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La nouvelle économie climatique

USA / / Amérique du nord

Dans le cadre de sa toute dernière évaluation globale des preuves du réchauffement climatique, le Groupe d’experts intergouvernemental des Nations Unies sur l’évolution du climat a démontré les raisons pour lesquelles les climatologues internationaux sont plus catégoriques que jamais quant à la responsabilité de l’activité humaine – et principalement des combustibles fossiles – dans l’augmentation des températures et du niveau des mers.

Ces dernières années, un certain nombre d’événements climatiques extrêmes – ouragan Sandy à New York et dans le New Jersey, inondations en Chine, ou encore sécheresses dans le Midwest américain, en Russie ainsi que dans de nombreux pays en voie de développement – ont engendré des dommages considérables. Dernièrement, le Mexique a été frappé simultanément dans sa région Pacifique et dans le Golfe du Mexique par des ouragans qui ont laissé derrière eux des villages et des villes dévastés. Le changement climatique est voué à constituer un moteur majeur de telles catastrophes, sachant que nous risquons encore bien pire.

Ceci soulève une nouvelle question au centre du débat : celle de savoir comment réconcilier action renforcée en direction de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et croissance économique solide.

Ce débat se révèle d’ores et déjà générateur de controverse. La plupart des États ayant commencé à investir sérieusement dans les énergies renouvelables, nombre d’entre eux mettant par ailleurs en oeuvre des tarifs et réglementations en matière de carbone, certaines critiques font valoir le risque soulevé par de telles politiques à l’égard de la croissance. L’économie internationale s’efforçant encore aujourd’hui de se remettre de la crise financière de 2008, la hausse des prix de l’énergie – à ce jour pas encore compensée par une plus haute efficience énergétique – suscite l’inquiétude des entreprises comme des responsables politiques.

L’avènement du gaz de schiste a par ailleurs encore davantage compliqué le débat autour des énergies. Si le gaz venait à remplacer le charbon, ce premier pourrait constituer une voie efficace vers un avenir à faible empreinte carbone. Or, de manière tout à fait étonnante, c’est bien le charbon, combustible le moins écologique, qui connaît actuellement la plus forte augmentation d’utilisation. Et bien que les entreprises et les investisseurs se couvrent en procédant à une poignée de mesures d’efficience des ressources, investissant dans quelques actifs peu polluants, ils conservent pour autant en grande partie intacts leurs portefeuilles et activités à forte intensité carbone. Quant au caractère indécis des politiques qui s’observe dans certains pays, il ne contribue pas à simplifier les choses.

Les partisans d’une action écologique renforcée affirment de leur côté que la réalisation d’investissements dans le peu polluant serait de nature à générer une croissance plus propre, et beaucoup plus favorable. Ils font valoir la possibilité d’économies liées à une meilleure efficience énergétique, ainsi que les opportunités de marché générées par les technologies à énergie propre au fil du temps et à mesure de l’ancrage des processus de découverte et de connaissance. Ces partisans s’efforcent de démontrer les avantages qu’un modèle de développement plus durable pourrait conférer aux villes du monde entier, en matière de santé des personnes (réduction de la pollution de l’air), de sécurité énergétique, ainsi qu’en termes de capacité des populations les plus pauvres de la planète à accéder aux énergies. Ils proposent ainsi des obligations financières écologiques, et suggèrent aux banques publiques d’investissement de financer les nouvelles infrastructures et les nouveaux emplois, à une période caractérisée dans de nombreux pays par de faibles taux d’intérêt et une demande en pleine dépression.

S’il s’agit là de problématiques économiques sérieuses, les débats se perdent trop souvent dans des conflits idéologiques autour de la réponse appropriée à apporter à la crise économique, ainsi que de la valeur de l’intervention de l’État sur les marchés. Une réalité fort regrettable. Le changement climatique ne devrait pas constituer une problématique partisane, les politiques climatiques devant par ailleurs principalement reposer sur le marché. Le défi consiste à corriger les défaillances du marché afin que les marchés et l’entrepreneuriat puissent jouer leur rôle véritable dans la promotion de l’innovation ainsi que la répartition efficace des ressources.

Afin de surmonter cette impasse, nous avons participé au lancement de la Commission mondiale sur l’économie et le climat. Le projet de Nouvelle économie climatique proposé par cette commission réunit sept instituts de recherche politique majeurs issus de six continents, supervisés par un panel d’anciens responsables de gouvernement, ministres des finances et autres dirigeants d’entreprise éminents, conseillés par ailleurs par un groupe d’économistes de premier plan issus des quatre coins de la planète. L’objectif consiste à apporter de nouvelles preuves susceptibles de faire autorité concernant la manière dont les États et les entreprises pourraient atteindre une croissance économique plus forte, tout en appréhendant les risques liés au climat.

Peu de gouvernements et investisseurs considèrent le changement climatique comme le point de départ de leurs démarches. Ils ont davantage tendance à promouvoir l’investissement et la croissance économique, soutenir la création d’emplois, s’efforcer de stabiliser les finances publiques, développer les marchés, engendrer des bénéfices, veiller à la fiabilité de l’approvisionnement énergétique et alimentaire, produire des biens et des services, lutter contre la pauvreté, ou encore bâtir des villes. Ainsi, la question essentielle qu’il nous faut nous poser ne consiste pas à savoir si nous sommes capables de réduire les émissions, mais à déterminer la manière dont les politiques publiques pourraient contribuer à atteindre ces objectifs fondamentaux tout en réduisant les émissions et en bâtissant une économie plus résiliente à l’endroit du climat.

Nombre d’expériences sont aujourd’hui à l’œuvre autour du monde dans ce domaine. À l’époque de la publication de la Stern Review sur l’économie du changement climatique, il y a de cela sept ans, le sujet revêtait une nature principalement théorique. Aujourd’hui, quel que soit leur stade de développement, tous les États visent un nouveau modèle de croissance économique qui prenne en compte la question climatique.

L’Allemagne travaille par exemple aujourd’hui à la transition énergétique la plus ambitieuse de la planète en direction d’une faible intensité carbone, qui reposerait sur la préservation des énergies ainsi que sur les énergies renouvelables. La Corée du Sud a par ailleurs fait de la « croissance verte » un thème économique central. La Loi générale de 2012 sur le changement climatique adoptée par le Mexique implique une promotion considérable des énergies propres. La Chine a placé le développement industriel des technologies vertes dans les priorités de son programme. L’Éthiopie s’efforce de s’orienter vers une agriculture à faible intensité carbone. Le Brésil a quant à lui significativement réduit le taux de déforestation en Amazonie.

Un certain nombre de sociétés majeures offrent de puissants exemples de ce qu’il est possible d’accomplir. Unilever s’est engagée en faveur d’un approvisionnement durable de ses produits liés à l’agriculture et aux forêts. Coca-Cola entreprend de renoncer à toute utilisation d’hydrofluorocarbones polluants. Le géant de la distribution, Wal-Mart, inscrit désormais la réduction des émissions au coeur de sa chaîne d’approvisionnement. De leur côté, la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement ont cessé de prêter aux usines à charbon les plus génératrices d’émissions.

De vraies questions demeurent cependant quant à la vitesse avec laquelle il conviendrait pour les économies de s’orienter vers une faible intensité carbone, et quant à la manière la plus efficace de le faire. Certaines politiques de réduction des émissions se révèlent clairement onéreuses, tandis que d’autres, à priori constitutives d’une option plus rentable, ne sont tout simplement pas envisagées. Toute transformation structurelle implique nécessairement des coûts, des compromis et des incertitudes, aspects qu’il est indispensable que nous comprenions pleinement.

Un certain nombre d’intérêts puissants s’opposeront inéluctablement à toute transition vers une faible intensité carbone, rejetant et bien souvent occultant les thèses des partisans d’une telle évolution. Il est en ce sens d’autant plus important de clarifier les choix entrepris. La science mettant de plus en plus précisément en évidence l’urgence de la question climatique, il est grand temps pour les économistes et les responsables politiques de s’attacher à y répondre.

Felipe Calderón et Nicholas Stern

Traduit de l’anglais par Martin Morel


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Derniers commentaires

  1. C’est étonnant qu’un expert comme Nicholas Stern cosigne la phrase du début: “ce premier (le gaz de schiste) pourrait constituer une voie efficace vers un avenir à faible empreinte carbone.”
    L’extraction du gaz de schiste s’accompagne de fuite de méthane directement dans l’atmosphère (le methane est 23 fois nocif en effet de serre que le CO2!), ce qui rend l’empreinte carbone de cette énergie comparable à celle du charbon (sans parler des risques de pollution des nappes phréatiques).

  2. Nous aimerions contacter Monsieur STERN afin de lui demander de l’aide pour nous opposer à la construction d’une 3° centrale à charbon dans notre petit territoire de 235 000 habitants. Cette centrale fera de nous un gros pollueur avec 38.6 T de CO2 / an / hab. ! Cordialement, Martine Cornaille