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GDF Suez : non, Gérard Mestrallet ne touchera pas 21 millions d’euros

France / / Europe

« Une information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d’une. Et c’est toujours la fausse qui reste dans les mémoires » disait l’écrivain et journaliste Yvan Audouard. Un adage qui est encore mis à l’épreuve aujourd’hui lorsqu’on parle du prochain départ à la retraite de Gérard Mestrallet. Un article paru dans le Canard enchainé annonce une retraite-chapeau pour le PDG de GDF Suez de 21 millions d’euros, montant qui crée la polémique et fait gronder la CGT. Or, cette somme démesurée est officiellement fausse. Chronique d’un scandale fabriqué de toutes pièces. 

Un départ en retraite instrumentalisé

Le tour est habile, reconnaissons-le. Prendre le départ en retraite d’un dirigeant d’une des entreprises les plus importantes de France, quatrième plus grand groupe mondial de l’énergie, sortez un chiffre astronomique, mélangez le tout et vous aurez une polémique en bonne et due forme, racoleuse à souhait, n’attendant plus qu’à être récupérée par n’importe quel journaliste en manque de sujet choc. La retraite à huit chiffres d’un grand patron dans une époque de crise, ça fonctionne toujours. Le Canard enchainé ne s’y est pas trompé, la présumée retraite chapeau à 21 millions d’euros de Gérard Mestrallet questionne désormais toute la presse et les Français

« Des modalités de retraites hors de l’entendement » s’insurge la CGT qui exige des précisions à ce sujet. D’aucuns se demandent si celui qui est resté à la tête du groupe pendant 19 ans ne devrait pas renoncer à sa retraite. Tout le monde y va de son petit commentaire, de son analyse concernant une situation déséquilibrée qui voit s’enrichir un patron au moment où son entreprise engage un plan de rigueur de 4,5 milliards d’euros. L’occasion pour les syndicats et le monde économico-médiatique d’avoir l’opportunité de s’offusquer une nouvelle fois sur ces fameux grands patrons qui s’en mettent plein les poches pendant que leurs salariés travaillent dur.

Seulement, en s’attaquant à Gérard Mestrallet, on prend dans son viseur la mauvaise cible, tout simplement parce que les 21 millions d’euros n’ont rien à voir avec la véritable somme que touchera l’homme dont le mandat s’achèvera en mai 2016. « Au terme de son activité, il ne touchera absolument pas la somme de 21 millions d’euros », assure GDF Suez. Bouc émissaire ? Le départ en retraite de Gérard Mestrallet fait figure d’occasion « rêvée » pour nourrir les fantasmes les plus fous et les ressentiments les plus forts envers le haut patronat. Un défouloir facile. Reste à savoir si le démenti arrivera à séduire davantage l’opinion publique.

Gérard Mestrallet percevra « 28 % de sa rémunération de référence »

831.641 euros. Voilà la somme annuelle qui sera attribuée au PDG de GDF Suez une fois à la retraite, selon le document de référence 2013 du Groupe, soit 28 % de sa rémunération de référence. Le Groupe précise alors que « l’ensemble de la rémunération de Gérard Mestrallet, y compris sa retraite, a été validé par les Assemblées Générales d’actionnaires de 2009 et 2012 à 99,55% ». On sait également que « ces dispositions ont été également visées par le Conseil d’administration du Groupe ». L’’entreprise est donc légale et transparente, l’information est accessible pour quiconque s’y intéresserait de près.

Alors oui, cela reste toujours beaucoup d’argent pour la majorité des Français et on pourrait continuer le débat sur l’indécence de telles sommes durant des heures. On pourrait aussi très bien remettre les choses en perspective et considérer que Mestrallet mène le gouvernail GDF Suez depuis près de 20 ans pour aujourd’hui en faire un des énergéticiens les plus importants au monde, premier producteur indépendant d’énergie.

Actif dans le secteur énergétique, dans l’essor des énergies renouvelables mais aussi dans la gestion de l’eau ou la conservation de la biodiversité, le Groupe est parvenu à diversifier ses actions en essayant de répondre du mieux qu’il soit aux problématiques environnementales. GDF Suez a réalisé en 2013 un chiffre d’affaires de 53 milliards d’euros, recrute plus de 9.000 personnes par an et ses investissements annuels s’élèvent à 8 milliards d’euros.

On pourrait décider de prendre du recul et se rappeler que l’homme a régulièrement renoncé aux stocks options. Où on pourrait occulter tout ceci et se rallier au discours emprunt de démagogie qui nous pousse à cracher sur les rémunérations de ces grands patrons sans se demander vraiment s’ils le méritent. On pourrait faire tout ça en utilisant le conditionnel utilisé pour annoncer cette retraite-chapeau.

Ces 21 millions d’euros sortis de nulle part ont atteint leur objectif en faisant couler de l’encre et en indignant ceux qui devaient s’indigner. En même temps, les paris étaient plutôt simples pour ceux qui auraient voulu miser gros sur les réactions que ce faux scandale pourrait provoquer. Le ministre des Finances Michel Sapin a déclaré à ce sujet que « le gouvernement restait attentif aux chefs d’entreprises qui parfois prennent leurs aises en matière de rémunérations, quelles que soient leurs formes ». Pas sûr que « prendre ses aises » corresponde bien à l’idée de diriger un groupe d’envergure international pendant deux décennies et être rémunéré en conséquence.

 

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