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Label « Energie+Carbone- » : un avant-goût inquiétant de la prochaine réglementation RE2018 ?

France / / Europe

Dans le cadre d’un dossier consacré à la nouvelle réglementation Environnementale (RE2018) qui se profile, Green et vert vous aide à y voir plus clair. D’où vient cet engouement pour la construction de bâtiments à énergie positive ? En quoi le secteur du bâtiment se retrouve directement impacté par les différentes réglementations ? Comment amener le particulier à voir son logement différemment ? Toutes les réponses dans notre dossier.

RE2018-label-E+C-

Le label « Energie+Carbone- » (E+C-) veut mettre la filière bâtiment au cœur de la lutte contre le réchauffement climatique. Il vise à inciter les constructeurs français à expérimenter, au-delà des normes environnementales actuelles, la construction des bâtiments performants de demain. Une préfiguration ambitieuse de la RE2018, qui inquiète toutefois par certains aspects.

Près d’un mois après EnerJmeeting, le grand rendez-vous des acteurs du bâtiment français qui s’est tenu le 23 février 2017 à Paris, il apparait que l’innovation dans l’efficacité énergétique et environnementale est au cœur des politiques de construction en France. En effet, le pays s’engage dans un cycle de construction de bâtiments à énergie positive (BEPOS) et à bas-carbone (BBCA), grâce à une démarche collective, expérimentale et partagée. Cela est rendu possible par le biais du label « Énergie Positive & Réduction Carbone » (E+C-), lancé par le gouvernement en novembre 2016. Celui-ci encourage les maîtres d’ouvrage à construire des bâtiments plus performants que ne le prévoient les réglementations actuelles (la Réglementation thermique RT 2012).
Porté par la loi sur la Transition Énergétique, ce projet veut prendre en compte le bilan carbone d’un bâtiment tout au long de son cycle de vie (soit 50 ans), et vise à la généralisation des bâtiments à énergie positive à l’horizon 2020 – soit un bâtiment qui produit plus d’énergie (électricité, chaleur) qu’il n’en consomme pour son fonctionnement, tout en s’éloignant des énergies fossiles, au profit des énergies renouvelables. Pour la première fois, un label se penche à la fois sur l’énergie (le « bilan BEPOS ») et les émissions de gaz à effet de serre dans le bâtiment. Tous les bâtiments peuvent participer à cette expérimentation : maisons individuelles ou accolées, bâtiments collectifs d’habitation, bureaux… s’ils respectent la réglementation thermique actuelle RT 2012.

Une approche collective et inclusive du label Energie+Carbone-

Ces expérimentations vertes permettront un retour d’expérience qui, à terme, posera les bases de la Réglementation Environnementale 2018 (RE2018). Celle-ci permettant d’aller vers des bâtiments à énergie positive et de limiter les émissions de gaz à effet de serre. « Nous travaillons sur un cadre exigeant tout en nous laissant le temps de voir les niveaux des seuils et en laissant le temps aux maîtres d’ouvrage de les tester. Il faudra sans doute augmenter l’ambition sur certains niveaux et l’ajuster sur d’autres. Mais le but est de s’inscrire dans la stratégie nationale bas carbone », a expliqué Emmanuelle Cosse en clôture d’EnerJmeeting.
A cette occasion, la ministre du Logement avait, par ailleurs, dévoilé les sept premiers projets labellisés E+C-. Les constructeurs de maisons individuelles Privat, Mikit et Ecolocost, ainsi que les bailleurs sociaux Anger Loire Habitat et Immobilière 3F, sans oublier l’immeuble de bureaux parisien Le Themis d’Icade ainsi que la résidence Alizari construite par Habitat 76 à Malaunay sont les pionniers de ce label. « Il existe déjà une très forte dynamique autour de ce label et de cette expérimentation. J’espère que de nombreux autres opérateurs vont nous rejoindre » s’enthousiasmait la ministre.
Pourtant, force est de constater une certaine frilosité du côté des professionnels du bâtiment, notamment face aux surcoûts liés au recours aux énergies renouvelables. Ces derniers craignent un ralentissement de la reprise de la construction. Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB) pointe du doigt les seuils « disqualifiants » de certains matériaux traditionnels, trop émetteurs de carbone. Alexandra François-Cuxac, présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) va plus loin et précise que « si l’effort n’est pas supportable financièrement, les seuils devront être revus à la baisse pour l’entrée en vigueur de la future RE 2018-2020 ». Aussi, les ministères du Logement et de l’Environnement travaillent sur un régime d’aides financières « pour absorber en partie les surcoûts induits ».

Des imprécisions et des erreurs concernant le label E+C-

Seulement, le message peine à se propager : 82% des maîtres d’ouvrage public et 75% pour le privé disent ne pas connaitre les grandes lignes de la future règlementation – tout comme 81% des architectes et 68% des promoteurs et constructeurs. A cela, il faut ajouter les inquiétudes des installateurs électriques, car du fait de la RE 2018, ils sont pénalisés par rapport aux sources fossiles (paradoxalement plus polluantes). En effet, l’électricité n’est pas une énergie primaire, car elle doit être produite à partir de différentes sources carbonées et décarbonées. Aussi, elle affiche un coefficient fixé à 2,58, censé prendre en compte l’impact de cette production alors que le fioul, le gaz naturel et les autres sources « primaires » ont, eux, un coefficient de 1 – étrange, quand on sait qu’ils subissent eux-aussi des transformations avant consommation.
L’électricité est donc réputée 2,58 fois plus polluante que le fioul, alors qu’en réalité, elle l’est largement moins. Un écart rageant pour le secteur électrique français, en particulier quand le cabinet de conseil en ingénierie Sinteo prétend qu’ »à consommation similaire, un bâtiment dont la production de chauffage est réalisée par l’intermédiaire de l’électricité sera 60 % moins émetteur que s’il avait été alimenté au gaz », sans parler du fioul. Cette phase expérimentale « Énergie Positive & Réduction Carbone », si elle jette les grandes lignes d’une approche ambitieuse du développement durable au sein du bâtiment, reste encore à affiner. Le gouvernement saura-t-il corriger le tir pour la mise en place de la nouvelle RE2018 ?

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