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Derrière Dominique Nouvian, la diplomatie féminine ivoirienne est en marche

/ Afrique

Tandis qu’elle se prépare à élire son président de la République, la Côte d’Ivoire ne peut plus ignorer l’importance et le rôle joué par les femmes dans le pays. Si l’égalité hommes-femmes est encore balbutiante, des actions sont tout de même entreprises pour équilibrer la balance, comme la création, par la première Dame Dominique Nouvian, plus connue sous le nom de son mari Ouattara, d’un Fonds d’appui aux Femmes.

« Je suis jolie, indépendante, j’ai ma voiture. Je n’ai pas besoin de vivre aux crochets de quelqu’un, mais ça effraie les hommes. » Mariam, responsable des relations publiques d’un site de vente et location immobilières, est ivoirienne. De confession musulmane – comme la moitié de la population du pays –, la jeune femme de 31 ans subit la pression de ses parents, qui la poussent au mariage. « Mes parents ne me laisseront pas me marier avec un non-musulman », déplore-t-elle, tout en reconnaissant que, « quand on y réfléchit, partager la même religion permet de régler plus facilement les problèmes entre les familles ». Comme Mariam, des milliers de femmes en Côte d’Ivoire subissent encore les effets d’une tradition éculée. « C’est encore très mal vu d’être une femme vivant seule, même à Abidjan », reconnait-elle. Moins féministe que diplomate, la jeune cadre milite pour un progressisme qui tend vers l’égalité hommes-femmes dans son pays et, plus largement, en Afrique.

Les Ivoiriennes s’affranchissent petit à petit des traditions éculées

Les principales intéressées le reconnaissent elles-mêmes : le dépassement de la doxa religieuse – musulmane ou catholique – en Côte d’Ivoire est compliqué. Surtout du point de vue du rôle de la femme en tant que génitrice : « On te renvoie sans cesse à ton statut de non-mère, parce qu’enfanter est une évidence pour tous », témoigne Félicité, 37 ans. « Avec ou sans mari, tu dois perpétuer ton clan. La preuve, quand j’ai accouché, personne ne m’a interrogée sur le père. » Pourtant, mettre au monde un enfant en dehors du mariage est encore très mal vu dans la société ivoirienne. Abdallah Djiguiba Cissé, l’imam de l’une des plus grandes mosquées d’Abidjan, reçoit beaucoup de femmes qui recherchent à tout prix « un mari pour apporter un cadre moral à leur grossesse. »

La présence d’un homme – et son importance aux yeux des autres – auprès d’une femme, n’intéresse pas que la maternité ou l’éducation des enfants. En Côte d’Ivoire, comme dans d’autres pays d’Afrique, on continue de conditionner l’épanouissement de la femme au mariage et donc à une présence masculine. Certaines Ivoiriennes tentent pourtant de s’affranchir de ces règles : mère d’une petite fille de trois ans et cadre dans une société de communication, Amie a décidé de quitter son mari peu après la naissance de leur enfant. « J’ai réalisé que j’étais dans une relation où je ne pouvais pas m’affirmer, alors j’ai décidé d’y mettre un terme. Mes parents ont insisté pour que je reste avec lui et m’ont demandé d’être soumise, mais vu que je me prenais en charge financièrement, j’ai pu leur imposer mon point de vue. »

Comme Amie, de plus en plus de femmes ivoiriennes poussent leurs études assez loin pour être diplômées et obtenir des postes haut placés par la suite. Mais là encore, la tradition selon laquelle une femme doit rester dépendante de la gente masculine, s’en mêle. Dès qu’un homme s’aperçoit qu’il a affaire à une femme instruite et qui peut s’assumer financièrement, il s’éloigne. Le témoignage de Félicité est extrêmement révélateur : « Un jour, l’un d’eux m’a avoué qu’après avoir vu que j’avais pu meubler moi-même mon appartement, il n’aurait jamais les moyens de m’offrir quoi que ce soit à la hauteur, donc que je n’aurais aucune raison de lui accorder mon respect. »

Le Fonds d’appui aux femmes ivoiriennes de Dominique Nouvian, un bon début

La Côte d’Ivoire, au-delà d’une tradition parfois encore pesante, c’est aussi des femmes, comme Mariam, Félicité et Amie qui se battent pour faire avancer la cause féminine – et non féministe. La première d’entre elles, s’il en fallait une, ne serait autre que la première Dame elle-même. Dominique Nouvian, l’épouse du président Alassane Ouattara, réputée pour son engagement en faveur des enfants les plus démunis et des femmes, a mis en place, en 2012, le Fonds d’appui aux femmes ivoiriennes (FAFCI).

Ce fonds de crédit à taux réduit, logé dans les livres de la Banque Atlantique de Côte d’Ivoire, permet à celles qui le demandent de créer ou d’étendre une activité génératrice de revenus. A l’origine doté d’1 milliard de francs CFA (environ 1,5 million d’euros), le fonds doit permettre, in fine, aux femmes, d’accéder à des ressources financières et de les sensibiliser à la gestion des activités sources de revenus. En août dernier, le chef d’Etat ivoirien a annoncé l’augmentation du capital du FAFCI, de 6 à 8 milliards de francs CFA. Récemment, Dominique Nouvian a annoncé elle-même l’octroi de 500 millions de francs CFA aux femmes de la région du Sud-Comoé, à l’extrême sud-est du pays.

Depuis quelques années en Côte d’Ivoire, sous l’impulsion de femmes volontaires bien aidées par la détermination de la première dame, les Ivoiriennes donnent de plus en plus de voix. Et tandis qu’approche à grands pas l’élection présidentielle – prévue le 25 octobre prochain –, elles ont décidé de peser dans la balance électorale. Cinq organisations féminines – des journalistes, des chercheures et des défenseures des droits de la femme – ont souhaité s’associer afin de recevoir, un à un, les candidats au scrutin présidentiel, et connaître leur programme en faveur des femmes ivoiriennes. Au-delà de l’échéance électorale, elles désirent, par la création de ce cadre d’échange, former la population aux enjeux publics et politiques. Afin de « faire comprendre aux politiques qu’elle attend d’eux autre chose que du vent », d’après l’une des initiatrices du projet. Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle, il devra assurément compter avec la gente féminine de son pays. Car une chose est certaine : la diplomatie féminine, en Côte d’Ivoire, est en train de porter ses fruits.

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