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Green et vert

De la désertification rurale à la déshumanisation urbaine

France / / Europe

Le partage, l’entraide, l’échange, le troc, le coopératif, autant de pratiques collaboratives qui ont construit pendant des siècles l’économie rurale. Avec le développement de l’économie industrielle du 19ème siècle et de la consommation dans la seconde moitié du siècle dernier, la ruralité s’est transformée.

© Barry Lewis

En soixante ans, on constate une métamorphose des structures agraires qui se traduit notamment par la division par dix du nombre d’actifs agricoles et la multiplication par quatre de la taille moyenne des exploitations. Les petites fermes ont fait place aux méga exploitations en grande partie subventionnées par l’Europe et plus dirigées par des gestionnaires que par des amoureux du vivant. Pendant ce temps là, les exploitants agricoles et surtout leurs descendants sont venus chercher refuge et emploi dans les villes, désertifiant par la même leur lieu de vie d’origine.

Malgré l’engouement de nombreux citadins pour le retour à la terre et à une vie plus simple mais plus enracinée dans le vivant et le mieux être, notre modèle économique actuel prône le développement de mégalopoles colorées en vert avec la construction d’écoquartiers et de buildings à énergies positives. La construction de ces villes durables et intelligentes vise la réduction des énergies et la concentration de population rendant plus aisé la maitrise des flux humains, économiques, écologiques, psychologique…

Ce nouveau concept de Smart Community, promouvant la construction de lieux de vie et de travail technologiquement intelligents permet de répondre à certaines exigences économiques et écologiques, mais prend-elle en compte les besoins de nos concitoyens ?

Ce modèle de développement s’appuie sur des vrais besoins en matière d’emploi, d’économie, d’énergie et de renouveau de l’habitat. Mais aussi et principalement sur des préoccupations financières qui amènent les constructeurs et autres acteurs de l’intelligence urbaine à centrer leurs efforts sur les grandes villes plutôt que sur les territoires ruraux. La rentabilité des villes et du développement du péri-urbain prend le pas sur l’investissement dans les territoires. La déshumanisation des villes s’accroit au même rythme que la désertification rurale.

Sur les 36685 communes françaises, seulement  2000 d’entre elles dépassent les 5000 habitants et la plupart se situent en périphérie des grandes villes.

En projetant  ce modèle dans l’avenir, nous pourrions imaginer des villes de plusieurs millions d’habitants. Une partie vivant pauvrement dans les centres villes non rénovés et désinvestis, tandis que les autres habiteraient des écoquartiers flambant neuf avec la possibilité de travailler sur place ou de se déplacer jusqu’à 100 km via des transports rapides. Ils seraient alimentés par de très grandes exploitations agricoles et d’élevages positionnés autour des cités  afin de favoriser les circuits courts et nourrir cette population agglutinée, mais câblée. La consommation collaborative viendrait mettre un peu d’humanité en permettant à certains de vivre un semblant de collectivité. Dans le même temps, des îlots de rebelles réinvestiraient les hameaux, travaillant dans des exploitations agricoles écologiques afin de construire des lieux d’autosuffisance pour quelques familles. Puis le moment des vacances venu, le flot des citadins viendrait envahir l’intérieur des terres, achetant les produits bio des villages gaulois, découvrant le troc et la monnaie locale.

Naturellement, cette projection est une caricature d’un possible à venir. Elle s’appuie sur notre modèle de développement existant forgeant une grande partie des décisions étatiques ainsi que les choix écologiques et économiques. Le regroupement des équipements vers les grandes villes, l’optimisation du nombre des hôpitaux et des tribunaux en sont des exemples. Viendra sans doute prochainement le regroupement de certaines communes et à terme la suppression des conseils départementaux. Dans l’approche actuelle, cette démarche s’apparente à de la bonne gestion et ne fera que renforcer le modèle dominant.

Il est donc légitime de nous questionner sur la validité d’un tel modèle basé sur la destruction des ressources, la désertification de nos territoires pour une concentration des lieux de vie et des emplois.

Nous pourrions imaginer un modèle alternatif prônant des lieux de vie à taille humaine, des zones économiques réparties dans toute la France, y compris les territoires ruraux. Cette nouvelle vision nécessiterait des moyens de transports plus écologiques, rapides et inter-régions. Elle favoriserait sur l’ensemble du territoire le développement et l’implantation d’entreprises, sources d’emplois et de dynamique sociale, facilités par l’installation du digital haut débit. Elle prônera l’émergence de villes de taille intermédiaire avec des éco-villages. Les collectivités s’appuyant sur les services de l’Etat et leur délégation d’actions développeraient les structures nécessaires au vivre mieux ensemble en s’appuyant sur l’intelligence collective que j’appelle également des « Human Smart Community ». L’économie du partage et circulaire permettrait de réduire nos besoins, vivre mieux ensemble avec moins, et réduirait considérablement notre empreinte écologique individuelle et collective.

Un tel modèle nécessite à la fois de la volonté politique mais aussi la responsabilisation de chaque individu. Nous sommes tous auteur du monde que nous vivons. Nous devons passer d’une posture de consommateur à une posture de local acteur. C’est dans ce sens que la société «Human Smart Community » a édité sa plateforme collaborative locale www.monecocity.fr, relayée par des structures associatives locales situées tant au niveau urbain que dans les territoires ruraux. L’association Circuits cours de Villeneuve sur Lot et Nous & Co de Nantes sont les premiers partenaires locaux à piloter en autonomie monECOCITY. En tissant un réseau de pilotes autonomes et interdépendants sur l’ensemble du territoire nous expérimenteront collectivement une dynamique d’économie solidaire portée par des local’acteurs.

Ré-humanisons nos grandes villes en favorisant cette économie du partage et enraillons la désertification de nos territoires en accompagnant l’intelligence collective et les solidarités pour un modèle moins consumériste mais plus vivant.

Francis Karolewicz

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