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La lutte contre le travail des enfants est l’affaire de tous, partout dans le monde

Ils sont employés de maison, ouvriers agricoles, descendent tous les jours au fond des mines… Comme l’écrit l’Organisation internationale du Travail (OIT), les plus malheureux d’entre eux sont réduits en esclavage, séparés de leur famille, exposés à des risques et des maladies graves, livrés à eux-mêmes dans les rues des grandes métropoles… Au moins 168 millions de mineurs dans le monde, soit 11 % de tous les enfants, sont contraints de travailler pour gagner leur vie et contribuer à la subsistance de leur famille. Selon l’Unicef, 115 millions d’entre eux exercent des activités dangereuses, soit des tâches qui mettent en danger leur santé et leur développement physique, qui compromettent leur éducation et les obligent à cumuler leurs activités scolaires et des activités professionnelles trop longues et pénibles pour eux.

L’OIT distingue, et elle a raison, les enfants ou adolescents qui sont forcés à travailler et ceux qui aident leurs parents à la maison, ou qui profitent des vacances scolaires pour se faire un peu d’argent de poche. Les premiers, hélas, se voient privés de leur enfance, de leur potentiel et même de leur dignité, car ils sont souvent confrontés aux pires formes d’exploitation. L’agence onusienne estime que plus de 58 % de ces enfants travaillent dans le secteur agricole, 25,4 % dans le secteur des services (autres que le travail domestique), 7,2 % dans l’industrie et 6,9 % dans le travail domestique.

Mais ce n’est pas tout. Près de 2 % de ces enfants travaillent dans des secteurs « non définis », une statistique qui donne froid dans le dos quand on imagine les réalités qu’elle peut recouvrir : esclavage, prostitution, vente de drogue, crime ou enrôlement comme soldats. Que faire face à cette situation ? C’est évidemment la question que nous devons tous nous poser, car le problème du travail des enfants ne concerne pas que quelques pays, mais bien l’ensemble de la communauté internationale.

Selon l’Unicef, près d’un enfant sur trois travaille en Afrique subsaharienne, soit quelque 69 millions d’enfants. Ils seraient près de 44 millions de mineurs concernés en Asie du Sud. Si ces deux zones sont particulièrement touchées, toutes les nations sans exception possèdent une part de responsabilité dans ce phénomène et doivent donc contribuer à y apporter une solution. Le travail des enfants est le produit de certaines normes sociales qui le tolèrent, mais il est d’une façon générale encouragé par la pauvreté, les situations d’urgence, les catastrophes naturelles, les graves inégalités et déséquilibres économiques mondiaux.

Aussi, il ne s’agit pas de désigner des coupables mais de faire en sorte que chaque pays, chaque groupe financier ou industriel, chaque citoyen accepte sa part de responsabilité afin qu’il puisse également faire partie de la réponse à donner. C’est toute l’importance d’initiatives telles que la « Journée mondiale contre le travail des enfants » ou la « Plateforme sur le travail des enfants », qui fédèrent les efforts des différents intervenants sur l’épineuse question du travail des enfants. La première a été lancée par l’OIT en 2002 pour « attirer l’attention sur l’étendue mondiale du travail des enfants ainsi que les efforts nécessaires pour l’éliminer ». Gouvernements, employeurs, organisations du travail et société civile se réunissent chaque année, le 12 juin, dans le cadre de cette Journée. En 2016, elle a été consacrée au travail des enfants dans les chaînes de production, et l’appel lancé par l’organisation onusienne ne pouvait être plus pertinent, puisque selon l’OIT, se mobiliser, « c’est l’affaire de tous ! ».

De son côté, la Plateforme sur le travail des enfants rassemble les membres du Groupe de travail des Nations Unies sur le Pacte mondial, ainsi que des syndicats, associations d’entreprises et « toute partie prenante pertinente ». L’idée, on l’aura compris, est de rassembler, encourager, fédérer toutes les forces susceptibles de s’engager efficacement pour l’abolition du travail des mineurs.

Dans cette optique, lors de la 71e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre dernier à New York, j’ai eu le plaisir de discuter avec Madame Cindy McCain, une femme très engagée en matière de lutte contre le travail des mineurs. L’épouse du sénateur John McCain a généreusement partagé avec moi les initiatives qu’elle a eues l’occasion de mettre en place dans le cadre de ses engagements.  A mon tour, je lui ai fait part de mon expérience sur cette question, en tant que présidente du Comité Nationale de Surveillance des Actions de Lutte contre la Traite, l’Exploitation et le Travail des Enfants (CNS), mis en place par l’Etat de Côte d’Ivoire. Ces échanges de bonnes pratiques se sont avérés fructueux, et enrichiront les projets que nous mettons en place dans nos pays respectifs, preuve supplémentaire de la pertinence d’une concertation internationale en matière de lutte contre le travail des enfants.

Au début des années 2000, de nombreux pays ont souscrit à des programmes internationaux et ont adopté des législations plus strictes (scolarité gratuite et obligatoire, sensibilisation, sanctions…) pour enrayer ce phénomène. Ces initiatives ont rencontré un certain succès, et doivent de ce fait être poursuivies. D’après l’OIT, le travail des enfants a baissé d’un tiers dans le monde ces dix dernières années. Le volontarisme des Etats y est pour beaucoup, mais la société civile peut également jouer un rôle important, dans le cadre d’initiatives très concrètes. En mai dernier, la Fondation International Cocoa Initiative (ICI) lançait ainsi, en partenariat avec le Comité National de Surveillance (CNS) et le Comité Interministériel (CIM) de lutte contre le travail des enfants de Côte d’Ivoire, le projet « Eliminer le travail des enfants dans la cacaoculture » (Eliminate Child Labor in Cocoa – ECLIC). Dans ce cadre, 5 450 enfants et plus de 1 500 ménages vulnérables bénéficieront d’un accompagnement et d’une aide financière ajustés.

Voilà quelques exemples parmi tant d’autres qui montrent l’importance d’une coopération internationale et transverse, engageant tous les acteurs de la société, en matière de lutte contre ce fléau. Si les problèmes sont globaux, les solutions doivent également être trouvées en multipliant et diversifiant les efforts, les contributions, les gestes communs aux nations. Il nous faudra apprendre à avancer main dans la main et envisager des solutions collectives à ces défis cruciaux.

Dominique Nouvian-Ouattara

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