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Linky et autres projets « durables », qui finance ?

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En France, les initiatives pour instaurer un mode de vie plus « durable » se multiplient : la start-up effiPilot aide par exemple à réduire les consommations énergétiques des bâtiments, la plateforme Enerfip, quant à elle, propose aux citoyens d’investir dans des projets d’énergie renouvelable, et de son côté, Linky, le compteur communicant d’Enedis, permet une meilleure intégration des énergies renouvelables dans le réseau électrique. Il y a pourtant une ombre au tableau : l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, a été rappelée à l’ordre le 23 mars, par la Cour des comptes, car celle-ci ne disposerait pas « des fonds nécessaires pour tenir les engagements pris au nom du ministère de l’Environnement ».

Linky-transition-energetique-Ademe

La transition énergétique a un coût, et il est loin d’être négligeable. En 2014, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) chiffrait à 44 000 milliards de dollars les investissements nécessaires d’ici à 2050 pour limiter le réchauffement climatique et développer les énergies propres dans le monde. Malgré l’importance de cette somme, l’AIE se veut optimiste : elle estime en effet que les coûts engagés seront largement compensés sur le long terme par les économies réalisées.

Reste que les Etats devront mobiliser des moyens importants dans les prochaines années. Pour améliorer son efficacité énergétique, la France devra ainsi augmenter la part des énergies renouvelables tout en garantissant sur la durée un mix d’électricité bas carbone, la sécurité d’approvisionnement électrique et le fonctionnement sûr d’un parc nucléaire « prenant de l’âge », comme le souligne le rapport 2016 de l’AIE.

Or, retarder la mise en place de la transition énergétique augmente son coût. C’est sans doute la raison pour laquelle de plus en plus d’acteurs se mobilisent. Ainsi, la Banque européenne d’investissement (BEI) et Eiffel Investment Groupe, spécialiste de l’investissement en crédit dans les entreprises européennes, ont annoncé le 23 mars dernier le lancement du fonds Eiffel Energy Transition qui proposera aux entrepreneurs des crédits court terme dans l’attente de la mise en place de financements long terme pour leurs projets.

Tous les acteurs économiques sont concernés

Mais les sociétés à taille humaine ainsi que les structures associatives sont également concernées. L’association ouvrière des Compagnons du devoir, qui assure aux jeunes de 15 ans et plus une formation à des métiers traditionnels, a élargi ses compétences à la transition énergétique. Présente sur six filières, dont le bâtiment et la métallurgie, l’association analyse désormais l’impact de ces transitions sur les différents corps de métiers afin de mettre à jour ses formations.

De son côté, la start-up lilloise effiPilot vient de renforcer son positionnement comme acteur pionnier du smart building avec une nouvelle levée de fonds d’un million d’euros. Ce nouveau tour de table porte à 2 millions d’euros le montant total levé par la société depuis sa création en 2011. Il faut dire que celle-ci a généré des économies d’énergie entre 15 % et 50 % dans les bâtiments d’EDF, Castorama, Decathlon, BNP Real Estate ou encore dans ceux de la SNCF. Et la société ne compte pas s’arrêter là : « Notre ambition est d’être le logiciel référent pour les exploitants de parcs immobiliers et leur permettre de financer la transition énergétique par les économies d’énergie réalisées », affirme Jean-Thibaut Gay, CEO d’effiPilot.

La liste des initiatives publiques et privées ne cesse de s’étoffer et se diversifier. Enerfip, une plateforme de financement participatif dédiée aux énergies renouvelables, sollicite, quant à elle, les particuliers et les entreprises pour une prise de participation en equity, à raison d’un minimum d’investissement de 10 euros, pour financer les acteurs de la transition énergétique. Six millions d’euros y ont déjà été investis en 2017.

Le rôle de l’Ademe en question

Au niveau national, Engie (ex GDF-Suez) compte sur la transition énergétique pour renouer avec la croissance. En se recentrant sur la production d’énergie décarbonée, les services énergétiques aval et les infrastructures, le groupe espère obtenir un résultat net récurrent entre 2,4 et 2,6 milliards d’euros et un excédent brut d’exploitation de 11,3 milliards, selon La Tribune.

Sans oublier le compteur communicant d’Enedis (ex ERDF), Linky, fer-de-lance de la transition énergétique. Le petit boîtier vert constitue en effet une étape clé dans le changement de modèle énergétique français. Il permettra d’optimiser la production, la distribution et la consommation d’électricité. Par ailleurs, selon Ségolène Royal, le compteur communicant permettra également de faire des consommateurs, des citoyens « acteurs de la transition énergétique en contrôlant leurs consommations ».

Si Enedis a fait le choix de financer elle même le déploiement du compteur Linky grâce aux économies que l’entreprise réalisera, la réussite de la plupart des initiatives destinées à préserver l’environnement dépend très fortement de l’accompagnement efficace des pouvoirs publics. D’où l’inquiétude suscitée par la Cour des comptes, qui vient à nouveau d’épingler l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) en l’appelant à « se serrer la ceinture ». Les sages de la rue Cambon pointent du doigt, entre autres, les défaillances de l’Ademe en ce qui concerne sa gestion des marchés ou encore le temps de travail de ses employés qui est inférieur à la durée légale. Certes, l’Ademe a vu ses missions s’étendre ces dernières années, mais la Cour estime que « sa gestion n’est toutefois pas suffisamment rigoureuse, notamment dans un contexte d’incertitude sur la soutenabilité de ses engagements financiers ».

Alors que les acteurs industriels et la société civile débordent de projets pour rendre la France plus économe en énergie et moins dépendante des énergies fossiles, les récents déboires de l’Ademe laissent planer le doute quant à la capacité du gouvernement à soutenir, de manière durable, les acteurs de la transition énergétique.

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