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Afrique : le Gabon à l’avant-garde du développement durable

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Le 17 avril dernier, dans l’hôtel de ville de Paris, à l’initiative de l’ancien ministre français Jean-Louis Borloo et d’Anne Hidalgo, maire de Paris, une trentaine d’élus de capitales et grandes villes africaines se sont regroupés afin de mettre en selle un vaste programme de  développement de “l’électrification durable” du continent. Les maires africains ont à cette occasion lancé un “appel de Paris” pour inciter les acteurs publics et privés à investir massivement dans l’électrification de l’Afrique. En fer de lance de ce mouvement, le Président de la République gabonaise, Ali Bongo Ondimba, avait fixé pour objectif de doubler la capacité énergétique du pays pour la porter à 1000 MW, tout en réduisant progressivement la part produite à partir des énergies fossiles. Retour sur une politique de développement durable et sur ses acteurs.

L’Afrique encore à la traine

Aujourd’hui, deux Africains sur trois n’ont pas accès à une source d’électricité proche et continue. En raison d’une insuffisance notoire en infrastructures, notamment dans les zones rurales, 600 millions d’Africains sont condamnés à vivre dans l’obscurité, dès la tombée de la nuit. Même les grandes capitales comme Johannesburg ou Accra n’échappent pas à de fréquentes coupures de courant. Les réseaux sont vétustes et peinent à suivre l’envolée de la demande, au rythme de la croissance démographique. Cette pénurie ralentit considérablement la croissance du continent, en défavorisant l’entreprise et la connectivité – facteur majeur du développement économique mondial. Le plan Power Africa, présenté par le président américain Barack Obama en août 2013, initiative qui avait fixé pour objectif de doubler l’accès à l’électricité en Afrique en 2018, n’est pour l’instant pas couronné du succès escompté, et le berceau de l’humanité est aujourd’hui encore largement plongé dans la pénombre.

Le paradoxe africain vient de ses capacités importantes – particulièrement en matière d’énergie photovoltaïque – injustement exploitées faute de moyens, une situation expliquée par Assane Seydou, maire de Niamey au Niger : “Nous sommes producteurs de pétrole et de gaz, depuis peu c’est vrai. Nous sommes ensoleillés 365 jours par an pendant 12 heures par jour. Et malgré tout ça, paradoxalement, le taux d’électrification est largement en deçà de l’espérance de nos populations.” Le problème est donc le coût des technologies. A ce propos, le maire de Dakar, Khalifa Sall déplorait un manque de soutien du monde développé : “Le mode de financement sera le problème parce que l’Europe est en crise, le monde est en crise, rappelle-t-il. Il ne faut pas s’attendre à ce que les pays développés nous fassent des dons.” Pourtant, électrifier l’Afrique est possible. L’exemple du Maroc, où le taux de connexion au réseau électrique est passé de 15 à  plus de 90% en dix ans en dit long.

Le sujet de l’électrification verte des économies du Sud est crucial. De nombreux observateurs avaient estimé qu’il était l’un des principaux facteurs ayant causé l’échec du sommet sur le climat de Copenhague, en décembre 2009. L’aide au financement par les pays industrialisés – et largement responsables du dérèglement du climat – d’un développement sobre en carbone du reste de la planète s’impose pourtant comme une nécessité incontournable. Le plan Power Africa en est un exemple – peu concluant. À quelques semaines du lancement la COP 21, “l’Appel des Maires africains pour une électrification durable” en est un autre, qu’il serait inconscient de ne pas soutenir. Aujourd’hui, on estime que 200 milliards d’euros devraient être investis pour atteindre cet objectif d’électrifier le continent africain d’ici à 2025. Certains Etats, conscients de la nécessité d’un développement dont l’empreinte écologique se doit d’être réduite, se sont engagés de plain-pied dans la voie du développement vert, et sont allés chercher en Europe et ailleurs des soutiens pour permettre à l’Afrique de s’électrifier dans les meilleures conditions possibles.

Le Gabon poussé par Ali Bongo et Maixent Accrombessi

L’un des premiers dirigeants a avoir pris conscience de cet enjeu majeur est le chef d’Etat gabonais Ali Bongo Ondimba. Très tôt – dès 2010 – il s’est saisi du problème, et a engagé le pays dans une voie solidement ancrée dans l’écologie, tout en oeuvrant pour le développement économique et énergétique, tirant parti des capacités présentées par l’économie verte. Ainsi,  afin de soutenir l’ambition en termes d’industrialisation “durable” et d’améliorer les conditions de vie de ses concitoyens, le président de la République gabonaise a fixé pour objectif de doubler la capacité énergétique du Pays pour la porter à 1000 MW, tout en réduisant progressivement la part produite à partir des énergies fossiles. La collaboration étroite avec les différents ministres de l’Eau et de l’Energie notamment, Messieurs Etienne Ngoubou et Désiré Guedon, a  permis de structurer les financements nécessaires afin d’effectuer les importants investissements dans le secteur de l’électricité.

La livraison en 2013 de la centrale thermique d’Alénakiri (Libreville) d’une capacité de 70 MW en est un exemple. Les travaux du barrage de Grand Poubara (dans la province du Haut-Ogooué au Sud Est du Gabon) d’une capacité de 160 MW en est un autre. Le Gabon doit cette attention toute particulière portée au développement durable à une bonne fée qui a longtemps évolué dans l’entourage de la présidence, et a su convaincre de la nécessité autant que de l’intérêt économique qu’il y avait à penser vert, à une époque où peu de pays en voie de développement s’encombraient de considérations environnementales. Ce visionnaire n’est autre que l’homme à la manœuvre du Gabon, Maixent Accrombessi. A son arrivée, en 2010, au poste de directeur de cabinet du président, Accrombessi lance les grands projets  d’électricité propre dont le pays peut aujourd’hui se vanter. Ces réalisations favorisent non seulement la population, mais elles sont attractives pour les investisseurs étrangers. Un avantage majeur sur des pays ayant entamé leur révolution énergétique plus tardivement.

Une des idées-forces de l’initiative des maires africains en faveur de l’électrification du continent est de créer une Agence intergouvernementale africaine, dirigée par des Africains, pour gérer ces financements et piloter les projets. La question derrière cette initiative est simple : qui paiera la facture, estimée à 200 milliards d’euros sur les 10 ans à venir ? Si un quart de la somme était apporté par des bailleurs publics, les investisseurs privés pourraient financer le reste assurait l’ancien ministre français Jean-Louis Borloo, président de la fondation Energies pour l’Afrique. La condition est donc de convaincre tous les acteurs. Pas une mince affaire, mais le jeu en vaut la chandelle.

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