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Produire plus d’énergie tout en émettant moins de gaz à effet de serre : le défi mauritanien

/ Afrique

Les 195 pays attendus à Paris du 30 novembre au 11 décembre pour la COP21 avaient jusqu’au 1er octobre minuit pour rendre leur copie. L’idée : présenter leurs engagements dans le sens d’une réduction du réchauffement climatique. Avec un projet de réduction de 22,3% de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, la Mauritanie s’est fixée des objectifs ambitieux – une volonté confirmée lors de la visite du ministre de l’Energie, M. Mohamed Salem Ould Bechir, au colloque intitulé « Les défis de l’Afrique face au changement climatique », organisé par le Sénat français le 5 novembre dernier. Une prouesse d’autant plus grande que l’accès à l’électricité en Mauritanie est encore difficile, et que cette baisse des GES devra donc aller de pair avec un accroissement du taux d’électrification.

L’Afrique déterminée à faire bonne figure

Le 24 septembre dernier, la Mauritanie soumettait son plan d’action climat à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), à l’occasion de l’ouverture de la conférence de Bonn, dernier rendez-vous préliminaire avant la COP 21. Objectif de cette rencontre : préparer les débats avant Paris, et inciter les États à fournir un plan ambitieux de réduction des gaz à effet de serre. Si les observateurs ont majoritairement estimé qu’il s’agissait d’un échec relatif, ils ont en revanche très largement applaudi les engagements africains.

« C’est la première fois qu’autant de pays (africains, ndlr) contribuent, c’est un énorme progrès, nous ne sommes pas loin du grand chelem », s’enthousiasmait ainsi Pierre Radanneexpert en énergie et climat et membre du Comité d’organisation de la COP21. « Les États africains ont joué le jeu de l’atténuation alors qu’ils étaient davantage attendus sur le terrain de l’adaptation au réchauffement climatique », ajoutait Imène Ben Rabat d’Expertise France, organisme ayant accompagné l’élaboration des engagements d’une vingtaine d’États africains.

Le Sénat français, également désireux d’accompagner les pays africains dans la coordination logistique de ces engagements et dans la levée des fonds censés financer cette diète carbone, avait vu les choses en grand en organisant son colloque dédié à l’Afrique. Sous le haut patronage de Gérard Larcher, Président du Sénat, et à l’initiative de Jacques Legendre, ancien ministre, sénateur du Nord, et président du groupe d’amitié sénatorial France – Afrique de l’Ouest, de nombreux responsables politiques africains et français se sont rencontrés.

L’occasion notamment d’évoquer la spécificité africaine en matière d’énergie : « Alors que les pays d’Afrique sont faiblement émetteurs de gaz à effet de serre, ils sont déjà fortement impactés par les effets du changement climatique. (…) Nombre de pays du continent souhaitent intégrer la question du climat dans leurs politiques de développement et ainsi s’adapter dès maintenant aux impacts du changement climatique en exploitant leur potentiel en énergies renouvelables », soulignait le texte introductif de ce colloque.

La Mauritanie fonce vers les énergies renouvelables

La participation de la Mauritanie à cet évènement a été l’occasion pour le pays, par le biais de son ministre du Pétrole, de l’Energie et des mines, Mohamed Salem Ould Bechir, de revenir en détail sur ses engagements. Le pays appartient à la zone du Sahel africain la plus touchée par les sécheresses récurrentes depuis 1968. La désertification que connait la région a largement été aggravée par l’action de l’homme. « Cela a entraîné des conséquences directes sur un milieu déjà très précaire, à savoir la dégradation des conditions socio-économiques générales du pays et de l’environnement physique », déplorait le ministre. Résultats : baisse de 10% des réserves d’eau, extension des zones arides au sud du pays, baisse de la productivité des cheptels, développement de l’élevage périurbain – plus risqué en matière de sécurité alimentaire, etc.

Une situation prise au sérieux par l’Etat mauritanien qui, à l’initiative de son président Mohamed Ould Abdel Aziz, a lancé un certain nombre de projets a long et moyen termes afin de contrer ces effets collatéraux du réchauffement climatique. En mai 2013, la construction du premier parc éolien du pays, d’une capacité de 31,5 mégawatts, débutait, tandis qu’en avril de la même année était inaugurée la première centrale d’énergie solaire du pays, d’une capacité de 15 mégawatts.

La COP 21 permet au pays de revoir ses ambitions à la hausse grâce à l’assistance logistique étrangère, ainsi qu’à des flux d’investissements facilités pour financer sa croissance durable. La république islamique s’est d’ores et déjà engagée à une réduction de ses émissions de GES de 22,3% d’ici à 2030, soit 4.2 Millions de tonnes équivalent dioxyde de carbone (Mt eq CO2).  Les efforts pour y parvenir porteront principalement sur les secteurs de l’énergie, de l’agriculture, ainsi que sur les modes de production à faibles émissions (procédés industriels et déchets). 12% de cette réduction potentielle des émissions devront être réalisés par les moyens propres de la Mauritanie (il s’agit de la part inconditionnelle de la contribution). Le reste correspond à la part de réduction des émissions conditionnée au soutien international.

Avant de gagner la France, le ministre s’était par ailleurs rendu à Madrid, sur invitation de l’Union espagnole pour le solaire photovoltaïque, afin d’envisager de futures collaborations avec cette dernière. De même, le ministre mauritanien de l’Environnement et du Développement durable, Amedi Camara, a reçu en audience vendredi 30 octobre une délégation de l’Union Européenne, dans le but d’évoquer la question des échanges de technologies nécessaires à l’aboutissement d’un accord mondial sur le climat.

En multipliant de la sorte les rencontres et les initiatives fortes, Nouakchott se positionne clairement comme locomotive régionale dans la lutte contre le réchauffement planétaire, à l’approche de la COP21. Les efforts du pays en ce sens ne datent pourtant pas d’hier. Profitant d’importants gisements solaires et éoliens, la Mauritanie s’est engagée dès le début des années 2010 dans une politique de développement des énergies renouvelables. Ex Nihilo, elle a lancé de nombreux projets, et table sur un taux d’EnR de 20 % d’ici 2020. Des chiffres d’autant plus impressionnants que le taux d’électrification est voué à faire un bond dans le même temps (de 3 % en 2010, le taux d’électrification rurale devrait passer à 60 % en 2020, quand le taux d’électrification urbaine, de 50 % en 2010, devrait plafonner à 90 % au même horizon).

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