis des traitements aux pesticides ou soient malgré leur interdiction en France, des OGM. Sans tomber dans la méfiance à tout bout de champ, il est tout à fait légitime pour le consommateur de poser des questions sur la manière dont l’agriculteur ou l’éleveur a produit ses denrées. »

C’est donc on ne peut plus clair. La caractéristique ‘’locale’’ d’un produit n’est pas forcément gage de qualité tant du point de vue écologique que sanitaire.

‘’Locavore’’ états-uniens, ‘’locavore’’ français : une même définition ?

Mais ‘’les contre-sens’’ concernant le monde de la consommation locale ne s’arrêtent pas là. Il est intéressant de comparer les définitions officielles française et états-unienne du consommateur dit ‘’locavore’’.

Le Larousse indique : « Locavore : Personne qui décide de ne consommer que des fruits et des légumes locaux et de saison pour contribuer au développement durable.» L’on comprend aisément que le ‘’locavore’’ français est officiellement considéré comme un végétarien dont la démarche s’oriente en faveur du développement durable.

Voici ensuite la définition américaine : « Locavore : une personne intéressée à manger de la nourriture qui est produite localement. » De ce fait, même s’il consomme local, le locavore américain n’est pas vu par son pays comme nécessairement sensible aux conditions de productions des produits régionaux qu’ils achètent.

Néanmoins, bien qu’elles remplissent leur rôle informatif, ces définitions officielles semblent parfois ne pas coller totalement à la réalité. Dans les faits, ce sont nos amis d’Outre-Atlantique qui ont initié le premier mouvement de consommation alimentaire locale et durable : le ‘’Locavore Movement’’. Pour le cas des Français, difficile de dire si les fervents mangeurs de nourriture alentour ont toujours la ferme intention de « contribuer au développement durable ».

Des questionnements aux enjeux essentiels

Dresser un portrait méfiant vis-à-vis des acteurs locaux du secteur primaire n’est pas le propos de cet article. Au contraire, encourager le développement de cette manière de produire, vendre et consommer est tout ce qu’il y a de plus bénéfique dans un contexte de crise économique mais surtout de confiance entre citoyens de l’hexagone.

Toutefois, il apparait comme essentiel d’avoir un regard toujours plus aiguisé sur la manière dont sont obtenues nos denrées alimentaires locales. Cette exigence n’est-elle pas à la hauteur de l’amour que nous autres tricolores portons pour les vivres de notre ‘’terroir’’, si célèbres pour leurs qualités gustatives ? La question est posée, et le débat fort opportun. Car les enjeux ne sont pas que gastronomiques, mais bel et bien écologique et sanitaire. Rien que ça !

Mathieu Viviani

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