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Une ville « connectée » à ses habitants

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Imaginez une ville où les services publics s’optimiseraient en temps réel afin d’offrir à ses habitants un confort de vie créateur de liens sociaux et plus respectueux de l’environnement. Ce rêve est peut-être en passe de devenir réalité avec le lancement en Juin dernier du premier « boulevard connecté » à Nice. Ce dispositif, utilisant la technologie de l’« Internet des objets », est en ce moment même expérimenté sur l’un des plus beaux boulevards de la station balnéaire : le boulevard Victor Hugo. Olivier Seznec, directeur de la stratégie technologique de Cisco France, l’entreprise maîtresse d’œuvre du projet, nous livre son témoignage. L’occasion de mieux comprendre les caractéristiques de cette initiative aussi ingénieuse, durable que futuriste.

© Ville de Nice

Quel acteur a été à l’initiative de cette expérimentation  du « Boulevard connecté » ? Et pourquoi avoir choisi la ville de Nice ?

A vrai dire, ce projet trouve son origine dans une rencontre qui s’est faite assez naturellement. La ville de Nice possédait déjà une cellule de services portée sur l’innovation. De plus, le maire de cette municipalité, Christian Estrosi et ses élus étaient demandeurs et favorables à un projet de ce genre. De son côté, Cisco France qui développe depuis quelques années l’« Internet des objets » appliqué au milieu urbain, cherchait des  structures pour expérimenter cette technologie novatrice.

L’association de toutes ces volontés au sein d’une même vision a donc débouché sur un mémorandum d’entente prévoyant deux expérimentations :

- lancé en Février 2013, le projet « Spot Mairie ». Le principe ? Une mairie virtuelle, où les citoyens de Nice peuvent effectuer leurs démarches administratives depuis une cabine installée dans un centre commercial.

- Lancé mi-juin 2013, le projet « boulevard connecté » prévoyant un florilège de services publics optimisés visant à améliorer le quotidien des habitants à Nice.

Quelles sont les principales innovations mises en place par le projet ?

La toute première innovation se situe dans la nature même du projet. Nous avons imaginé une architecture unique et globale qui ferait fonctionner ces nouveaux services de manière mutualisée. C’est-à-dire qu’au lieu d’avoir par exemple un réseau pour l’optimisation à distance de l’éclairage public, et un autre pour la gestion du stationnement en ville, le pilotage du mécanisme se fait par l’intermédiaire d’un seul et même réseau dit « mutualisé ». Ce type de système  est beaucoup plus facile à gérer, plus raisonnable en terme de coût de gestion et plus économe en énergie.

La deuxième innovation s’est traduite dans l’ingéniosité du modèle économique élaboré pour ce projet. Vous n’êtes pas sans savoir que l’installation de ce type d’infrastructure se doit, à terme, d’être rentable pour les villes – surtout dans un contexte de crise où les budgets des municipalités tendent à être revus à la baisse.

Conscients de cela, nous avons une approche combinée vis-à-vis des applications en deux étapes. En premier temps, des services d’optimisation logistique qui permettent  à la mairie de Nice d’économiser de l’argent ou de générer du budget. Comme exemple, on peut citer le service d’optimisation de l’éclairage publique, la gestion du stationnement en temps réel ou du ramassage des ordures.

Le budget dégagé permet donc de financer une deuxième famille de services, cette fois-ci plus concentrée sur l’amélioration du quotidien des citoyens niçois : affichage numérique des horaires de transport sur les kiosques autour du boulevard expérimental, application mobile permettant aux automobilistes de savoir en temps réel quelles sont précisément les places disponibles dans la ville, WiFi gratuit, etc.

La dernière innovation principale tient dans le fait que la ville est entièrement propriétaire de ses données. Ce dispositif permet à Nice de prendre son ‘’destin numérique’’ en main à 100%. Étant la seule maîtresse, elle aura également beaucoup plus de facilités à ouvrir sa plate-forme de services numériques à d’autres citoyens-acteurs qui souhaiteraient apporter leur pierre à l’édifice.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans la perspective du développement durable ?

Globalement, le projet s’inscrit dans la perspective du développement durable selon quatre points.

- Il favorise la mobilité durable. Celle-ci est rendue possible grâce à l’application « Nice City pass » destinée à mieux gérer le stationnement dans la ville. Il y a grâce à cette dernière moins d’attente pour trouver une place autour du boulevard connecté, et donc moins de pollution.

- Il favorise l’économie d’énergie. Grâce à  son nouveau système de gestion de l’éclairage public, Nice peut réguler chaque réverbère en fonction de la luminosité ambiante du boulevard (pleine lune, phares de voitures nombreux, nuit qui tombe plus tard en été,…).

On peut ajouter que ce système diminue la pollution lumineuse, rendant la marche des passants plus agréable.

- Il contribue à la réduction des émissions de CO2. Notamment celles rejetées par les camions du service propreté de la ville. Les containers du boulevard expérimental sont désormais équipés de capteurs qui renseignent sur leurs degrés de remplissage. Les tournées de ramassage des ordures s’en trouvent optimisées. Il n’y a plus de ramassage inutile.

- Il permet une meilleure gestion de la qualité de l’air grâce à un dispositif d’analyse en temps réel. Celui-ci étant relié au réseau unique mutualisé, la récolte des données permet à la municipalité de réagir vite afin de décongestionner la ville de ses voitures (fermeture provisoire de certaines rues, invitation des automobilistes au covoiturage ou à voyager par les transports en commun, etc.)

- Il favorise la baisse de la pollution des ondes radios grâce à un réseau mutualisé unique. Et non pas plusieurs réseaux se superposant les uns sur les autres.

Est-il possible de mettre en place ce projet dans d’autres villes françaises ? Quels seraient les obstacles (logistiques, financiers) ?

Oui, c’est tout à fait possible. Néanmoins, la faisabilité d’un tel projet dépend de quatre facteurs principaux.

En premier lieu, Il faut une volonté sans faille de la part de la ville, depuis le maire et les élus jusqu’aux services techniques. Une gouvernance forte est nécessaire pour garder le cap, réaliser les arbitrages, mettre en place les organisations adéquates. En deuxième lieu, il faut adapter les process pour tirer avantages des nouvelles applications de la ville connectée. La ville connectée décloisonne les informations, casse les silos. Or les services municipaux fonctionnent la plupart du temps séparés les uns des autres et de nouveaux process doivent être redéfinis.

En troisième lieu, il faut que les villes aient les dispositions techniques nécessaires afin d’accueillir un tel dispositif. La direction informatique et télécoms doit travailler en collaboration avec les directions métiers et étendre son domaine de compétences afin de garantir le bon fonctionnement des chaines techniques déployées. Elle est également amenée à gérer un jeu de données nettement plus important. Cela demande une technicité qu’une petite commune ne possède généralement pas.

Enfin, il faut trouver un modèle économique durable où des nouvelles applications vont générer des revenus ou des économies afin de grandement financer les autres applications socialement utiles et permettre d’inscrire le projet dans le temps.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la ou les applications socialisantes qui ont vu le jour dans le cadre de ce projet ?

Depuis le début de l’expérimentation il y a un mois, nous avons lancé une première application à visée socialisante du nom de Digital Graffiti. Celle-ci sera prochainement disponible sur l’App Store. Elle propose plusieurs services destinés aux habitants niçois et touristes de passage.

Grâce à son système de géolocalisation couplé au procédé de réalité augmentée, les utilisateurs pourront bénéficier en temps réel d’informations  sur l’histoire culturelle de la ville (monuments, musées, architecture, …). Ils auront aussi accès à un réseau social dédié qui leur permet de partager des bons plans, des retours d’expérience (hôtels, restaurants, …), et de se donner rendez-vous plus facilement grâce à un système de messagerie novateur. Enfin, les utilisateurs auront accès à un fil d’actualité reliant l’ensemble des informations municipales de Nice (travaux, événements culturels, etc.).

Cette application en constante évolution possèdera aussi un volet économique intéressant. En effet, les commerçants locaux auront la possibilité de faire la promotion du savoir-faire de leur enseigne.

Pensez-vous que l’avènement de l’Internet des objets en milieu urbain soit un des leviers essentiels pour des villes du futur plus responsables écologiquement et socialement ?

Oui, tout à  fait. Car l’Internet des objets permet une meilleure visibilité en temps réel de la logistique d’une ville. Les processus d’optimisation de ses services  (stationnement, propreté, énergie, administratif, transports en communs, qualité de l’air etc.) sont gérés plus efficacement, et répondent mieux aux attentes sociales et écologiques de la ville. Une information rapide et participative permet une action efficace et adéquate, plus en lien avec les aspirations des protagonistes d’une ville : ses habitants.

Comment imaginez-vous la ville du futur ?

J’imagine une ville qui favorise le contact humain tout en proposant à ses concitoyens des services performants tant du point de vue administratif, social, qu’écologique. En clair, une ville du bien vivre où la vie est « fluide », agréable et participative.

Merci à Olivier Seznec d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Propos recueillis par Mathieu Viviani

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