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Linky : faut-il croire les idées reçues ?

Le déploiement d’ici 2021 de 35 millions de compteurs communicants Linky est une opération d’envergure qui concerne tous les Français, qui verront leur compteur électrique ancestral être remplacé par un compteur beaucoup plus évolué, connecté, qu’on dit « intelligent ». Sur le plan industriel, mais aussi et surtout sur celui du développement durable, ce compteur est porteur de promesses considérables, préfigurant une révolution du modèle énergétique actuel. En marge de l’enthousiasme que le boitier d’ERDF suscite, certaines voix se font entendre pour pointer les dangers sanitaires et économiques dont il serait porteur. 

Un boitier sans danger pour la santé ?

Premier argument à charge, revenant sur le tapis depuis quelques années – depuis le dévoilement des premiers prototypes vert anis d’ERDF en fait – Linky serait cancérogène. La faute aux rayonnements électromagnétiques (REM) dont il est à l’origine. La chose a de quoi inquiéter, et c’est bien légitime.

Des études sérieuses ont été menées sur le sujet. On se rassurera en apprenant qu’elles ont toutes conclu à l’innocuité de l’appareil, comme le rappelle le ministère de l’Ecologie dans sa réponse écrite du 16 septembre 2014 : « Une expertisemenée par le Centre de recherche et d’informations indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques, à la demande du syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l’électricité et les réseaux de communication (SIPPEREC), du syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire (SIEIL) et du syndicat intercommunal de gestion des énergies de la région lyonnaise (SIGERLY), autorités organisatrices de la distribution d’électricité, a confirmé qu’il n’y avait pas de risque sanitaire aigu ni de risque d’effets physiopathologiques à craindre en lien avec l’exposition aux rayonnements extrêmement et très basses fréquences, radiofréquences et hyperfréquences. Il apparaît ainsi que le niveau d’ondes électromagnétiques générées par Linky est conforme à la réglementation en vigueur et qu’il n’y a donc pas de risque sanitaire attaché à l’utilisation de ce compteur ». Michèle Bellon, alors présidente du directoire d’ERDF, de préciser : « Certaines mesures sont même entre 150 et 2.000 fois inférieures aux normes européennes en matière d’émission, voire se sont révélées à la limite du mesurable. »

Concrètement, des mesures prises en 2011 sur des boitiers montrent que le champ électrique de Linky se situe entre 0,14 et 0,59 V/m, alors que les recommandations européennes préconisent de ne pas excéder les 87 V/m. Le champ magnétique oscille quant à lui entre 0,005 et 0,16 mT, les normes européennes situant son plafond à 6,25 mT. On en est très loin.

Le Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM), pourtant connu pour son zèle à dénoncer les effets des REM dans l’environnement ambiant, va également dans ce sens : « Les compteurs électriques Linky utilisent des fréquences dans la bande de 3 kiloHertz à 148,5 kiloHertz (VLF et LF) et sont connectés par le courant électrique 50 Hertz en CPL (Courant Porteur en Ligne) à des concentrateurs. (…) Concernant les valeurs d’exposition aux champs d’induction magnétique afférentes aux radiofréquences (VLF-LF), elles sont in situ très faibles (…) ». Pour mémoire, le CRIIREM, une association écologiste, n’est pourtant pas un allié naturel des industriels : on se souvient du combat qu’ils ont mené contre les antennes relai et leur vice-Présidente, Michèle Rivasi, est l’ancienne présidente de Greenpeace, actuellement Députée européenne Europe Ecologie. Et pour cause, Linky, dont la puissance électrique est très basse (à peine 2 watts) émet moins d’ondes électromagnétiques qu’un réveil sur votre table de nuit… 

Il est également intéressant de souligner que l’installation des compteurs Linky ne nécessitera pas celle d’antennes relais supplémentaires, comme on l’entend parfois. En effet, les concentrateurs Linky, fonctionnant de la même façon que les téléphones portables (via GPRS), se servent du réseau de téléphonie mobile existant. De la même manière, la technologie CPL utilisée par Linky, contrairement aux Wifi et aux autres technologies radio, emprunte les câbles du réseau électrique existant en se superposant à l’onde électrique et n’émet donc pas d’ondes radio.

Des économies réelles pour les consommateurs

Parmi les autres critiques régulièrement exprimées contre les compteurs Linky, il y a la question de son coût de fabrication et d’installation et la réalité des économies réelles qu’il offrira post-déploiement. S’il y a là encore lieu de s’interroger, les réponses qui essaiment ici et là sont très souvent imprécises (et partisanes ?).

La fabrication et la pose des compteurs nécessiteront, selon l’ancien président d’EDF, Henri Proglio, une enveloppe globale de 5 à 7 milliards d’euros. Une somme qu’ERDF, la filiale d’EDF, promet de réunir sur ses fonds propres, sans aucun impact pour le consommateur. Les gains de productivité, notamment liés à la facilitation d’un grand nombre d’interventions comme le relevé de consommation, ici automatique, ou la détection des anomalies sur le réseau, permettront de compenser cet investissement. Sur le chapitre des gains effectifs pour le consommateur, une étude réalisée par l’ADEME et le Conseil mondial de l’énergie en 2010 indique que les compteurs communicants type Linky, grâce à « une information individualisée et régulière du consommateur peuvent engendrer une économie d’électricité allant de 4,5 % à plus de 11 % ». En tout, l’ADEME estime à 1,2 milliard par an les économies d’énergie induites par Linky.  Ces économies seront notamment rendues possibles en pratiquant la méthode de l’effacement, qui consiste à réduire sa consommation en périodes de pointe, durant lesquelles l’électricité est plus chère. Linky invitera en effet les Français à prendre le contrôle de leur consommation, contribuant au passage d’un système à structure pyramidale et centralisée vers un système horizontal, où chacun deviendra acteur. Pour piloter cet effacement, les consommateurs seront prévenus directement lorsque le prix de l’électricité incitera à une réduction de consommation.

Le projet de loi sur la transition énergétique prévoit également la création d’opérateurs d’effacement négociant sur un « marché de capacité », et mettant en place un effacement diffus consistant à lisser simultanément la consommation de milliers de logements contractuellement volontaires. Concrètement, ces opérateurs éteignent un court laps de temps le chauffage ou la climatisation du client, qui bénéficie en contrepartie d’un coût d’électricité plus avantageux, en plus de ses économies d’énergie. Et ces économies ne sont pas négligeables, permettant selon l’ADEME un gain de l’ordre de 13,2% de la consommation totale journalière, pour un effacement de 20 minutes en moyenne par heure.

Si la charge financière du mécanisme sera imputée aux consommateurs via la contribution au service public de l’électricité (CSPE), il semble étrange de s’en indigner, puisqu’il est évident que les opérateurs d’effacement auront pour objectif de faire réaliser des économies plus importantes aux consommateurs que ce qu’ils leur coûtent. Autrement dit, protester contre la création de ce métier revient à protester contre un coût supplémentaire (ce qui est bien légitime) sans mesurer que ce coût engendrera des économies bien plus importantes que lui. Peu de chances, en effet, que cet alourdissement de la CSPE atteigne les 13,2% d’économies que l’effacement de consommation offrira potentiellement aux foyers.

Des données verrouillées à double tour

En 2010, la Commission nationale Informatique et Libertés (CNIL) redoutait de possibles dérives d’utilisation des données récoltées par Linky. Deux ans plus tard, elle formulait des recommandations, qu’ERDF a toutes suivies, afin que ces données ne puissent être exploitées pour des motifs commerciaux sans l’accord explicite du consommateur. Autrement dit, peu de chance de voir débarquer Big Brother chez soi, puisque les informations transmises au fournisseur et les possibilités d’intervention qui seront siennes seront à la discrétion du client. Sans son accord, rien ne sera possible.

Par ailleurs, le piratage de ces données par des tiers malveillants est lui aussi hautement improbable. Déjà parce que les hackers n’ont a priori que peu d’intérêt à savoir à quelle heure chacun prend sa douche ou active son micro-ondes. En plus, parce que même si c’était le cas, les échanges entre le compteur et le concentrateur sont cryptés par un système conforme au Green Book COSEM, grâce à un algorithme AES 128 bits, soit un protocole de très haut niveau.

Linky est un maillon essentiel du système de réseaux intelligents appelé à se généraliser sur l’ensemble du territoire français. Plus encore que de constituer « la première brique » des smart grids, il en est la condition sine qua non. Le propos de cet article n’est bien évidemment pas de dire que son caractère nécessaire en fait de facto un objet parfait. Il est simplement d’essayer d’écorner les idées reçues circulant autour de lui, souvent fausses. Pourquoi ? Parce que ce boitier communicant ne s’avèrera efficace que si chacun y met du sien (via l’effacement notamment), et que la désinformation d’une partie de la population contient un caractère dangereux, en cela qu’elle compromet en partie la réussite des smart grids et, partant, de la transition énergétique, dont ces derniers constituent une des principales lignes de force. Pour éviter que ce renouveau du modèle énergétique fasse pschitt, les acteurs des smart grids, ERDF en tête, auront sans doute à faire beaucoup de pédagogie dans les mois et années à venir, afin d’expliquer aux Français que Linky n’est pas un instrument dirigé contre eux, mais pensé au contraire pour leur permettre de contribuer à tisser les contours d’un monde où le développement durable, les énergies renouvelables, la décarbonisation ne sont pas des vains mots.

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